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Politiques agricoles, nouvelles recettes

PAR Catherine Gaudard - CCFD


Nourrir le monde, contribuer à la lutte contre le changement climatique…, le monde agricole est confronté à de considérables défis et ce n’est pas en appliquant de vieilles recettes qu’il y parviendra. De nouvelles politiques agricoles sont à inventer.


La Commission européenne a rendu, le 20 novembre, son bilan de santé de la Politique agricole commune (PAC). Le débat est à nouveau ouvert sur les outils de cette politique, dans un contexte bouleversé notamment par la forte remontée des prix de nombreux produits agricoles, dont les impacts se font sentir sur les consommateurs du monde entier.
Quel intérêt pour les pays du Sud de ce débat sur la PAC ? Elle leur importe à deux titres : par les impacts qu’elle peut avoir sur leur propre agriculture et alimentation, via ses exportations ou importations, et par l’expérience qu’elle représente en matière de politique agricole.
En France, Mr Sarkozy a déjà planté le décor et annoncé ce que la France défendrait lors de sa présidence de l’Union européenne au 2ème semestre 2008. Il a, d’une part, souligné qu’il n’avait « pas l’intention de laisser tomber les agriculteurs de France qui ne veulent pas être des assistés, qui ne veulent pas vivre de subventions, qui veulent être des entrepreneurs et des producteurs ». Il a, d’autre part, donné quelques grandes lignes de politique, reprises dans la déclaration commune de Budapest et Paris, qui assureront la présidence de l’Union européenne en 2008, à savoir que la PAC doit « permettre d’assurer l’indépendance et la sécurité alimentaire de l’Union européenne, contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux, préserver les territoires ruraux et participer à la lutte contre le réchauffement climatique et à l’amélioration de l’environnement ».

Vaste programme
Comment une politique agricole peut-elle faire face à tous ces objectifs ? Quelle cohérence avec l’engagement souvent rappelé aux consommateurs, de lutte contre la vie chère ?
Historiquement la PAC a cherché, par des mesures de soutien des prix et de subventionnement, à moderniser et développer l’agriculture, sans pénaliser les consommateurs par des prix trop élevés. Une réussite sur le plan de l’augmentation de la production mais qui a eu un coût social et environnemental élevé : disparition de millions d’agriculteurs et répartition inéquitable des soutiens entre agriculteurs et entre territoires, conséquences environnementales et sanitaires… Une réussite qui a généré des excédents qui ont contribué à faire baisser les prix agricoles mondiaux et à concurrencer les paysanneries pauvres du Sud, devenues les premières victimes de la faim et de la pauvreté.
Certes, une politique agricole ne peut pas tout faire, n’étant qu’un élément d’une stratégie de développement, aux côtés d’autres politiques : territoriale et foncière, commerciale, fiscale, d’investissement, de recherche agronomique, etc. Dans de nombreux pays du Sud, la politique agricole n’existe même pas, ou si elle existe, c’est souvent au seul service d’une politique commerciale exportatrice, négligeant largement les enjeux d’une politique de sécurité alimentaire ou de gestion territoriale.
De fait, toute politique agricole s’inscrit dans (et sert) une logique de développement. L’approche, qui consiste à privilégier les prix alimentaires bas pour favoriser l’industrie, ne fonctionne pas à l’échelle de la planète, car en appauvrissant des millions de petits paysans, elle bloque le développement. Le blocage des négociations commerciales multilatérales à l’OMC autour du dossier agricole a incité les politiques à se pencher à nouveau sur le sujet. La Banque mondiale souligne aujourd’hui que l’agriculture dans de nombreux pays doit être un moteur du développement et de la croissance, passant par des soutiens de l’Etat, des régulations et protections, et des investissements privés (1). Et la question environnementale et la hausse des prix agricoles viennent éclairer le débat autour des politiques agricoles.

Un prix épineux
Ainsi la FAO, dans son rapport annuel 2007, propose de payer les agriculteurs pour protéger l’environnement. La PAC rémunère déjà des services écologiques, avec plus ou moins de bonheur. La France, longtemps à la traîne sur le sujet, a avancé quelques pions lors du Grenelle de l’environnement : triplement de la part de l’agriculture biologique, pour atteindre 6 % de la surface agricole utile en 2010, réduction de moitié de l’usage des pesticides (« si possible d’ici dix ans »), gel provisoire des cultures d’OGM. Le ministre de l’agriculture, Michel Barnier, a rappelé récemment : « On a besoin de davantage de productions mais en même temps de productions faisant davantage attention aux conditions sécuritaires et écologistes ». Cette préoccupation devrait être l’occasion de remettre en avant les atouts des agricultures paysannes dans ce domaine, et leur besoin de soutiens.
Concernant les prix agricoles, la question est épineuse. Des années de démantèlement des outils publics de gestion de l’offre et de stabilisation des prix agricoles ont conduit à une baisse constante des prix agricoles. Ne restaient aux Etats pour soutenir leurs agriculteurs que les subventions et les protections douanières, dénoncées elles aussi. Aujourd’hui, la hausse des prix des céréales, du soja, et par conséquent de la viande et du lait (le prix des aliments pour animaux augmentant), révèlent à quel point ces options étaient dangereuses : certains pays dépendent largement des importations pour nourrir leur population, sans aucune maîtrise des prix. Leurs populations pauvres, qui consacrent 60 à 80% de leurs revenus à l’alimentation, sont frappées de plein fouet. Plutôt que de dénoncer la hausse des prix, il est urgent que ces pays puissent mettre en place des politiques agricoles adéquates soutenant en priorité les agriculteurs familiaux, afin qu’ils relancent les capacités locales de production. Et de mettre les politiques commerciales en cohérence avec cette exigence, en permettant aux pays de protéger leur marché agricole.
Pour faire face aux défis que le gouvernement français veut relever pour la nouvelle PAC, il est urgent de mettre les agricultures familiales et la diversité de leurs pratiques agricoles au cœur des politiques agricoles, dans une démarche de souveraineté alimentaire.

(1) « L’agriculture au service du développement », Rapport sur le développement dans le monde 2008, Banque mondiale




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