Un réseau pas comme les autres
PAR Olivier Hoedeman – Corporate Europe Observatory – Pays-Bas 1er mars 2008
Pour reconquérir l’eau publique, les défenseurs du droit à l’eau mettent la main à la pâte et multiplient les expériences de services publics de l’eau justes et démocratiques. Avec une nouveauté qui marche : faire travailler ensemble les ONG, des professionnels et d’autres structures.
L’un des traits les plus marquants de la mobilisation internationale sur les questions d’accès à l’eau de ces cinq dernières années est la détermination croissante qu’elle affiche, non seulement d’organiser la résistance à la privatisation, mais surtout de développer et de promouvoir son propre agenda, alternatif et positif.
Un réseau unique
Le réseau Reclaiming public water (RPW) en est le reflet, son objecti étant d’apporter des réponses autres que celle de la privatisation des services, en travaillant au développement de modèles de gestion publique performants et progressistes. Ce réseau, créé en 2005, est unique en son genre parce qu’il rassemble non seulement des militants de la société civile, des syndicats, des universitaires, mais aussi des dirigeants de service public de l’eau et des professionnels du secteur. S’affranchir des barrières qui souvent existent entre ces différentes catégories d’acteurs a permis à chacun de mieux comprendre quels sont les vrais obstacles à une bonne gestion publique et les moyens d’y remédier.
Au sein du réseau, tous partagent ce même point de vue : mettre en application le droit à l’eau nécessite d’identifier les faiblesses dans la gestion publique de l’eau. Les membres du réseau reconnaissent aussi que l’amélioration de la gestion publique de l’eau est un processus politique qui nécessite de casser des barrières et d’impliquer tous les acteurs.
La création du réseau vient à l’origine de l’écriture collective d’un livre, « Reconquérir l’eau publique - Réussites, luttes et visions du monde entier », qui présente de nombreux exemples de réformes progressistes de systèmes de gestion publique de l’eau, principalement dans les pays du Sud, des réformes qui ont amélioré de manière significative l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, en particulier pour les populations les plus pauvres.
Cartographie des réformes
Beaucoup, si ce n’est la plupart des cas de réformes qui ont réussi se caractérisent par la redéfinition des relations entre les services publics de l’eau et les usagers, dans le sens d’une association plus étroite des usagers (ainsi que des salariés du secteur de l’eau) à la planification et d’autres aspects clés de la gestion de l’eau. Dans de nombreuses villes des pays du Sud, accepter de rendre des comptes aux usagers s’est révélé être la clé pour améliorer l’accès à l’eau potable pour les communautés les plus pauvres et les plus marginalisées. Des expériences combinant une participation des citoyens à l’ensemble du processus et une démocratisation de la gestion publique de l’eau sont particulièrement répandues en Amérique latine, notamment au Brésil.
La ville de Porto Alegre est ainsi célèbre dans le monde pour l’utilisation du budget participatif et d’autres réformes démocratiques afin de permettre l’accès universel à l’eau potable. Le budget participatif donne la possibilité aux plus pauvres de s’exprimer directement dans le choix des priorités d’investissement. Les organisations locales de la société civile contrôlent, jour après jour, les opérations des services publics de l’eau. La combinaison de ces mesures garantit que l’opérateur public de l’eau est responsable devant les citoyens et qu’il agit pour l’intérêt public. Cette approche, connue sous le nom de « contrôle social », gagne du terrain dans plusieurs autres pays latino-américains, et notamment dans certaines villes de Bolivie, d’Uruguay, du Venezuela et d’Argentine.
Ailleurs dans le monde, différents modèles de gestion démocratique de l’eau émergent, avec des caractéristiques qui dépendent des conditions socio-économiques et politiques locales. Au Tamil Nadu (Inde), le processus de démocratisation engagé par la compagnie des eaux de l’Etat a conduit à d’impressionnantes améliorations pour les plus pauvres vivant en milieu rural (2). A Savelugu au Ghana, où un partenariat implique le service de l’eau et les communautés, l’opérateur public fournit des containers d’eau aux communautés qui prennent ensuite le relais pour acheminer l’eau vers ceux qui en ont besoin.
Défi à venir
Ce ne sont donc pas les solutions concrètes et réalistes qui manquent pour améliorer la gestion de l’eau : de la réforme des services municipaux aux partenariats communauté-service ou d’autres formes de partenariats public-public, en passant par des coopérations avec les usagers et avec les salariés du secteur de l’eau. Le principal défi ? Consolider le soutien politique et financier à ces approches. Et ce défi n’est pas des moindres face à des gouvernements qui se distinguent par un regrettable désintérêt pour la distribution publquede l’ eau et par une préférence obstinée pour l’élargissement du rôle du secteur privé.
(1) Lire aussi Pérou-Argentine : un partenariat pour des provinces solidaires, page 22
(2) Lire aussi Tamil Nadu : ingénieurs et usagers , page 21