« Parfois, il suffit de relire ou redire à haute voix ce qu’a dit un type sans rien changer et on fait rire toute une salle ». Coluche n’avait pas tort, lui qui s’y connaissait en humour. Le 11 août, Nicolas Sarkozy, entendant protester contre la nouvelle condamnation d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et principale opposante à la dictature birmane, demandait à l’Union européenne de « réagir rapidement par l’adoption de nouvelles sanctions dirigées contre le régime birman, qui doivent viser tout particulièrement les ressources dont il profite directement dans le domaine de l’exploitation du bois et des rubis ». Dans l’urgence, il oubliait de citer le pétrole, exploité par Total et principale ressource du régime. Peu après, le 30 août, Nicolas Sarkozy, tançant les banques françaises, déclarait : « ça ne recommencera pas comme avant, c’est une question de morale et de stabilité financière ». Christine Lagarde, fidèle ministre de l’Economie et des Finances, lui embrayait le pas, plaidant pour « l’éradication » de la « course à l’échalote aux bonus dans les banques ».
« Il faut rire de tout, disait Pierre Desproges. C’est extrêmement important. C’est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans ». C’est vrai que, si ça ne tenait qu’à nous, on aimerait bien rire de la situation actuelle. Mais voilà le problème : ça ne tient pas qu’à nous. Nous ne sommes pas tout seuls. Selon l’Organisation internationale du travail, fin 2009, le monde comptera au moins 20 millions de personnes supplémentaires sans emploi – sans parler de celles dont les conditions de travail se sont passablement dégradées. Seulement 20% de la population mondiale bénéficie d’une couverture sociale à même de la protéger des turbulences que traverse la société. Aucun scénario de sortie de crise ne peut faire abstraction de cette réalité cruelle, aucun scénario ne peut fonctionner sans que le travail décent et le développement durable n’en soient l’épine dorsale. C’est ce que nous avons voulu marteler dans le dossier de ce numéro.
Les 24 et 25 septembre, les principaux dirigeants du monde se réuniront, lors d’un G20 exceptionnel à Pittsburgh (Etats-Unis) pour trouver des solutions à la crise financière. Puis, du 7 au 18 décembre, l’ensemble des gouvernements se réunira à Copenhague (Danemark) pour prendre à bras le corps le défi du changement climatique. Deux rendez-vous historiques, comme put l’être celui, il y a vingt ans, de la chute du mur de Berlin. Deux rendez-vous que les Etats ne peuvent pas manquer. Alors, de grâce ! Ne nous faites pas rire…







