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Le 08-04-2016 à 08:04

Roms : une vie après le bidonville ?

Par Julia Beurq

En France, on estime à entre 15 000 et 20 000 les personnes vivant encore dans des squats et des bidonvilles, dont bon nombre sont issues des minorités roms d’Europe de l’Est. Depuis dix ans, de nombreuses mairies expérimentent des dispositifs pour intégrer ces familles et résorber leur mal-logement. Quel bilan en tirer ?

En 2005, la région Île-de-France attribuait une « Aide à l’éradication des bidonvilles » à hauteur de 500 000 euros. Cet argent a financé des sites d’hébergement, appelés « villages d’insertion », à condition qu’ils respectent trois critères : un maximum de 80 occupants, le relogement temporaire de ces personnes dans des logements modulaires hors du bidonville, et leur accompagnement social. Dix ans après la mise en place du dispositif, Montreuil a tourné cette page de la politique francilienne avec la fermeture du dernier et plus gros village d’insertion de la région.

Il en reste ailleurs en France, à Strasbourg, Marseille et Lille, mais les mairies expérimentent aussi d’autres systèmes, à cause de résultats parfois médiocres des villages. En effet, « jusqu’en 2014, les mesures transitoires qui empêchaient les citoyens Roumains et les Bulgares de travailler sans restrictions en France ont freiné leurs démarches d’insertion, explique Florian Huyghe, chargé de mission Habitat – Bidonvilles à la Fondation Abbé Pierre. Si les familles n’ont pas de travail, elles ne peuvent pas trouver de logement. Les projets actuels pour résorber les bidonvilles devraient tenir compte du fait que ces deux composantes sont indissociables. »

L’Ile de France voyait dans les villages d’insertion une solution temporaire face aux grands bidonvilles aux portes de Paris. De nombreuses municipalités s’en sont emparé dans l’urgence, souvent à la suite d’incendies dans les bidonvilles qui ont eu lieu à partir de 2006. Ils permettaient de mettre les familles à l’abri dans des caravanes ou des mobil-homes, et aux associations de mener un travail d’accompagnement social. Montreuil a suivi le mouvement en 2010, mais en se démarquant sur un point de taille : une forme d’« écrémage », régulièrement dénoncée par des ONG et chercheurs.

« Les mairies choisissaient les familles en fonction de leur prétendue ‘intégrabilité’, ce que nous avons refusé », souligne Claude Reznik, adjoint délégué à la coopération, aux solidarités internationales et aux populations migrantes à Montreuil. Et alors que la Seine-Saint-Denis accueillait en moyenne 20 familles par commune, Montreuil plafonnait à 102 familles, ce qui lui vaudra bien des critiques. « On nous disait qu’on voulait avoir le plus gros village d’insertion de France juste pour faire les malins ! », raconte l’élu, qui estime, malgré les difficultés, que « les résultats, au final, sont assez bons. » Ce que confirme un bilan récent : au 31 novembre 2015, toutes les familles qui n’avaient pas été exclues ou n’avaient pas choisi de quitter le dispositif, soit 90, avaient été relogées.

Mitko est passé par le village d'insertion de Bagnolet (93) entre 2007 et 2011
Mitko, jeune bulgare passé par le village d’insertion de Bagnolet (93) entre 2007 et 2011
L’importance de l’emploi

Jeune bulgare, Mitko est passé par le village d’insertion de Bagnolet (93) entre 2007 et 2011. Aujourd’hui demandeur d’emploi et bénévole à l’association La Voix des Roms, Mitko se définit comme un « Rom invisible » : « Je parle français, j’ai eu mon baccalauréat, je ne mendie pas et je n’habite plus en bidonville mais en HLM. On pourrait presque dire que je suis intégré… plaisante-t-il. Après le village d’insertion, j’ai été logé dans un foyer de jeune travailleur, puis j’ai fait une démarche DALO qui m’a permis d’avoir mon logement. Grâce à mes contacts, j’ai réussi à trouver des boulots de temps en temps. Au final, ce n’est pas le village d’insertion qui m’a permis de débloquer ma situation. »

Malheureusement, certains projets nationaux ne prennent pas en compte la composante « travail ». La mission de résorption des bidonvilles confiée en 2014 à l’entreprise Adoma illustre le problème. Le bilan de cet acteur majeur du logement accompagné, filiale du Groupe SNI (Caisse des Dépôts), est, au bout de deux ans d’action, très mitigé même contesté, notamment par le collectif Romeurope, pour l’ethnicisation des plate-formes d’accès au logement. Florian Huyghes explique

« En créant des dispositifs « pour les Roms », on laisse croire qu’ils sont une communauté uniforme et on ne les considère pas en tant qu’individus. Par le prisme ethnique, on s’empêche d’appliquer des mesures pour la  résorption du mal-logement et pour l’accès au droit commun. »

Hébergement en « diffus » pour éviter la stigmatisation

Pour ne pas stigmatiser les Roms, certaines municipalités cherchent des alternatives en s’appuyant sur les structures de droit commun (les centres d’actions sociales, le Pôle-emploi, la mission locale, etc…) mais aussi sur des logements dispersés dans des maisons ou des immeubles. C’est le cas à Bordeaux ou à Grenoble, qui ne connaissent pas de pénurie de logement, contrairement à l’Île-de-France. A Rennes également, la mairie socialiste tente de fermer les squats sans pour autant laisser leurs occupants à la rue. Depuis 2013, trois pavillons en passe d’être détruits sont utilisés comme logements de transition pour les familles expulsées des squats. Actuellement, une dizaine de foyers y sont hébergées pour une durée de six mois renouvelables. Le dispositif repose sur un compromis entre les militants du Droit au logement (DAL) et la mairie. Les premiers s’occupent du suivi social des familles, avec lesquelles ils ont signé une convention fixant certaines règles, comme la scolarisation des enfants ou encore l’apprentissage du français, tandis que la mairie paye les charges afférentes aux maisons qu’elle met à disposition. Ce système coûte quelques dizaines milliers d’euros par an à la mairie, somme dérisoire comparée au budget annuel des villages d’insertion qui s’élève à des millions d’euros.

Originaires de Braïla, une petite ville au bord du Danube en Roumanie, Mariana et Fernando sont les premiers à avoir bénéficié de ce dispositif et à en être sortis, au bout d’un an. Les militants du DAL rendent souvent visite au jeune couple dans leur coquet petit HLM. Avec un certain paternalisme, Michel Guérin, travailleur social à la retraite, suit les progrès de ceux que le DAL a fait sortir d’un « squat immonde ». « Mariana, as-tu fait une demande de formation à la mission locale ? Tu as encore moins de 25 ans, ne tarde pas ! ». La jeune femme attend que son fils de trois ans aille à l’école toute la journée pour pouvoir se former. « J’ai envie de devenir assistante maternelle, explique-t-elle, dans un français presque parfait. Je ne vais pas passer toute ma vie à faire du nettoyage. » Ce secteur est le seul dans lequel les Roms de Rennes arrivent à travailler pour le moment. Un premier pas vers l’intégration, puisque l’emploi permet d’ouvrir des droits et de prétendre par la suite à un logement dans le parc social ou privé de la ville. Un premier pas qui n’est pas toujours évident. Ainsi, les militants du DAL butent sur le cas d’une dame « difficile à défendre auprès des décideurs politiques » d’après Benoît Édeline, le médiateur territorial de la mairie. A 39 ans, elle est analphabète et vit de l’Aide sociale d’enfance, soit 460 euros pour ses trois enfants qu’elle élève seule. Elle fait souvent des allers-retours en Roumanie et son fils qui est en 6ème SEGPA, fait l’école buissonnière. Mais alors que ces éléments l’exposent au reproche de ne pas faire suffisamment d’efforts pour s’intégrer, « il est hors de question qu’on la mette à la rue, précise Michel Guérin, ce serait contraire aux principes du DAL.»

Vers une stabilisation des bidonvilles

Certaines mairies, comme celles de Triel-sur Seine, Strasbourg ou Gardanne ont choisi de ne pas expulser les bidonvilles et de « stabiliser » ces lieux de vie, c’est-à-dire organiser le ramassage les ordures, installer des sanitaires, raccorder à l’eau courante et à l’électricité. Le but est de créer des conditions de vie « décentes » pour effectuer un suivi social sur place. « Attention, stabiliser ne veut pas dire pérenniser ces lieux », prévient Manuel Demougeot, directeur de cabinet à la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL).

« Certes, il est parfois difficile d’améliorer les conditions de vie dans des bidonvilles sans que cela puisse avoir l’air définitif. Et en même temps, il faut aussi éviter que ceux qui en partent soient remplacés par d’autres.»

Un pari qu’a fait la mairie de Maxéville. Depuis, 2013, un bidonville de moins de cent personnes est installé sur son territoire. Pour la première fois, le maire socialiste de cette commune de 9 000 habitants en banlieue de Nancy se confie à la presse et raconte l’expérimentation qu’il mène sur place. Au niveau social, l’équipe a là encore tout misé sur la composante « travail ». Elle a noué un partenariat avec Le Grand Sauvoy, une association d’insertion professionnelle qui s’est engagée à former et à employer au moins une personne par foyer. Aux dires de l’élu, Christophe Choserot, les résultats sont engageants même si le processus d’insertion reste parfois lent et laborieux.

Face à la multitude des expériences, certains spécialistes regrettent qu’il n’y ait pas plus de coordination au niveau national. Une étude récente, basée sur les interviews d’une cinquantaine de personnes sorties des bidonvilles, démontre aussi qu’il existe « une variété des parcours d’insertion » et « des portes d’entrée différentes vers le droit commun ». Elle rappelle surtout que « l’insertion est possible quelque soit le profil initial des individus ». Une enquête qui, en filigrane, essaie de pousser les pouvoirs publics à réfléchir aux politiques d’intégration en fonction des projets de vie propre à chacun et non pas à l’image communautaire qui colle à la peau des Roms qui vivent en bidonvilles. 

Photo de Une : Mariana et Fernando sont originaires de Braïla en Roumanie. Ils ont vécut dans plusieurs squats à Rennes avant d’intégrer un dispositif d’hébergement mis en place par la mairie et géré par les militants du Droit au logement (DAL). Aujourd’hui, ce jeune couple habite dans un HLM. Crédit : Julie Beurq

  
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