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Du même auteur :
Guy Kastler - Réseau Semences Paysannes




Ressemer : un crime plus qu’un droit ?

PAR Guy Kastler - Réseau Semences Paysannes


L’accès aux ressources phytogénétiques, notamment aux semences, fait l’objet d’une âpre bataille au niveau international. De son contrôle dépend la vie de millions de paysans et les profits de gros semenciers.


En ressemant chaque année une partie de leur récolte, les paysans ont de tout temps contribué à renouveler la biodiversité des espèces cultivées. Les échanges de semences et les sélections paysannes augmentent en effet le nombre de variétés, mais aussi la variabilité et la diversité au sein d’une même variété, deux conditions indispensables pour que les cultures s’adaptent à la diversité des terroirs, aux évolutions climatiques et aux modifications sanitaires qui s’en suivent.
L’homogénéisation des pratiques agricoles et des milieux (2), en cours depuis un demi-siècle, a provoqué une immense érosion de la diversité des cultures en imposant des variétés dites « améliorées », qui ne sont, en réalité, que des variétés découvertes dans les champs des paysans. Dans le même temps, pour éliminer toute concurrence, les lois semencières et de protection de la propriété intellectuelle ont permis d’interdire les échanges de semences entre paysans et leur reproduction à la ferme. Et désormais, ce sont les paysans qui ressèment une partie de leur récolte qui sont accusés de « contrefaçon ». C’est ainsi qu’au Nord, les variétés paysannes ont disparu des champs et qu’au Sud, elles sont de plus en plus menacées, collectées puis enfermées dans des banques de « ressources phytogénétiques ». Les OGM ne visent quant à eux qu’à perfectionner cette domination par des verrous technologiques interdisant la reproduction des semences par les paysans. Traçables jusque dans l’assiette du consommateur, ils permettent à une poignée de firmes semencières d’imposer leur police génétique à l’ensemble de la planète. Les semences de l’industrie sont toutes sélectionnées pour ne pousser qu’avec le paquet technologique, c’est-à-dire accompagnées d’engrais, de pesticides… Or, la grande majorité des paysans de la planète pratiquent des agricultures paysannes vivrières et ne disposent pas des ressources financières nécessaires à l’achat de ces produits. Les « ressources phytogénétiques » conservées dans leurs champs sont pour eux leur premier outil de travail, avec la terre et l’eau.

Accès aux semences
C’est pour assurer la conservation et l’utilisation durable des ressources phytogénétiques ainsi que le partage équitable des avantages qui dérivent de leur utilisation que le TIRPAA (3) est rentré en vigueur en 2004. Il repose sur des mécanismes d’échanges garantissant l’accès de l’industrie aux ressources enfermées dans les banques, le financement des capacités des pays pauvres à sauvegarder leurs ressources et le « droit des paysans à ressemer, conserver, échanger et vendre leurs semences » ainsi qu’à accéder aux ressources.
Chaque année, l’industrie semencière dispose d’un marché de 23 milliards de dollars. Cent millions de dollars ont déjà été réunis pour sécuriser les grandes banques de semences des pays du Nord. Et pourtant ! Lors de la dernière réunion de son comité directeur, en octobre, la France, l’Allemagne et l’Australie ont tenté d’empêcher le TIRPAA d’obtenir les 4,9 millions de dollars indispensables à son fonctionnement. Maintenant que l’accès aux banques de semences est garanti pour les firmes, ces trois Etats veulent éviter que le Traité ne garantisse la souveraineté des pays du Sud sur leurs ressources et le respect des droits des paysans. Face aux protestations des autres Etats, sensibles aux arguments des organisations paysannes et des ONG présentes, l’Italie et l’Espagne ont provisoirement débloqué la situation en proposant les fonds nécessaires. Un affrontement qui reflète bien les conflits autour de la biodiversité et des droits des paysans. Faudra-t-il attendre des émeutes de la faim pour arrêter l’institutionnalisation mondiale de la biopiraterie ?

(1) Guy Kastler a représenté Via Campesina lors de la cérémonie d’ouverture du Comité directeur du TIRPAA, le 29 octobre 2007, à Rome _(2) Cette homogénéisation a été rendue possible par les subventions accordées par les politiques agricoles au « paquet technologique » (les engrais chimiques, les pesticides et l’énergie fossile). _(3) Le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’agriculture et l’alimentation a été adopté par la Conférence de la FAO en 2001. Plus d’information : www.planttreaty.org




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