L’accès à l’eau pour tous : une priorité absolue
PAR Gregory Sainton - Association 4D 1er mars 2008
Le partage de l’eau, la diversité de ses usages ou sa préservation sont ancrés dans les plus vieilles civilisations. L’eau est source de vie sur la Terre ; elle est également source de conflits, d’inégalités. La préservation et l’accès à cette ressource pour l’ensemble de la population constituent l’un des plus grands défis à relever au XXIème siècle.
2,5% du volume d’eau sur la planète est constitué d’eau douce, les mers et les océans composant les 97,5% restants. Où se concentre cette eau douce ? Plus des deux tiers dans les neiges et les glaciers, une large part dans les nappes souterraines, moins d’1% dans l’humidité atmosphérique… Ne reste alors que 0,3 % - soit environ 0,01% de la totalité de l’eau de la planète - dans les rivières, les réservoirs et les lacs, pour satisfaire les besoins de l’Homme et de son environnement : la boisson, l’hygiène, la production de biens alimentaires, énergétiques et industriels et les écosystèmes naturels.
Des usages diversifiés
Cette quantité semble dérisoire, mais elle est en fait bien suffisante pour satisfaire les besoins de l’humanité. Seulement la ressource en eau est très inégalement répartie à la surface du globe. Ainsi, neuf pays concentrent à eux seuls 60% de la ressource en eau (Brésil, Russie, Etats-Unis, Canada, Chine, Indonésie, Inde, Colombie et Pérou) tandis que la bande sahélienne en est pratiquement dépourvue (1).
La consommation d’eau douce se répartit entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Elle varie selon les pays en fonction des conditions climatiques et du développement économique. L’asymétrie est importante entre les pays du Nord, où la ressource, abondante, est principalement utilisée dans l’industrie, et les pays du Sud, où l’irrigation capte l’essentiel de la ressource. Dans les pays en développement, 80% de la consommation est imputable à l’agriculture (2) alors que dans les pays de l’OCDE, 40% est attribuée à l’agriculture, 45% à l’industrie et 15% à l’usage domestique.
La présence d’eau et la mise en place de système de gestion de la ressource soutiennent le développement économique et assurent la pérennité de nos modes de vie. Le développement durable des nations est donc inextricablement lié à leurs capacités à gérer la disponibilité de la ressource en eau douce. Des usages diversifiés, selon les besoins économiques, arbitrés par des choix politiques… Que reste-t-il aux habitants ?
Un droit à la dignité humaine
En ce début de XXIe siècle, les chiffres accablants (3) questionnent notre modernité :
• 1,1 milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau potable dans le monde.
• 2,6 milliards d’humains ne bénéficient pas de système d’assainissement de base.
• Ce constat touche majoritairement les couches défavorisées des populations et les pays les plus pauvres.
• Un Européen utilise en moyenne 5 à 8 fois plus d’eau par jour qu’un Africain (4).
Amener l’eau pour les êtres humains
Si l’inégale répartition géographique de l’eau est en partie responsable de cette crise, il faut lui ajouter plusieurs causes supplémentaires parmi lesquelles l’absence de gouvernance mondiale, à tous les niveaux, en matière d’approvisionnement en eau. En 2000, la communauté internationale s’était engagée, à travers les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), à réduire de moitié la proportion de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable d’ici à 2015. Nous sommes bien loin du compte, puisque les Nations Unies estiment que cet objectif ne sera pas atteint, en Afrique subsaharienne, avant 2040 et l’objectif relatif à l’assainissement avant 2076...
Par delà les frontières, l’accès à l’eau potable pour tous en quantité suffisante est un droit que les Etats doivent garantir. Ce droit, c’est celui de vivre dignement dans un environnement sain. Si le droit à l’eau est aussi le prolongement des droits humains, le stress hydrique (5) semble s’accentuer dès lors que les droits et les libertés individuelles sont limités (6).
L’inégale répartition de l’eau revêt par ailleurs une dimension géopolitique lorsqu’elle devient source de conflits, au Proche-Orient ou autour de la Mer Noire, par exemple. Si le contrôle des ressources est devenu une arme, cela confirme la nécessité d’une gestion de la ressource en eau qui aurait un caractère supranational.
L’Homme serait-il responsable de sa propre détresse ? Les pollutions des milieux naturels et des réserves d’eau douce, notamment par les activités industrielles et agricoles, portent atteinte aux ressources disponibles, à leur qualité. Le coût de traitement des eaux, une fois souillées, ne peut qu’augmenter et rendra peu à peu l’accès à l’eau potable plus difficile. Le coût de traitement des eaux souillées ne peut qu’augmenter et rendra peu à peu l’accès à l’eau potable plus difficile. Sans parler de l’absence de système d’assainissement viable –récupération et traitement des eaux- qui participe lourdement en première instance des mauvaises conditions sanitaires. 10000 personnes meurent chaque jour d’avoir bu une eau non potable.
Un défi pour l’avenir
Devant l’importance de la crise, il faut s’interroger sur l’étendue des responsabilités. Qui doit supporter les coûts de mise en œuvre des réseaux collectifs d’eau potable et d’assainissement ? Les pays concernés qui ne peuvent ou ne veulent pas prendre la mesure du problème ? Les pays développés qui sont les plus gros gaspilleurs ? La communauté internationale qui n’a pas de mandat clairement établi ? Les citoyens ? Quel mode de gestion locale de l’eau entre le public et le privé ? Bref, la communauté internationale, les Etats, les autorités locales ont un défi immédiat à relever pour assurer un partage équitable de l’eau.
L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un défi majeur pour le développement et la lutte contre la pauvreté. C’est un droit non négociable. D’autant plus que les prévisions démographiques –nous serons 9 milliards d’ici 2050 !- accroissent la demande en eau et que le changement climatique compliquera encore les clés de répartition géographique.
L’ingéniosité humaine est en mesure de répartir les ressources de manière équitable, afin d’assurer un avenir aux générations futures. Le XXIe siècle devra affirmer -et confirmer- nos principes de solidarité et notre volonté de bâtir une civilisation fondée sur le droit et l’équité.
(1) Atlas Mondial de l’Eau, Salif Diop et Philippe Rekacewicz, Ed. Autrement, 2007
(2) Ibid
(3) Rapport mondial sur le développement humain, PNUD, 2006
(4) Atlas Mondial de l’Eau
(5) La notion de stress hydrique désigne la situation de régions qui sont menacées d’une pénurie d’eau car elles disposent de moins de 1700 m3 d’eau douce par habitant et par an.
(6) La reconnaissance officielle du droit à l’eau en France et à l’International, Smets, 2007