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Le 15-05-2014 à 22:05

Tribune : Naufrages et histoire

COMORES. Vingt ans déjà qu’existe le Mur Balladur. Une ligne de frontière, illégalement tracée par la France républicaine, entre une partie des Comores, Mayotte, et l’autre, entraînant des milliers de morts, et contribuant à la déconstruction d’un archipel. Un scandale à dénoncer alors que François Hollande se rendra en juillet au sommet des chefs d’État de l’océan Indien.

Histoire d’une tutelle coloniale, se prolongeant dans l’océan Indien, sous la forme d’une tragédie. Celle des morts du Visa Balladur. Histoire, surtout, d’une relation entre la France et les Comores, fondée sur le mensonge, le déni, l’arrogance et la violence, depuis plus d’un siècle. Remontant à 1841 (l’annexion de l’île de Mayotte) et à 1912 (date officielle de la colonisation française dans l’archipel), cette relation se résume depuis 1975 (date de l’indépendance officielle de la République comorienne) à une somme de petites et grandes tragédies ignorées par les médias et les faiseurs d’opinion.

Deux États jouent à se faire une guerre de la salive, ininterrompue depuis quarante ans, entre deux rives d’un même espace géographique, les Comores.

À LIRE :
Un dhikri pour nos morts
Soeuf Elbadawi
Ed. Vents d’ailleurs, 2013

Il y est question de droit, national et international. Vingt-deux résolutions de l’Onu parlent de l’occupation illégale d’une partie des Comores par la France. La résolution 31 (IV) prise à l’assemblée générale des Nations unies le 21 octobre 1976 parle clairement d’une « violation de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la République indépendante des Comores ». Il y est aussi question de fratrie éclatée, de pays divisé, d’un archipel déconstruit. À la date du 26 octobre 1974, le président Giscard d’Estaing, fraîchement élu, déclarait que « les Comores sont une unité. Il est naturel que leur sort soit commun (…) Nous n’avons pas, à l’occasion de l’indépendance d’un territoire, à proposer de briser l’unité de ce qui a toujours été l’unique archipel des Comores ». Le même Giscard d’Estaing, qui, peu de temps après, s’empressera d’entériner le processus de balkanisation de l’archipel.

Ce lourd contentieux sera nourri, au fil du temps, par une instabilité permanente, avec des coups d’État foireux, perpétrés notamment par le tristement célèbre Bob Denard, homme de main connu des basses œuvres de la Françafrique. Une situation, qui, jamais, n’empêcha la circulation des habitants de l’archipel entre ces îles, jusqu’à ce que l’État français y instaure, il y a vingt ans, le « Visa Balladur », causant, de fait, la séparation des familles, et la mise à mal de l’histoire commune. C’est ainsi que le bras de mer de 70 km, séparant Mayotte de son île sœur, Anjouan, est devenu le plus grand cimetière marin de la région.

Une tragédie qui n’a pas interdit la signature, l’an dernier, d’un traité d’amitié entre les autorités comoriennes et françaises à l’Élysée. Alors que les Comoriens sont régulièrement traqués en mer par la Police de l’air et des frontières (PAF) française, dès lors qu’ils essaient de rallier Mayotte, par voie maritime, sans passer par l’ambassade de France, qui n’octroie jamais le visa exigé pour cette traversée vers un bout de terre que la communauté internationale s’accorde à dire qu’il est comorien.

Malgré tout, les Comoriens tentent la traversée, jouant à cache-cache avec les gardiens d’une frontière, tracée depuis Paris par des gouvernants sans pitié, au sein d’un même peuple. Une frontière rendue « invisible » par des médias français, en apparence, indifférents. Au péril de leur vie, des Comoriens continuent, en effet, à tenter le passage d’une rive à l’autre, chaque semaine, bravant radars et frégates rapides, pour rejoindre leurs familles, un peu comme pour résister à l’anéantissement annoncé de leur pays, là où leurs représentants politiques (du moment) acceptent de se soumettre à la puissance tutélaire.

Ce mur Balladur génère des milliers de morts. À Moroni, capitale de l’archipel, le chiffre de vingt mille morts résonne en écho avec les barques arraisonnées et brûlées. Vingt mille morts ayant commis le crime de circuler dans leur pays, sur la terre de leurs aïeux. Vingt mille morts, soit près de 2% de la population de cet archipel. Une information que gère de façon condamnable l’État français, qui se rendra à Moroni, au mois de juillet prochain, pour présider la Communauté de l’océan indien, lors du sommet des chefs d’État des îles de l’océan Indien.

Car l’un des enjeux français dans la région consiste à contrôler cette zone, où transite 80% des échanges commerciaux internationaux par voie maritime.

Les enjeux sont aussi militaires et économiques, et se fondent désormais sur la « rupéisation » de la Réunion et Mayotte.

Le 12 décembre 2013, le Parlement européen a adopté une résolution confirmant la modification du statut territorial de Mayotte en région ultrapériphérique (RUP), au 1er transformer les relations avec l’Union européenne qui va devenir un partenaire janvier 2014. Cette « rupéisation » va actif du développement de l’île.

  
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