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Comment rebâtir la Côte d’Ivoire ?

PAR David Eloy - Altermondes décembre 2006


Malgré les résolutions onusiennes, la Côte d’Ivoire continue de s’enliser dans la crise. Aucune solution ne sera possible sans la société civile. C’est le message que veut faire entendre la Convention de la société civile ivoirienne.


Le 1er novembre 2006, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution inscrite dans le long processus censé ramener la paix en Côte d’Ivoire. Cette résolution 1721 ouvre une nouvelle période de transition. Elle proroge les mandats du président Laurent Gbagbo et de son Premier ministre, Charles Konan Banny, ce dernier se voyant assigner comme principale mission de conduire le pays à des "élections libres, ouvertes, régulières et transparentes d’ici au 31 octobre 2007 au plus tard".

Résolution fantoche
Le moins que l’on puisse dire est que cette résolution ne rencontre pas l’adhésion totale des différents acteurs de la crise en Côte d’Ivoire, à commencer par le président lui-même. En effet, au lendemain du vote, Laurent Gbagbo, dans une allocution radiotélévisée, n’a pas manqué de rappeler qu’il était toujours "à la barre" et que "toutes les atteintes contenues dans la résolution qui constituent des violations de la Constitution ne seront pas appliquées ". Une opposition claire à la demande du Conseil de sécurité de transférer au Premier ministre "une autorité sur les forces de défense et de sécurité en Côte d’Ivoire" en vue de parvenir au démantèlement des milices et à la restructuration de l’armée.
Le scepticisme règne également au sein des organisations de la société civile ivoirienne. "La communauté internationale et la France ont fauté. Ils ont une nouvelle fois entériné la confiscation de la sortie de crise par les politiques en cantonnant le débat aux quatre clans politiques qui s’affrontent pour le pouvoir", s’insurge Dao Gabala Mariam de la Coalition des femmes leaders de Côte d’Ivoire. "On veut trouver une solution avec des gens qui ne sont pas concernés par le conflit. Ils n’en subissent pas les conséquences. Le conflit pourrait durer encore cinquante ans sans que cela ne les dérange, souligne Patrick N’Gouan de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme. La crise ivoirienne n’est pas qu’une crise électorale. Elle est économique, sociale, identitaire, etc. Se cantonner à organiser des élections, comme le fait la communauté internationale, c’est trop facile". Et Solange Koné de la Marche mondiale des femmes de conclure : "Aucune sortie de crise ne sera possible sans la société civile".
C’est aussi le message que veulent faire entendre les organisations rassemblées au sein de la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI). "Les pays africains qui excluent la société civile sont condamnés à l’instabilité chronique car ils sont incapables de concilier les attentes des parties en conflit", constate Patrick N’Gouan, également coordonnateur de la CSCI.

La parole au peuple
La Convention de la société civile ivoirienne est née en décembre 2002. Elle rassemble une cinquantaine d’organisations représentatives de la société ivoirienne [1] autour de la volonté commune de proposer des solutions alternatives pour résoudre la crise. Avec acharnement, elle interpelle la communauté internationale et les hommes politiques ivoiriens pour qu’ils reconnaissent le rôle central de la société civile dans la construction de la paix.
Même si elle s’est vue jusqu’à présent refuser voix au chapitre - la délégation envoyée aux négociations de Marcoussis (janvier 2003) ne fut même pas reçue -, elle n’en continue pas moins à pousser ses revendications. "Nous demandons surtout que soit organisé un vaste forum de dialogue national pour redéfinir collectivement, avec l’ensemble des Ivoiriennes et des Ivoiriens, les bases de la gouvernance du pays, de son armée, de son économie…", énonce Patrick N’Gouan. "Le forum sera l’occasion pour le peuple ivoirien de crier sa soif de paix", poursuit Venance Konan, journaliste ivoirien.
"Il faut rapatrier en Côte d’Ivoire les initiatives de sortie de crise", renchérit Dao Gabala Mariam. "Nous n’ignorons pas le rôle important de la communauté internationale mais nous connaissons aussi le nôtre, souligne Patrick N’Gouan. Nous devons commencer par balayer devant notre porte en luttant contre la corruption et la mauvaise gouvernance qui gangrènent la vie politique et économique de la Côte d’Ivoire. La société civile ivoirienne doit reprendre en main son avenir".

David Eloy - Altermondes

Mémoire amère
Depuis le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire est déchirée par une lutte fratricide et un conflit sanglant pour le pouvoir. Le pays vit une partition de fait, le Nord occupé par la rébellion dite des Forces Nouvelles, le Sud sous contrôle gouvernemental et entre les deux, dans la zone dite de confiance, les 10000 hommes de la force internationale d’interposition de l’ONU. Pays phare de l’Afrique de l’Ouest, longtemps symbole de paix et de prospérité, la Côte d’Ivoire s’enlise depuis quatre ans dans un marasme économique et social. Le Rapport mondial sur le développement humain 2006 que vient de publier le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en atteste. La Côte d’Ivoire se classe au 164ème rang sur 177 sur l’échelle du développement humain. 48,8% des Ivoiriens gagne moins de 2 dollars par jour. L’espérance de vie est d’à peine 46 ans. Plus de 40% de la population a moins de 15 ans.

Notes

[1] Font parties de la CSCI : des confessions religieuses, la chefferie traditionnelle, des organisations professionnelles (dont la Chambre de commerce et d’industrie), des organisations de droits de l’Homme, de démocratie, de promotion humaine et d’éducation civique…




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