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PAR Pascal Bousso - Ingénieurs sans Frontières septembre 2006
Une agriculture sans pesticide et sans engrais chimique comme moyen de lutte contre la pauvreté et piste de compétitivité régionale : c’est ce que le Réseau national des agriculteurs naturels propose à l’Etat cambodgien. [1]
Sorti des égarements sanglants de la fin du XXe siècle (guerre civile, terreur, Pol Pot, puis régime totalitaire pro-soviétique jusqu’au début des années 90), le Cambodge se tourne plus volontiers vers le capitalisme asiatique débridé qui marque le début du XXIe siècle. Son gouvernement compte beaucoup sur les miettes d’investissements que lui réservent les pays voisins (Japon, Malaisie, Chine, Thaïlande...), il entend leur proposer une main d’oeuvre bon marché, un Etat dérégulé et une société civile rendue atone par le collectivisme forcé des dernières années et la faible garantie de survie laissée à toute expression démocratique actuelle [2].
Le Cambodge est donc entré naturellement dans l’OMC en 2004. Aucun indice cependant sur le sort qui est réservé à la majorité de la population cambodgienne : 75% des 14 millions de Cambodgiens vivent d’une agriculture de quasi subsistance. La plupart des familles cultivent moins de 1 ha de rizières, sont soumises aux aléas climatiques (alternance d’inondations et de sécheresse), et restent dans un état de pauvreté souvent extrême.
Agriculture naturelle
" S’ils n’ont pas de représentant au niveau national, capables de discuter avec l’Etat et les ONG, les paysans cambodgiens se retrouveront isolés dans quelques années ” affirme Chok Vannoth, le président du Réseau national des agriculteurs naturels. Né fin 2003, ce réseau rassemble aujourd’hui 400 associations paysannes, soit 15000 paysans répartis dans tout le pays. Il promeut “ une agriculture écologique, basée sur la gestion des ressources naturelles et un développement socialement équitable ”. La seule organisation professionnelle agricole du Cambodge serait-elle plus proche d’une FNAB française (Fédération nationale de l’agriculture biologique) que d’une FNSEA [3] ? D’ailleurs, peut-on parler d’agriculture biologique ?
" Les associations d’agriculteurs naturels sont constituées de paysans très pauvres : les techniques d’intensification qu’ils utilisent [4] mobilisent plus leur tête que leur porte-monnaie. Et puis l’objectif n’est pas de vendre le riz naturel plus cher sur les marchés : personne ne pourrait se l’offrir ! ”, souligne Prak Sereywath, du CEDAC, une ONG d’agronomes cambodgiens qui soutient le réseau national. Pas possible, donc, de passer par une certification, et pas question non plus de monter une filière d’exportation du type commerce bio-équitable. “ Nous croyons que l’agriculture naturelle est le moyen de sortir les paysans de la pauvreté tout en proposant à tous les Cambodgiens des produits plus sains ”.
Souveraineté alimentaire
_Pour Chok Vannoth, “ la production agricole cambodgienne croît lentement et nous nous inquiétons de l’irruption à venir des produits provenant des pays voisins (Thaïlande, Vietnam), qui soutiennent leur exportations massives. Actuellement, c’est surtout l’importation de pesticides et d’engrais chimiques qui nous inquiète. Les effets de leur utilisation sur la santé des paysans sont avérés. Le réseau national des agriculteurs naturels organise chaque année une marche pour sensibiliser l’Etat, les médias et la population sur les dangers sanitaires et économiques de ces produits. ”
C’est aussi une façon de proposer un espoir aux paysans et une piste d’orientation politique à l’Etat : pour Chok Vannoth, “ le Cambodge ayant signé les accords de l’OMC, il devra s’ouvrir de plus en plus aux autres pays. Une production basée sur le respect de l’environnement et sur la qualité peut donner à l’agriculture cambodgienne sa particularité, sa place dans le commerce national et international. ”
Pascal Bousso - Ingénieurs Sans Frontières.
[1] Le Réseau national des agriculteurs naturels (Farmer Nature Network) est membre de l’Asian Farmers Association (www.asianfarmers.org) qui est membre observateur de Via Campesina.
[2] Plus d’informations L’appel Réseau Solidarité sur la répression les syndicats de l’industrie textile au Cambodge
[3] Fédération national des syndicats d’exploitants agricoles
[4] Fertilisation organique et maintien de l’écosystème rizicole