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PAR David Eloy - Altermondes septembre 2006
En 2004, Guillaume Gamblin est parti au Guatemala dans le cadre de l’intervention civile de paix. Retour sur une expérience de terrain.
En quoi consiste l’intervention civile de paix ?
L’intervention civile de paix (ICP) consiste à envoyer des volontaires civiles non armés dans des zones de conflits ou de violences politiques pour qu’ils interviennent notamment dans la prévention des conflits, l’observation du respect des droits humains, la médiation ou l’accompagnement de personnes menacées, à la demande de ces dernières. Aujourd’hui, les principales zones d’intervention sont entre autre la Colombie, le Kosovo, le Guatemala, l’Indonésie, la Palestine et le Sri Lanka.
L’ICP est encore peu développée en France. Chaque année, 10 à 20 volontaires suivent une formation et partent pour des missions de quatre mois à un an.
Comment avez-vous connu l’ICP ?
J’ai découvert la non violence à travers Gandhi et Martin Luther King. Engagé au Mouvement pour une alternative non violente (MAN), j’ai rencontré des volontaires et le récit de leur expérience m’a passionné. En 2002, j’ai donc suivi une formation mais je ne me sentais pas encore mûr et ce n’est qu’en 2004, à 23 ans, que je suis parti pour cinq mois au Guatemala. J’avais choisi cette mission car, pour une première expérience, je ne me sentais prêt ni pour une mission longue, ni pour une mission dans une zone très violente, comme la Colombie.
Que faisiez-vous au Guatemala ?
En 1996, le Guatemala est sorti de trente ans d’une guerre civile qui a coûté la vie à plus de deux cent milles personnes, dont beaucoup appartenaient à la communauté maya. En 2000, le Centre d’action légale pour les droits humains (CALDH) [1], une ONG guatémaltèque, qui avait engagé une procédure judiciaire envers des militaires, accusés d’être responsables de crimes de guerre et de génocide [2], a fait appel à des volontaires pour protéger les personnes qui avaient accepté de témoigner à visage découvert et recevaient des menaces.
Pendant quatre mois, par groupe de deux, j’ai participé à l’accompagnement des témoins de quatre communautés villageoises mayas, leur apportant ainsi la protection de la communauté internationale. Cette dissuasion est évidemment plus politique que physique. Sans ce soutien beaucoup de témoins auraient craqué et abandonné le procès.
Que retenez-vous de cette expérience ?
Ce qui m’a le plus marqué, c’est le fait de partager la vie des communautés indigènes mayas. C’était un grand honneur de côtoyer au quotidien des personnes qui font preuve de tant de courage et de détermination pour que justice soit faite. Une femme de plus de cinquante ans a appris à lire et à écrire pour être plus active dans le procès.
C’est admirable et c’est pourquoi je n’hésite pas à témoigner de mon expérience, dans les lycées, dans les facs, dans les associations… pour partager et susciter des envies.
J’aimerais évidemment repartir en mission. Un mandat d’arrêt international vient d’être lancé à l’encontre des dirigeants guatémaltèques inculpés. Les témoins sont encore plus en danger et des volontaires plus que jamais demandés.
Propos recueillis par David Eloy - Altermondes
| Plus d’information :
Brigades de Paix Internationales : www.peacebrigades.org Collectif Guatemala : www.collectif-guatemala.org Comité ICP : 01.45.44.48.25 - comiteicp@free.fr Force non-violente de paix : www.nonviolentpeaceforce.org |
[1] CALDH - www.caldh.org
[2] La Cour interaméricaine des droits de l’Homme a reconnu les crimes de guerre et le génocide dont ont été victimes les mayas guatémaltèques.