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Le 20-01-2016 à 10:01

Les ONG parviendront-elles à préserver leur impératif humanitaire ?

Par Louise Bartlett

À l’occasion de la sortie de son ouvrage L’adieu à l’humanitaire ? Les ONG au défi de l’offensive libérale, Boris Martin s’est entretenu avec l’avocat spécialiste en droit des associations et des fondations Philippe Ryfman. Débat sur l’un des défis qui se présentent aux ONG aujourd’hui : comment financer et mener à bien leurs actions, tout en préservant leur indépendance ?

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L’ouvrage « L’adieu à l’humanitaire ? » a inspiré la chronique de David Eloy diffusée sur Radio Nova le 25/01/2016

Boris MartinBoris Martin : Il me semble que se dessine une alliance objective entre les États et les entreprises, qui s’exprime par un mouvement parallèle. Les États augmentent peu, voire diminuent leurs financements aux ONG humanitaires, tout en développant leur propre « humanitaire d’État » intégré dans leurs dispositifs militaire et diplomatique. Ce soutien humanitaire devient, en quelque sorte, un élément de politique étrangère. Les entreprises, elles, voyant que les ONG accèdent difficilement à des financements, de surcroît réduits, surfent sur la RSE (Responsabilité sociale des entreprises) et proposent leur aide sous forme d’argent, de mécénat de compétences et de prêts de matériel. Prises en tenaille entre l’État et les entreprises privées, je crains que ces organisations non gouvernementales aient de plus en plus de mal à maintenir leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics et privés.

Philippe Ryfman : Phillippe RyfmanLe grand risque pour les ONG, du côté des États, des Nations unies et des entreprises, est de devenir de simples prestataires de services. Or, l’identité des ONG est de pouvoir choisir leurs actions, pratiques et terrains. Pas d’être des opérateurs qui iront là où on leur dit d’aller en fonction des financements.


Boris Martin :
Le système humanitaire mondial est très inspiré du modèle anglo-saxon, où les ONG sont dans un rapport de complémentarité avec leurs États respectifs plus que de confrontation. Le système français reste plus militant, axé sur la société civile. Il a eu pour principe de récolter des fonds auprès d’un large public de petits donateurs individuels. Au fil des années, les différences entre Français et Anglo-saxons se sont élimées. Reste néanmoins ce cœur d’indépendance des ONG humanitaires que l’actuelle logique globale risque bien de transformer en prestataires.

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Altermondes est partenaire de l’essai que vient de publier Boris Martin L’adieu à l’humanitaire ? Les ONG au défi de l’offensive libérale, aux éditions Charles Léopold Meyer, 2015.

Philippe Ryfman : Bien sûr, la diversification des financements ne doit pas conduire à de nouvelles conditionnalités. L’interrogation des ONG vis-à-vis des financements publics s’applique autant aux entreprises qu’aux fondations. Mais les partenariats public-privé ne sont pas critiquables en tant que tels. Ils peuvent très bien fonctionner lorsque les deux parties trouvent des intérêts bien compris. Aujourd’hui, une tendance importante est l’interpénétration entre le secteur associatif et le secteur entrepreneurial à vocation sociale et solidaire, avec l’économie sociale et solidaire (ESS). La loi Hamon (2014) ouvre des tas de champs de ce point de vue. Dans cinq ans, aussi bien en France, à Calais, par exemple, qu’au Sud Soudan, qui sera l’acteur humanitaire ? Une entreprise de l’ESS qui pourrait, ESS ou pas, adopter une position de prestataire ou une ONG ?

Boris Martin : À croire qu’il est impossible aujourd’hui qu’une action solidaire ou humanitaire ait lieu sans qu’une entreprise y soit associée à un moment donné. Je suis assez surpris par l’unanimisme autour d’une indispensable convergence des ONG, de l’État et des entreprises, associé à un discours bien de notre siècle, consistant à niveler les différences. Seulement l’ADN, par ailleurs respectable, des entreprises est de faire du profit, tandis que celui des associations est de ne pas en faire. Derrière l’injonction de la convergence, on oublie que les ONG ont une charge politique, de rapport au pouvoir et d’intermédiaires avec la société civile. Où sera-t-elle, une fois effacées les différences entre acteurs au nom d’une union sacrée face aux drames de la planète ? Je ne nie pas les bonnes intentions, mais il y a aussi un énorme marché à conquérir pour les entreprises. Voilà l’aspect économique de la convergence qui, sur le plan politique, permet une mise au pas des ONG.

Philippe Ryfman : Je ne crois pas à des univers segmentés avec, d’un côté, un bloc solidaire aux financements purs et, de l’autre, un bloc par essence critiquable. D’autant que les responsables circulent entre ONG et entreprises. C’est plutôt une question d’équilibre. Boris contribue à un débat nécessaire, puisqu’un équilibre se construit lorsque chacun est bien conscient des risques.

Boris Martin : Les ONG humanitaires françaises acceptent assez facilement la logique des partenariats avec le privé. Elles ont un discours sur l’éthique, mais leurs contrats avec les fondations d’entreprise prévoient des garanties souvent faibles. Auront-elles la force d’imposer leurs conditions aux entreprises ? Derrière ces partenariats, on perçoit le mythe de la performance de l’économie de marché : les entreprises viendraient – enfin ! – rendre l’aide humanitaire efficace. Au vu des différentes crises financières, on peut pourtant douter de l’efficacité, auto-proclamée, de leur modèle. Jusqu’à présent, rien n’est venu prouver leur performance dans le champ humanitaire, ni la plus-value de ces partenariats.

Philippe Ryfman : Le système international de l’aide est en tension permanente. Outre les financements insuffisants, il gère une succession de crises d’ampleur. Et il s’interroge en permanence sur la qualité et l’efficacité des missions. Or, de ce point de vue, même si je comprends que Boris le conteste, le référentiel majeur est celui du secteur privé marchand.

Boris Martin : Certes, mais les ONG ne dépensent pas à tort et à travers, sans évaluation, depuis leurs quarante à cinquante années d’existence.

Philippe Ryfman : Elles sont même beaucoup plus contrôlées que les entreprises.

Boris Martin : Ce discours autour de l’évaluation de la qualité de l’aide est donc assez troublant. C’est comme si les ONG n’y avaient jamais réfléchi avant. Comme si elles faisaient n’importe quoi depuis des décennies et qu’on y mettrait de l’ordre maintenant, en imposant des normes issues des entreprises, de l’économie de marché et, plus globalement, du système libéral.

Philippe Ryfman : Les ONG grandissent pour élargir leur champ d’activité, en incluant, par exemple, le recours à des moyens technologiques (drones, robots…), et répondre à une exigence des bailleurs de fonds publics (Onu et Commission européenne) d’avoir un petit nombre d’interlocuteurs habituels, à même de traiter une série de sujets.

Boris Martin : Les drones sont moins utiles à l’aide humanitaire que l’inverse : en participant à des actions humanitaires, des entreprises jusque-là associées à l’image catastrophique de « robots tueurs » s’offrent une séance de humanitarian washing. Il serait évidemment aberrant de s’opposer à l’usage de drones pour délivrer de l’aide dans des zones inaccessibles autrement. Mais les ONG arriveront-elles à préserver leur impératif humanitaire et à ne pas devenir les porte-étendards de ces entreprises ? Car, en humanitaire comme ailleurs, qui paye dicte.

Philippe Ryfman : Je suis plus nuancé sur la collaboration entre ONG et entreprises, mais Boris a une fonction de lanceur d’alerte et il a raison de poser la problématique. Elle doit être appréhendée de façon à éviter des conséquences qu’il évoque.

Boris Martin : Dans la lutte que les ONG françaises peuvent mener contre l’offensive néolibérale, il leur faut reconquérir la société civile, en prendre soin et s’appuyer sur elle, ne pas juste se contenter de ses dons. Et se rapprocher aussi des acteurs locaux des pays du Sud, où émerge un humanitaire très performant.

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