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Du même auteur :
Laurent Chabert - Eau Vive




Qui a peur du coût de l’eau ?

PAR Laurent Chabert - Eau Vive


Pour assurer son accessibilité à tous les humains sur terre, la tentation est grande de faire de l’eau une denrée gratuite. Mais cette gratuité serait-elle une garantie de disponibilité de l’eau pour tous ? Et d’ailleurs, les usagers la demandent-ils vraiment ?


Au Nord comme au Sud, tous les usagers de l’eau, quelles que soient leurs ressources, qu’ils soient desservis par un réseau moderne, une borne-fontaine ou encore un puits traditionnel, tous s’accordent sur un point essentiel : le service de l’eau a un coût, aujourd’hui et depuis toujours, et il faut bien que l’usager paie pour ce service. Dans nos centres urbains développés comme dans les villages africains les plus défavorisés ou dans les quartiers pauvres d’une capitale du Sud, c’est une réalité incontournable que chacun comprend : pour avoir de l’eau, il faut rémunérer des investissements, des coûts de fonctionnement, des compétences, un ensemble de services. Et chacun se doute que la gratuité de l’eau ne garantirait en rien l’accès à l’eau pour tous. Seules les sociétés humaines capables de prélever ce coût sur l’impôt (il faut bien que quelqu’un paie…) pourraient assurer cet accès universel, les autres devraient « se débrouiller », ce qui entraînerait une éviction inévitable du service pour les plus pauvres. L’eau gratuite… serait réservée à ceux qui peuvent se la payer.

Question de principe ?
En fait, ce n’est pas le principe du paiement du service qui est contestable ou contesté, c’est d’abord l’accaparement de la ressource. Dans un monde où, nous le savons tous maintenant, l’eau doit être protégée, partagée, disponible pour le développement de tous, il est inadmissible que l’on puisse « privatiser » une telle ressource : un lac, une rivière, une nappe souterraine… Et bientôt la mer ? Partout sur Terre, des conflits naissent et s’étendent parce que des Etats ou des organismes privés s’approprient cette ressource.
Ce sont ensuite les modalités de recouvrement des coûts qui sont contestées. Ce qui est choquant, c’est que les autorités publiques, locales ou nationales, dans les sociétés modernes comme dans les pays en développement, pourtant conscientes des enjeux liés à l’eau et par ailleurs responsables du service de l’eau, abandonnent leurs prérogatives à des intérêts privés, grands ou petits. Ce qui n’est pas acceptable c’est que ces intérêts privés jouent sur la tarification pour dégager un profit maximal, pour rémunérer ensuite des actionnaires ou spéculer sur les marchés financiers. L’argent de l’eau sert alors à « enrichir les riches » au lieu de servir le développement du pays et les intérêts locaux et directs des usagers qui ont payé. Si une plus grande part des profits de l’eau est réinvestie au bénéfice de ceux qui les ont générés, qui y trouvera à redire ?
Autre préoccupation de l’usager : l’opacité de sa facture d’eau qui entretient, et tout le monde y perd, la méconnaissance sur la réalité des services et donc sur les coûts réels liés à la distribution d’eau, en amont et en aval du robinet. Elle entretient surtout le soupçon, malheureusement souvent vérifié, d’une surfacturation et donc de profits cachés.

Les usagers sont prêts
L’attente des usagers est que l’eau, bien emblématique à tout point de vue, puisse faire l’objet d’une répartition équitable. Si nous ne sommes pas capables de trouver les moyens de répartir entre nous cette ressource vitale, de faire que chaque humain puisse boire, se laver, progresser avec ce moteur indispensable à tout développement, alors nous ne valons pas grand chose. L’injuste répartition de l’eau sur Terre peut fort bien, et c’est heureusement déjà le cas dans bon nombre de villes ou de pays, être compensée par des systèmes de péréquation : les plus riches contribuent à l’accès à l’eau des plus défavorisés. Ce n’est pas si compliqué que cela, et la réalité montre que les usagers sont prêts à ce partage équitable. Ce qui manque, c’est simplement l’absence de politiques publiques déterminées, la non-reconnaissance persistante du droit à l’eau comme droit fondamental, la frilosité des professionnels de l’eau à changer leurs pratiques et la pression des intérêts privés et de l’argent. L’eau est certainement un patrimoine à gérer avec des modalités économiques. A condition qu’elle le soit pour le bien commun et au bénéfice de tous.




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