Edito
Le coq, le canard et les médias
PAR David Eloy - Altermondes
Les journées commémoratives se succèdent et… se ressemblent. Le 22 mars, ce sera la Journée mondiale de l’eau. Quoi de neuf ? Pas grand-chose pour le moment. 1,1 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable et 2,6 milliards ne bénéficient toujours pas de système d’assainissement de base. Et le 8 avril ? La Journée mondiale des roms, bien sûr ! Sans commentaire [1]. Quant au 3 mai, ce sera la Journée mondiale de la liberté de la presse.
Le Rapport annuel 2008 sur la liberté de la presse, rendu public par Reporters sans frontières (RSF) le 13 février, dresse un amer constat : « les journalistes subissent toujours plus de violences – 86 journalistes tués en 2007 – et de mesures de répression coercitives – plus de deux journalistes arrêtés chaque jour ». On ne le répétera jamais assez : la profession de journalistes est un métier dangereux, particulièrement dans certains pays du Sud.
Et au Nord ? Et en France ? Au regard de ce qui vient d’être dit, il conviendrait d’adopter un profil bas. Entre une presse dont le hobby se résume à ne traiter en profondeur que le superficiel et des journalistes qui, au nom de leur déontologie et de leur professionnalisme, justifient tous leurs dévoiements, tous leurs acoquinements, il y a de quoi être perplexe, il y a de quoi être inquiet.
« La presse a quelque ressemblance avec ce coq qui croyait que sans son cocorico le soleil ne se lèverait pas », écrivait François Mauriac. Possible. Mais faire sienne cette opinion reviendrait aussi à occulter une réalité, celle de médias et de journalistes qui, chaque jour, tentent de porter un vrai regard sur la société et sur le monde.
Altermondes se reconnaît de ceux là et le prouve doublement à l’occasion de son troisième anniversaire (Eh oui, déjà). En publiant, dans ce numéro, un dossier qui multiplie les exemples de dynamiques innovantes et pertinentes imaginées par les acteurs du Sud. En publiant « Seine-Saint-Denis : Arrêt sur images », un hors série dans lequel douze jeunes de Seine-Saint-Denis, formés et accompagnés pendant plusieurs mois par huit journalistes, portent un regard différent sur leur territoire trop souvent et trop facilement stigmatisé. « La liberté de la presse ne s’use que si l’on ne s’en sert pas », affiche l’un des vénérables confrères. On ne saurait mieux dire.