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Du même auteur :
Marietou Dia - Action Aid Sénégal




Sénégal : La terre au féminin ?

PAR Marietou Dia - Action Aid Sénégal


Au Sénégal où la loi garantit l’égal accès à la terre et aux moyens de production entre les hommes et les femmes, beaucoup de chemin reste à parcourir pour les textes deviennent réalité.


Au Sénégal les femmes représentent 52% de la population totale et 39% de la population active. Elles supportent 90% des charges domestiques et effectuent 80% des travaux agricoles, surtout dans les cultures vivrières. A ce titre, elles jouent un rôle important dans l’économie nationale en assurant une grande partie de la production agroalimentaire. Pour autant, elles n’ont encore qu’un accès limité à la terre et aux moyens de production, en raison de rapports de pouvoir inégaux entre les hommes et les femmes, des rapports ancrés dans des justifications socioculturelles.
Souvent l’homme est seul à pouvoir obtenir un crédit et ainsi accéder aux semences, aux engrais, etc. C’est encore l’homme, le chef de famille qui gère et redistribue les terres familiales. Sur le plan législatif, la loi de 1964 sur le domaine national régit le système foncier sénégalais. Elle stipule que la terre appartient à la communauté, à ceux qui la mettent en valeur et qu’elle ne peut faire l’objet de transactions. L’appropriation par les personnes est l’exception. L’Etat administre et affecte les terres. Mais le législateur se conjuguant au masculin, on peut comprendre aisément pourquoi la femme rurale est laissée pour compte. Avec le système libéral, « qui détient les capitaux, détient la terre », les femmes, qui n’on accès ni au crédit, ni aux ressources sont les principales victimes de cette discrimination et sont laissées en marge des politiques allant dans le sens de la désaffectation des cultures vivrières au profit des cultures commerciales.

Reconnaissance virtuelle
Cette discrimination et l’absence de droits et de sécurité par rapport à la terre expliquent la féminisation croissante de la pauvreté en milieu rural. Le travail des femmes, qui constituent pourtant la principale source de main d’œuvre familiale et rurale, peine à se retrouver dans la comptabilité nationale, puisqu’elles ne sont pas reconnues comme agricultrices à part entière. Quand elles accèdent à la terre, c’est en général pour un droit d’usage et par le biais de leur mari ou d’un membre de la famille, sans contrôle des bénéfices et sans transfert de propriété à la mort du conjoint. De plus, les terres dont elles disposent sont souvent de mauvaise qualité et leur permettent à peine de contribuer aux revenus du ménage.
Pourtant les textes juridiques du Sénégal accordent les mêmes droits aux hommes et aux femmes et reconnaissent un égal accès à la terre et aux moyens de production. L’article 15 de la Constitution du Sénégal de 2001 réaffirme son adhésion à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Mais compte tenu de l’analphabétisme et de la sous représentation des femmes dans les instances de décisions, notamment dans les conseils ruraux, elles n’ont pas accès à l’information juridique et ne peuvent peser sur les décisions relatives à l’octroi des terres.
Dès lors, la priorité doit être de favoriser l’accès des femmes aux instances de pouvoirs, de les former sur les textes juridiques, notamment ceux liés à la décentralisation, afin de leur donner une capacité de mobilisation et de plaidoyer débouchant sur des mesures concrètes (redistributions, titres fonciers) et sur la reconnaissance de leur statut de productrices.




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