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Geneviève Savigny - Confédération paysanne




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A l’Est, l’agriculture restera-t-elle familiale ?

PAR Geneviève Savigny - Confédération paysanne


De passage à Forcalquier (Alpes de Haute Provence), des paysans bulgares et roumains, depuis peu citoyens européens, parlent de leur pays, de leur métier et dessinent les contours d’une agriculture (familiale) que les politiques européennes tentent de réorienter, de reformater. Un véritable bouleversement.


Depuis le 1er janvier 2007, la Bulgarie et la Roumanie sont entrées dans l’Union européenne. Pour ces deux pays fortement agricoles, qui comptent respectivement plus de 500 000 et plus de 4,2 millions d’agriculteurs, c’est un véritable bouleversement.
Dumitru Flucus est maire de Sinca Noua, une commune roumaine un peu particulière, située dans les Carpates, entre Sibiu et Brasov. Parce qu’il avait refusé, en 1968, la collectivisation des terres, le village s’était vu privé de son existence légale par le régime communiste. Une situation qui a duré jusqu’en 2002, y compris donc après la chute de Ceaucescu, et qui a privé le village de mairie, d’école, de dispensaire, de l’entretien des chemins. « Nous avons résisté au régime communiste en respectant les règles anciennes. Non écrites mais connues de tous, explique Dumitru. Ces règles, particulières à chaque région, à chaque village roumain, nous ont permis de garder notre autonomie alors que les autorités voulaient détruire les villages pour imposer leur contrôle (1) ». Un combat qu’il convient de reprendre aujourd’hui. « Maintenant que nous sommes libre – enfin nous l’espérons - nous allons devoir engager un deuxième plan de résistance, poursuit-il. Il faut que l’Union européenne accepte notre façon d’être, nos spécificités. L’Europe sera plus forte en acceptant la biodiversité ».
Rien de passéiste dans cette référence à la tradition : c’est leur culture, leur identité qu’ils ont su conserver avec fierté et qu’ils espèrent développer avec les moyens de l’Union européenne et les différents programmes de développement que Dumitru connaît bien, oeuvrant depuis plusieurs années pour son village. Les paysans de Sinca Noua ont gardé plusieurs variétés traditionnelles de haricots, de maïs ou d’oignons. Les agriculteurs de la commune sont jeunes et toutes les terres sont travaillées. Ils ont décidé, ensemble, d’orienter tout le village dans la production biologique pour avoir de meilleurs revenus. Ils savent que ce sera difficile, l’agriculture industrielle, souvent aux mains d’opérateurs étrangers, est une réalité envahissante dans d’autres régions de la Roumanie.

Un chien passe
Bissert Bekyarov, président de l’Association pour l’innovation régionale et membre de la délégation bulgare, est quant à lui plus inquiet : « Nous entrons dans une grande période de transformation, une ère inconnue. Nous voulons savoir ce qu’il faut faire ». En Bulgarie, les petites fermes sont relativement peu nombreuses, 10 % selon lui. Mais dans leur village, Smylian, une commune de montagne de 2000 habitants, il y a plus de deux cents petits producteurs, en grande majorité pluriactifs. « C’est un endroit magnifique, nous avons encore une des rares forêts primaires d’Europe et une biodiversité extraordinaire (2). Nous voulons préserver ce lieu », explique Bissert.
Ce ne sera pas facile car, situé à quelques kilomètres d’une des plus grandes stations de sports d’hiver du pays, l’endroit est convoité par des promoteurs. Préserver l’agriculture paysanne, trouver des idées de produits et de valorisations nouvelles et développer un tourisme rural chez les paysans permettraient d’apporter un complément de revenu indispensable pour garder au pays les jeunes. Ils sont en effet nombreux à quitter la Bulgarie où le SMIC est à 100 euros alors que les prix connaissent une forte augmentation depuis l’entrée dans l’Union européenne.
A Forcalquier, Bissert et ses collègues ont été rassurés. Ils ont vu des chiens traverser le marché, ce qui est impensable en Bulgarie en raison de l’application hygiéniste des normes européennes. Ils ont vu aussi que la résistance à l’industrialisation de l’agriculture est possible. Même regard de Dumitru, qui s’étonne de la souplesse de l’adaptation française des règlements européens. L’administration roumaine les applique, elle, de façon drastique. Dans son village, une boulangerie a été fermée soit disant parce qu’elle n’était pas « aux normes » et l’hiver dernier, on a interdit aux paysans de tuer le cochon à la ferme pour Noël et l’agneau à Pâques !

(1) Il s’agissait de la destruction physique des maisons anciennes qui devaient être remplacées par des bâtiments de type « bloc » dans le cadre du programme de « systématisation ».
(2) L’Association pour l’innovation régionale a porté un gros effort sur le développement et la promotion d’une variété locale de haricot « lingot » de couleur rouge et blanc objet de plus de vingt recettes traditionnelles.




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