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Le 14-04-2016 à 08:04

Vietnam : à la rencontre des jeunes ouvrières de Vinh Phuc

Elles ont quitté leur village natal dans l’espoir d’une vie meilleure, à la ville, dans ces zones industrielles où, leur-a-t-on dit, on trouve facilement du travail. Elles ont entre 18 et 34 ans, elles sont discrètes et souriantes. Mais elles sont aussi bien seules, vivant tout près les unes des autres sans parfois ne jamais se croiser. Cap sur le Vietnam à la rencontre des ouvrières migrantes du quartier de Khai Quang, dans la ville de Vinh Yen, Province de Vinh Phuc.

« Un jour, une fille est venue au village et nous a raconté qu’il y avait du travail dans les usines d’électronique, alors mes parents m’ont dit qu’il fallait que j’aille y travailler. Nous étions pauvres et il n’y avait rien à faire là-bas. Maintenant, j’envoie l’argent à ma famille, cela leur permet de vivre mieux ». Cette histoire, c’est celle de Linh, mais c’est aussi celle de la plupart des femmes qui ont migré de leur campagne natale pour venir vivre dans la zone industrielle de Khai Quang pour travailler dans ses usines. Dans leur chambre de 10m², elles sont parfois nombreuses. « Nous sommes venues à deux avec mon amie, puis trois autres filles du village nous ont rejointes » explique Huyen, autour d’un thé sur une natte posée au sol. Les trois filles en question préparent sur le réchaud le dîner de la petite troupe et saluent discrètement entre les casseroles. « Parfois c’est un peu serré, précise Huyen en désignant le lit double où elles s’entassent jusqu’à cinq pour dormir, mais c’est quand même mieux parce qu’on est ensemble. Heureusement que nous n’avons pas les mêmes horaires de travail !» rit-elle de bon cœur.

Des conditions de vie précaires

Rue après rue, les rencontres s’enchainent. La vie ici ? « Ça va » répondent-elles toutes avec un sourire pudique. Et puis on s’assoit, on discute, on creuse. La confiance s’installe et les langues se délient. 12h de travail quotidiennes, tous les jours, de jour ou de nuit, c’est dur et fatiguant. Surtout quand ce sont des heures supplémentaires obligatoires. « Je n’ose pas en parler à mon employeur, on nous prévient quand on arrive que cela sera ainsi, je ne peux pas me permettre de demander à travailler moins ou ils trouveront quelqu’un d’autre » avoue Dung. Et la santé ? « ça va ». Au centre de santé, Nguyen Thi Thuy Hoan, doctoresse, témoigne : « elles ont surtout des problématiques de santé sexuelle et reproductive. Parfois elles tombent enceinte : certaines ne peuvent pas garder l’enfant avec leur travail. On a des avortements, mais aussi des adoptions quand elles mènent l’enfant à terme mais ne peuvent pas l’élever ». Pourtant, accrochés aux murs des chambres, de nombreuses photos d’enfants en bas âge. Les jeunes mères racontent « j’ai une fille et un garçon », « j’ai un bébé nouveau-né et un mari » : alors c’est possible de cumuler usine, conditions de vie précaires et construire une famille ? Presque… « Nous envoyons nos enfants à la campagne chez nos parents après l’âge d’un an et jusqu’à ce qu’ils soient en l’âge d’aller à l’école » précise Ha. Car en attendant, il n’y a pas de crèche disponible pour permettre à ces jeunes mères de garder leur enfant près d’elles. Thanh a trouvé l’astuce : « on a fait venir ma belle-mère pour louer la chambre d’à côté, comme ça quand on travaille, elle garde notre bébé ». D’ailleurs, ce logement ? « Ça va ». « Mais ce serait bien d’avoir l’eau potable » précisent certaines à la réflexion, ou « une vraie porte », racontent d’autres en montrant la grille de fortune qui ferme la petite chambre donnant directement dans la ruelle, « parce que parfois on nous vole nos vêtements, ce n’est pas très sécurisé ». Certains propriétaires ont fait de vrais efforts, grâce à l’appui du Gret et de Batik international dans le cadre du projet Phu Nu : construction de douches, réhabilitation de latrines, remise en l’état de logements. Mais selon le budget de la locataire, les conditions varient.

Logement ouvrier
Recréer du lien, construire des sociabilités

Depuis l’arrivée en masse des ouvrières il y a environ 12 ans, les habitants propriétaires ont aménagé leur habitation, en arrière-cour ou dans l’impasse menant à leur maison, pour construire de petites pièces carrées, avec des sanitaires collectifs ou individuels, pour héberger ces locataires d’un nouveau genre. « Elles sont très jeunes, je suis un peu leur deuxième papa. explique  Tran Van Trong, un propriétaire. Quand elles arrivent, elles ne savent pas se débrouiller toutes seules, elles ont besoin d’aide ou de conseil, c’est aussi notre rôle de les accompagner ». Quittant leur famille après l’adolescence, ces femmes se retrouvent soudain bien seules, prises par le travail, sans lien social, sans repère. L’Union des femmes a créé avec le Gret des clubs, avec des femmes leaders qui animent et encouragent la participation. « J’aime beaucoup parce que comme ça je peux retrouver les autres filles, échanger, je ne suis pas toute seule » témoigne Dung. L’occasion de recréer du lien social perdu, une nouvelle unité familiale avec celles qui leur ressemblent. Mais également un prétexte pour se former, sur sa santé, ses économies d’énergie, ses droits, ses conditions de vie. « J’ai appris à lire ma fiche de paye, maintenant je sais comment cela fonctionne », témoigne Phuong. « C’est un début, créer de la sociabilité. Mais derrière l’enjeu est de leur permettre de s’organiser pour pouvoir prendre une vraie place dans la société auprès des différentes parties prenantes », explique Nguyen Huu Ninh, représentant du Gret au Vietnam. Pour le moment, les associations facilitent les liens avec les propriétaires, les entreprises, les autorités publiques et les structures de santé, mais à terme, elles devront s’autonomiser. «Et ne pas rester qu’entre femmes, on ouvre les clubs aux garçons aussi ! », précise Ninh. Des groupes sociaux qui à terme, pourraient devenir des espaces collectifs de défense de leurs intérêts et de leurs droits, pour améliorer durablement leurs conditions de vie. Et un jour, peut-être, réaliser  leurs rêves: fonder une famille, ramener leurs enfants près d’elles ou même « devenir chanteuse professionnelle » !

L’action du Gret à Khai Quang est soutenue par Find, Fonds d’innovation pour le développement du Gret, et s’inscrit dans le cadre du projet Phu Nu avec Batik international, soutenu par l’AFD.

  
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