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Jean Bosco Bazié - Eau Vive




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Fleuve Niger : Les usagers et l’avenir du bassin

PAR Jean Bosco Bazié - Eau Vive


Plus grand fleuve d’Afrique de l’Ouest, le Niger est aussi le cadre d’une mobilisation sans précédent des usagers qui, dans leur propre pays ou sur l’ensemble du bassin, entendent peser sur des décisions d’aménagement qui auront des conséquences considérables sur les populations et leur milieu de vie.


Le fleuve Niger est le troisième plus grand fleuve d’Afrique. Long de 4200 km, il irrigue un bassin couvrant neuf pays (1) et dispose d’atouts hydroagricoles, halieutiques, énergétiques… qui font vivre, directement ou indirectement, 150 millions d’habitants. Mais les sécheresses répétées, la pression démographique sur les ressources naturelles, l’absence d’investissements et de politiques de préservation de l’environnement efficaces et soucieuses ont conduit à l’accélération de la dégradation des terres et des eaux, la fragilisation des écosystèmes ainsi que des tensions et des conflits entre usagers.
En 2002, les pays partageant le fleuve et ses affluents ont décidé de réagir, de « renforcer la coopération entre Etats et tirer le meilleur parti des ressources du bassin dans une démarche consensuelle, négociée et acceptée de tous » et de « faire du bassin un espace de développement durable pour les générations actuelles et futures ». Et en juillet 2007, l’Autorité du Bassin du Niger (ABN) a validé un Plan d’action de développement durable (PADD) à l’horizon 2025.

Appel des usagers
Depuis 2005, les organisations d’usagers des ressources naturelles du bassin ont mis les bouchées doubles pour disposer de mécanismes de concertation et de participation à la prise de décision sur l’avenir du bassin, en s’organisant en coordinations nationales, pays par pays et au sein d’une coordination régionale. Conscients des enjeux que présente le schéma directeur d’aménagement retenu dans le PADD, ces organisations ont fait entendre leur voix à de multiples reprises pour marteler leur avis sur la pertinence de certains aménagements, sur les dommages qu’ils causeront et sur les justes compensations à prévoir dans leur mise en place. Ainsi, lors de la Session extraordinaire du Conseil des Ministres de l’ABN, à Niamey (Niger, en juillet 2007), était lancé un Appel des usagers proclamant : « Il n’y a de bassin que par les hommes qui y vivent ».
Sur la question des aménagements hydroélectriques, l’Appel souligne que la construction des barrages de Fomi (Guinée), Taoussa (Mali) et Kandaji (Niger) aura des conséquences négatives pour l’avenir de plusieurs dizaines de milliers de personnes (2). En conséquence, il demande le redimensionnement des ouvrages ainsi que des garanties suffisantes - en terme de compensations morales, matérielles et culturelles – pour les populations appelées à être déplacées des sites concernés. Les mécanismes de concertation et de participation des usagers évoqués précédemment veilleront à la mise en place de ces mesures de compensation, qui porteront notamment sur les conditions de réinstallation des populations (notamment leur accès aux services sociaux de base que sont l’eau potable et l’assainissement, la santé, l’éducation…).
Sur la question de l’agriculture, l’Appel demande que des dispositions légales garantissent un accès minimum des usagers à la ressource foncière pour éviter les dérives des grandes exploitations agricoles qui transforment les paysans expropriés en simples ouvriers agricoles. Une politique de marché adaptée doit être définie pour garantir la compétitivité de la production agricole locale du bassin (face aux produits agricoles importés) et lui permettre de jouer son rôle dans l’amélioration de la sécurité alimentaire des populations. Par ailleurs, les coordinations d’usagers appellent à relativiser les discours du PADD qui font des cultures irriguées une solution remarquable. En effet, les cultures irriguées nécessitent de gros investissements d’installation et de fonctionnement qui seront renchéris à l’avenir par la hausse de la facture pétrolière. En revanche, l’agriculture familiale qui demeure le plus grand pourvoyeur d’emplois et de sécurité alimentaire pour les populations, y compris en terme de régime alimentaire, devrait se voir concéder une plus grande importance.

Par-delà les apparences
Malgré le consensus apparent qui a prévalu entre les Etats membres de l’ABN lors du processus d’élaboration du PADD, la réalité d’une vision partagée sur l’avenir du bassin reste à démontrer. Les aménagements structurants prévus ne sont en effet que la juxtaposition des différents grands projets nationaux, dont l’instruction avait démarré bien avant le lancement de ce processus commun aux Etats membres. Les pays ont-ils la capacité de transcender les intérêts propres à chacun pour aller vers un partage de coûts et bénéfices, une délégation de maîtrise d’ouvrage de ces projets d’intérêt régional à une agence autonome ?
D’ici là, le Niger et ses affluents ne connaissent pas de frontières. Leur dégradation continue de mettre en péril l’avenir de millions de gens. Il est donc urgent de renforcer la mobilisation des usagers pour qu’ils pèsent sur les prises de décision politiques lors des échéances telles que le Sommet des Chefs d’Etats et la Table ronde des bailleurs de fonds prévus au premier semestre 2008.

(1) Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria et Tchad
(2) La construction des barrages de Kainji et Jebba (Nigeria) ont entraîné le déplacement de près de 60000 personnes.




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