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Le 18-12-2015 à 10:12

Migrants, le mot qui tue

Par Franck Lepage et Philippe Merlant

Les mots que nous utilisons en disent souvent plus que le sens que nous voudrions leur donner, certains finissent même par faire écran de fumée à la réalité qu’ils prétendent décrire. Jusque-là, Franck Lepage et Philippe Merlant ont choisi des termes sur lesquels peu de gens s’interrogent. Cette fois, le débat fait rage, y compris dans les médias, sur la pertinence du mot « migrants » et ses éventuelles substitutions.

La guerre sémantique est engagée. Au centre, ceux qui revendiquent l’usage progressiste du mot « migrants », tels les altermondialistes et les défenseurs des sans-papiers qui l’ont adopté pour ne plus opposer « légaux » et « clandestins ». À droite, Jean-Claude Barreau, ex-conseiller de Mitterrand puis de Pasqua, dénonce un « euphémisme » destiné à nous cacher la réalité : des « kystes étrangers », des « colonies d’étrangers qui ne respectent pas les lois du pays ». Les néo-colonialistes, c’est bien connu, ce sont les Arabes et les Noirs ! À gauche, Barry Malone, journaliste à Al-Jazeera, lance un appel intitulé « Ne les appelez plus migrants », mot « devenu un outil visant à déshumaniser ce qui se passe et nous mettre à distance. (…) Parler de migrants, c’est refuser d’écouter la voix de ceux qui souff rent. »

L’image surmédiatisée de l’enfant syrien mort sur une plage a servi à faire payer aux « mauvais » migrants ce que l’on a dû accorder à ceux passés du bon côté de la compassion humanitaire. « Si cette année, on a plus de réfugiés politiques (…), il faut qu’il y ait moins d’immigrés clandestins, moins de migrants économiques », lance Laurent Wauquiez, secrétaire général des Républicains. Aussitôt relayé par le président de son parti, Nicolas Sarkozy, qui, évoquant un risque de « désintégration de la société française », demande pêle-mêle la fi n des allocations familiales et logement pour les immigrés en France depuis moins de cinq ans, la suppression de l’Aide médicale d’état, la création de centres de rétention dans les zones de guerre hors de l’Europe, le durcissement du regroupement familial, la lutte contre les fraudes, notamment « à Mayotte, où tant de Comoriennes viennent accoucher pour le seul bénéfice de la nationalité française ». Où est le « sursaut humaniste » annoncé par certains après la publication de la photo ?

L’ennemi a pris les traits du « migrant économique », celui qui choisit de venir profiter de notre système social. Attention, ce terme ne désigne pas, bien sûr, le cadre de haut niveau parti travailler dans les pays du Golfe : lui a droit au noble qualificatif d’« expatrié ». Que demande-t-on à un « réfugié » ? Rien ! on le secourt et on n’a pas l’indécence de lui demander des comptes. Que demande-t-on à un « migrant » ? Tout ! Pourquoi il migre ? était-ce la seule alternative ? Manque-t-il de courage pour faire face ? Le réfugié est victime d’une agression. L’affubler du mot « migrant » laisse planer l’écœurante illusion d’un choix ou d’une stratégie de sa part. Ce n’est pas un hasard si les affiches de campagne du FN titrent carrément : « 100 % Front national, 0 % migrants » ! Barry Malone a raison de renoncer à ce terme pour revenir à celui de « réfugié ». Et les collectifs de sans-papiers ont raison de clamer : « Nous sommes tous des réfugiés économiques ! » Sans oublier les réfugiés climatiques, pas encore reconnus par le droit international, mais dont on estime que le nombre pourrait atteindre 500 millions d’ici 2050… « Des armes et des mots, c’est pareil, ça tue pareil », clamait Léo Ferré. Parce qu’il est devenu une abstraction déshumanisante, destinée à légitimer à l’avance des milliers de morts à venir, « migrants » est aujourd’hui un mot qui tue.

PHIILIPPE MERLANT, journaliste, co-auteur de Médias : la faillite d’un contre-pouvoir (Fayard, 2009).

FRANCK LEPAGE, fervent militant de l’éducation populaire, créateur des conférences gesticulées.

  
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