L’Amérique latine prise en étau
PAR Ovidio Lopez Julian - Frente Solidario
Les Etats-Unis comme l’Union européenne sont aujourd’hui les grands défenseurs des principes libéraux de l’OMC, à étendre au Nord comme au Sud. L’agriculture familiale en souffre, parce qu’elle ne répond pas qu’à des logiques de rentabilité économique.
Depuis l’échec de la Zone de libre échange des Amériques (1), les Etats-Unis et l’Union européenne cherchent à multiplier les traités de libre échange bilatéraux et régionaux. C’est notamment le cas entre l’Union européenne et la communauté des pays d’Amérique centrale qui négocient en ce moment un accord d’association (2). Si ce type d’accords permet à des grandes entreprises ainsi qu’à des multinationales d’augmenter leurs profits, il représente une menace pour l’agriculture familiale et donc pour ceux qui en vivent : indiens, paysans et descendants d’esclaves africains. Par exemple, le maïs, qui est un produit ancré dans la culture des peuples mayas et dans leur pratique alimentaire, subit de plein fouet aujourd’hui les effets négatifs de l’ALENA, le traité de libre-échange signé entre les Etats-Unis et le Mexique (3).
Les gouvernements des pays latino-américains ne peuvent pas mettre en place des politiques agricoles en faveur de l’agriculture familiale, car leurs propres politiques sont appuyées techniquement et financièrement par les organisations multilatérales qui cherchent à promouvoir l’agro-industrie en formant des petites entreprises à l’exportation. Par ailleurs, il est pratiquement impossible d’obtenir un crédit dans les systèmes bancaires nationaux pour l’agriculture familiale, alors qu’un nombre important d’indiens et de paysans s’y consacre pour nourrir leur famille et pour le commerce local. Dans le meilleur des cas, certains arrivent à vendre pour le commerce national, mais presque jamais pour l’exportation.
L’agriculture familiale est pourtant l’essence même de la souveraineté alimentaire, dans la mesure où elle permet de cultiver des produits respectant les traditions des peuples. Les gouvernements considèrent que la sécurité alimentaire est assurée par les chaînes de supermarché. Force est pourtant de constater que la majorité des populations ne peuvent acheter dans de tels lieux.
Soutenir l’agriculture familiale
Ainsi, pour mettre en place des politiques agricoles de promotion de l’agriculture familiale, les gouvernements devraient :
Protéger les droits des communautés de paysans, d’indiens et de descendants d’esclaves africains ;
Mettre en place des lignes de financement spécifiques pour l’agriculture familiale ;
Développer des programmes d’assistance technique en faveur de l’agriculture familiale, de façon à respecter les cultures et coutumes des villages ;
Encourager l’agro-industrie familiale pour la commercialisation locale et nationale ;
Lancer des campagnes de formation, d’éducation et de sensibilisation auprès de la population sur la consommation de produits issus de l’agriculture familiale ;
Eliminer les diverses sources de subventions agricoles dans les pays développés
De plus, pour soutenir l’agriculture familiale, il faut mener de front le combat de la migration des paysans et des indiens. Beaucoup d’entre eux se déplacent d’Equateur vers l’Espagne, d’Amérique centrale vers les Etats-Unis ou encore du Nicaragua vers le Costa Rica, à la recherche d’un travail rémunérateur, que leurs terres ne leur garantissent plus. Certains pays comme le Guatemala, le Honduras, le Salvador et le Nicaragua ont comme principale source de devises les transferts d’argent réalisés par les populations qui ont migré. Il est donc grand temps de sauver l’agriculture familiale !
(1) Les négociations autour de la création de cette zone de libre échange, qui aurait dû regrouper tous les pays d’Amérique sauf Cuba, ont été lancées en 1998. Très critiqué en Amérique latine, le projet s’est essoufflé avant d’échouer au début des années 2000.
(2) En cours de négociations, cet accord prévoit la création d’une zone de libre échange regroupant le Costa Rica, le Salvador, le Honduras, le Guatemala, le Nicaragua et le Panama.
(3) Moins cher que le maïs local, le maïs transgénique nord-américain s’est imposé peu à peu sur le marché mexicain. Il a contribué à l’érosion de la production locale, à un exode rural de masse et à une dépendance accrue vis-à-vis des importations américaines de maïs, dont les prix ont beaucoup augmenté récemment.