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Le 25-02-2016 à 10:02

Bébés volés en Argentine : « La France, un exemple de solidarité pendant la dictature »

Par Louise Michel d’Annoville

Son nom a été cité pour le Prix Nobel de la Paix. Estela de Carlotto, présidente des Grands-mères de la Place de Mai en Argentine rencontrera, jeudi 25 février, François Hollande dans le cadre de sa visite d’Etat à Buenos Aires, 40 ans après le coup d’Etat militaire. Du haut de ses 85 ans, la figure emblématique des « Abuelas » continue de chercher les petits-enfants volés pendant la dictature par les généraux ou les sympathisants du régime avant d’être appropriés par des familles sous une fausse identité.

 C’est au Parc de la Mémoire, situé en face en du Rio de la Plata, que François Hollande rencontrera les Grands-mères de la Place de Mai, jeudi 25 février, à Buenos Aires. Un lieu chargé de sens, puisque c’est ici que des milliers de militants politiques ont été jetés vivants dans le fleuve lors des tristement célèbres « vols de la mort ». Sur l’immense monument aux victimes, le nom de la fille d’Estela de Carlotto, présidente de l’association des Grands-mères, y est gravé à côté de milliers d’autres disparus de la dictature. 

Qu’est-il arrivé à votre fille Laura, militante politique pendant la dictature ?

Estela de Carlotto : Ma fille Laura, étudiante activiste et opposante à la dictature, s’était enfuie de La Plata, la ville où nous habitions, pour des raisons de sécurité. C’est à l’école primaire où je travaillais que je recevais ses appels téléphoniques et ses lettres. Mais ce jour- là, le 16 novembre 1977, les appels ont cessé. C’est à ce moment précis, nous avons eu, mon mari et moi, la certitude que quelque chose lui était arrivé. Elle avait été séquestrée par les forces de sécurité de Buenos Aires avec son compagnon. J’ai alors commencé à la chercher en frappant aux portes des éventuels témoins, des hôpitaux, des commissariats et des régiments dans l’espoir de la retrouver.

En essayant de retrouver la trace de votre fille votre mari a également été séquestré par la junte militaire pendant la dictature ?

E.d.C. : C’est exact. Mon mari a été détenu justement parce qu’il enquêtait sur la disparition de notre fille. Lorsqu’il est sorti, 25 jours plus tard, il m’a raconté tout ce qu’il a vu et vécu pendant sa détention dans ce lieu sinistre de la police de la province de Buenos Aires. Dans cet endroit, transitaient de nombreux prisonniers. Mon mari a vu comment ils étaient torturés puis tués. Ma fille, Laura a dû subir le même traitement….A la seule différence qu’elle attendait un bébé : elle était enceinte de trois mois.

Comment avez-vous réussi à récolter des informations sur les conditions de détention de votre fille ?

E.d.C. : Grâce aux témoignages des ex-détenus libérés que j’ai pu rencontrer. Ils m’ont donné des informations sur les conditions de sa détention, de la naissance de son bébé, puis de son appropriation. Deux mois après avoir donné la vie dans un centre clandestin de détention, ma fille Laura a été privée de son enfant, avant d’être assassinée le 25 août 1978. Nous avons eu le « privilège » de récupérer le corps de notre fille après des discussions interminables au commissariat. Entre-temps je suis partie à la retraite. Mais j’étais loin de perdre ma force et de rester-là à pleurer sur mon sort. Ils avaient déjà détruits notre vie, il était donc hors de question, que j’attende les bras croisés. Un jour, je suis allée me recueillir sur la tombe de Laura, je lui ai promis de lui rendre justice, à elle et ses camarades, et de chercher son fils qu’elle voulait appeler Guido, comme son père.

A cette époque, les Grands-mères de la Place de Mai réalisaient-elles l’ampleur du processus de vols de bébés ?

E.d.C. : Quand nous avons commencé à chercher nos petits-enfants, nous étions bien innocentes et naïves ! Nous nous demandions ce qu’ils avaient bien pu faire pour qu’ils les détiennent de la sorte…Jamais nous n’aurions imaginé un tel degré de sauvagerie : les militaires créaient des centaines de centres clandestins, exécutaient les prisonniers, jetaient des hommes et des femmes vivants dans le fleuve et volaient nos petits-enfants. C’est au fil des années que nous avons compris ce qu’il s’était passé, et dans mon cas particulier grâce mon mari, qui avait été lui aussi prisonnier.

Le sang…La clé pour retrouver les petits-enfants kidnappés pendant la dictature ?

E.d.C. : Oui, l’ADN, voilà ce qui nous a permis de retrouver une partie de nos petits-enfants ! Au retour de la démocratie, en 1984 nous avons créé une Banque Nationale de Données Génétiques, unique au monde. Le sang des Grands-mères y est répertorié, ainsi que celui des membres de la famille des petits-enfants volés. Avec l’ADN, aucun doute n’est possible sur la véritable identité de nos petits-enfants : le sang ne ment pas. C’est grâce à cette technique que j’ai eu la chance de retrouver mon petit-fils Guido, le 5 août 2014.

Quel rôle a joué la France dans la lutte des Grands-mères de la Place de Mai ?

E.d.C. : La France a toujours été un pays très solidaire. Il y a entre la France et l’Argentine un lien très fort d’amitié. Je pense non seulement à l’Etat mais également à la société civile. Déjà pendant la dictature civico-militaire, la France nous a aidées par le biais de l’ambassade : c’est d’ailleurs avec beaucoup d’affection que nous nous rappelons du personnel de l’ambassade qui était en quelque sorte nos messagers pendant cette sombre période. Nous-mêmes avons voyagé de nombreuses fois en France. Je me rappelle de Danielle Mitterrand et de sa fondation : elle nous a décorées, remis des prix. Elle nous a aussi rendu visite à Buenos Aires, et nous a donné du matériel pour la Banque Nationale des Données Génétique. La France a été un exemple de solidarité dans le pire moment de l’histoire de l’Argentine. Vous vous êtes rendue en France en septembre dernier dans le cadre de la « Campagne sur l’identité ».

Pensez-vous qu’il puisse y avoir en France des bébés appropriés illégalement ?

E.d.C. : Effectivement, je suis allée en France pour lancer la campagne du « réseau européen pour l’identité ». Nos petits-enfants sont aujourd’hui des adultes…Nous pensons qu’ils peuvent se trouver n’importe où sur cette Terre ! Certains vivaient d’ailleurs au Mexique, en Uruguay, au Paraguay, en Hollande et aux Etats-Unis lorsque nous les avons identifiés. Nous pensons qu’ils peuvent également se trouver en Espagne, en France, ou en Italie. Peut-être que certains d’entre eux ont des doutes sur leur identité qu’ils n’arrivent pas à résoudre. Nous sommes là pour les aider. Ils doivent savoir que leurs parents sont en fait leurs ravisseurs.

Vous avez retrouvé la trace de votre petit-fils Guido le 5 août 2014, après 36 ans de recherches. Avait-il lui aussi des doutes sur son identité ?

E.d.C. : Quelques mois avant de se rendre au local des Grands-mères de la Place de Mai, quelqu’un lui a confié que ses parents n’étaient pas ses parents biologiques. Mon petit-fils a commencé à penser qu’il pouvait être l’enfant de disparus de la dictature. Puis il a réalisé une analyse de sang et ses doutes ont été confirmés. Il est musicien. Il a repris sa vie d’avant, dans son petit village. Et moi, de mon côté, je continue depuis Buenos Aires à chercher les 300 petits-enfants volés qui manquent encore à l’appel.

Comment les Grands-mères aident-elles les petits-enfants récupérés à reconstruire leur histoire ?

E.d.C. : Toutes les personnes identifiées ne réagissent pas de la même manière. Certaines acceptent immédiatement la nouvelle, alors que d’autres mettent plusieurs années. Les Grands-mères doivent redoubler de patience et accompagner les petits-enfants dans ce processus complexe : introduire une nouvelle vie dans une vie existante n’est pas une chose facile. Une équipe de psychologues travaillent également avec eux et les guident. Les petits- enfants se rencontrent régulièrement entre eux pour se soutenir. Les Grands-mères sont aujourd’hui âgées. Demain, ce sont eux, les jeunes, qui prendront le relais de ce long combat pour la vérité et la justice.

Casa por la identidad abuelas

Photo de Une : Au siège des Grands-Mères de la Place de Mai à Buenos Aires, Estela de Carlotto, présidente de l’association, se tient devant les visages des disparus de la dictature argentine.  Crédit : Louise Michel d’Annoville

  
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