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Le 17-02-2015 à 16:02

Vente de Rafale à l’Égypte : « Le double jeu a toujours été constant dans le commerce des armes »

Par Anna Demontis

Alors que le ministre de de la Défense, Jean-Yves Le Drian, se rendait hier en Égypte pour signer la vente de 24 Rafale français, Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, réagit à cet accord. Saluée par tous comme une consécration pour ces avions militaires que Dassault essaye, en vain, de vendre depuis 30 ans, cette transaction à 5,2 milliards d’euros en dit long sur le modèle de développement et de soutien à la démocratie promu par l’Hexagone.

En quoi la vente de Rafale à l’Égypte est-elle condamnable ?
Patrice Bouveret
Patrice Bouveret

En premier lieu, au regard des engagements internationaux pris par la France. L’État français s’est battu en faveur du Traité international sur le commerce des armes — entré en vigueur le 24 décembre dernier — pour ensuite le violer allègrement, en exportant des Rafale vers une zone de conflit et d’instabilité régionale. Même si le gouvernement invoque l’instabilité du Moyen-Orient pour légitimer l’accord, il y a un paradoxe : on dit que l’on cherche à régler le conflit, mais on contribue aussi à l’attiser. On sait très bien que les Rafale sont faits pour tirer sur une zone géographique large, où se trouvent des civils. Il y aura donc des dégâts collatéraux inévitables, qui augmenteront les tensions dans la région, l’insécurité et, potentiellement, le ressentiment et l’enrôlement de nouveaux terroristes. Concernant l’aspect moral, on fabrique des armes pour se défendre et se protéger. Mais en les vendant, on exporte l’insécurité ailleurs, là où elles pourraient se retourner contre nous.

Qu’est-ce que cet accord commercial signifie pour la politique française de développement et de soutien à la démocratie ?

Commerce des armes : les engagements et la réalité
La France est engagée à travers la position commune de l’Union européenne qui interdit l’exportation d’armes vers des pays en conflit ou vers des zones géographiques qui connaissent une instabilité régionale. Ce qui est le cas de l’Égypte, qui se trouve pris entre deux zones de fortes tensions terroristes : le Yémen et la Libye. À cela s’ajoute le Traité sur le commerce des armes, entré en vigueur le 24 décembre 2014 et qui fut vivement défendu par la France. Au niveau national, la loi française interdit la fabrication et le commerce des armes, sauf s’il y a une autorisation des autorités. Ce régime de prohibition permet à l’État d’exercer un contrôle absolu sur cet important secteur économique.
En effet, la France compte parmi les 5 plus gros exportateurs mondiaux d’armes, avec 5 % du marché, selon le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri) – un cabinet d’études stratégiques suédois qui chaque année publie un rapport sur la production et la vente d’armes dans le monde. Selon le rapport gouvernemental au Parlement sur les exportations d’armements de la France, le Proche et le Moyen Orient représentaient 26,6 % des ventes en 2013.

Certes, Dassault fabrique les Rafale, mais c’est l’État qui donne l’autorisation de les vendre et qui, à l’arrivée, décide. Quand l’État français vend des armes à l’Égypte, il renforce et soutient le régime égyptien qui est autoritaire et tenu par l’armée. En réalité, la France tient un double discours. Au niveau médiatique, elle soutient les révolutions arabes. Dans les fait, elle a toujours soutenu le régime en place. Le message n’est, au fond, pas très différent de ce qu’il a pu être au début de la révolution en Tunisie, quand la France envoyait du matériel de maintien de l’ordre alors que le gouvernement tunisien réprimait les manifestations. Faut-il rappeler la manifestation pacifique réprimée dans le sang le 24 janvier dernier au Caire, expression d’un régime qui vise à limiter l’espace politique et les libertés ? Les accords avec l’Égypte ont pris en France une tournure plus spectaculaire et passionnelle car on arrive enfin à vendre des Rafale, mais le double jeu a toujours été constant dans le commerce des armes. C’est une forme d’hypocrisie : un discours généreux sur le plan médiatique, mais dans la pratique, une realpolitik qui fait passer les intérêts économiques de la France avant tout. Enfin, pour ce qui est de la prise de décision, tant du côté égyptien que français, les accords ont été passés par un petit nombre de personnes avec d’énormes enjeux politiques, moraux et humains. Et tout ceci au nom de citoyens mis à l’écart de toute consultation démocratique. Un tel accord devrait, au minimum, être examiné par le Parlement. Mais non, la décision appartient au Président et au Premier ministre après avis d’une commission qui repose sur le ministère de la Défense, les Affaires étrangères et le ministère des Finances.

En quoi cette vente ne va pas dans le sens d’un renforcement de la démocratie en Égypte ?

Ce renforcement de l’appareil militaire égyptien peut certes contribuer à lutter contre les conséquences du développement du « terrorisme », mais en aucun cas contribuer à en diminuer les causes… Le gouvernement ne respecte pas du tout la volonté du peuple. Si les Égyptiens pouvaient choisir entre avoir des Rafale ou un autre fonctionnement démocratique et une meilleure répartition des richesses, la réponse serait évidente me semble-t-il.

Pour en savoir plus sur l’Observatoire des armements et la politique française de production et d’exportation d’armements, regardez cette interview vidéo de Patrice Bouveret filmée en juin 2014 par la web tv FoutouArt

Crédit photo de Une : Airwolfhund (Flickr)

  
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