Altermondes



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Accueil du site > N°13 - Mars 2008 > La Guinée et la boîte de Pandore

La Guinée et la boîte de Pandore

PAR David Eloy - Altermondes 1er mars 2008


Mariama Penda Diallo est chargée des relations internationales de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG). Elle revient sur le rôle catalyseur des syndicats dans le soulèvement populaire de 2007.


Le mouvement syndical a joué un rôle central dans le soulèvement populaire de 2007 qui a fait basculer la Guinée vers la démocratie. Comment l’expliquez-vous ?
M.P.D. : Tout est parti d’un mouvement de revendications syndicales portant sur la revalorisation des salaires des travailleurs. Le gouvernement venait de décider unilatéralement la hausse du prix des carburants. Or, la population guinéenne était déjà soumise à beaucoup de frustrations : pas d’eau, pas d’électricité, pas de téléphone, etc. La liberté d’expression n’existait pas ; les partis politiques étaient muselés.
Le 5 janvier 2005, l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) et la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) s’étaient déjà rassemblées en créant une intercentrale. Les grèves n’ont alors cessé de se succéder. Le 10 janvier 2007, la grève générale illimitée contre la corruption et contre les abus de pouvoir de la présidence est déclenchée.
Le vaste élan populaire vient de là. Les partis politiques ne répondaient pas aux attentes de la population mais les syndicats, eux, bougeaient. Ils ont suscité l’espoir.

Les jeunes ont été très présents dans ce mouvement populaire.
M.P.D.
 : Les jeunes et les femmes se sont fortement mobilisés. Trop de jeunes sont sans emploi et finissent par émigrer voire mourir dans les bateaux. Quand ils ont compris qu’ils pouvaient manifester avec nous, ils se sont engouffrés dans la brèche et ont porté littéralement le mouvement.
Mais il faut savoir que nous n’avons jamais voulu mettre les gens dans la rue car on savait que la police tirerait sur la foule. Et c’est ce qui s’est produit. Les jeunes se sont sacrifiés pour que le changement se produise. Aujourd’hui, on estime que plus de 300 personnes sont mortes pendant le soulèvement.

Un triste sacrifice qui aura néanmoins permis de provoquer le changement.
M.P.D : Cette mobilisation n’a réussi que parce que nous avons reçu de nombreux soutiens sur le plan international (CSI, UNI, ONG, etc.) et parce que nous avons été solidaires jusqu’au bout les uns des autres. Nous avons réussi à faire bouger les choses grâce à la mobilisation de tous les acteurs. Il y a eu un vrai débat participatif national. La boîte de Pandore est ouverte. L’avenir nous dira ce qu’il en sortira.




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