Altermondes






Profession : Ingénieur citoyen


Etre engagé dans sa vie professionnelle ne se traduit pas nécessairement par un emploi dans l’humanitaire ou le développement. Ingénieurs sans Frontières cherche à promouvoir l’engagement auprès des ingénieurs en activité. Entretien avec Jean-François Cassagnau.


De quand date votre engagement dans la solidarité internationale ?
C’est lors de mes études à Nantes que je me suis investi dans le groupe local d’Ingénieurs sans Frontières (ISF). Entre nous, j’étais clairement entré dans cette association pour construire des puits en Afrique, sans savoir qu’ISF n’était pas le lieu pour ça. Et puis, pour finir, je n’ai jamais travaillé sur le terrain.
Je me suis davantage investi dans le conseil d’administration de la fédération, en 2001-2002. A cette époque, ISF réfléchissait à l’évolution de son projet associatif. Elle souhaitait passer d’une association qui mène des projets sur le terrain à une association qui fait de l’appui organisationnel, affirmant ainsi sa volonté d’une démarche réellement partenariale, loin de tout assistancialisme. Cette réflexion m’a beaucoup intéressé et je m’y suis fortement impliqué.

Pourquoi n’avez-vous pas cherché, ensuite, à travailler dans la solidarité internationale ?
Il y a des membres d’association qui s’impliquent à fond et qui finissent par en faire leur vie. Moi, je n’étais peut-être pas suffisamment impliqué – même si je l’étais quand même plus que la moyenne. J’étais passionné par mes études. Honnêtement, je ne me suis même pas posé la question.

Comment se traduit aujourd’hui votre engagement ?
Je participe à un groupe de réflexion en interne sur l’engagement de l’ingénieur en activité, sur l’éthique et la solidarité internationale de l’ingénieur. Nous cherchons à identifier les modes d’engagement de l’ingénieur dans son cadre de travail. Comment, au sein de l’entreprise, peut-on mettre en œuvre de nouvelles façons de faire qui vont permettre le développement de pratiques et de valeurs de solidarité internationale ? Certes, on peut agir pour qu’il y ait du café équitable dans l’entreprise – et c’est très bien - mais ça ne fait pas appel à nos compétences professionnelles. On n’est pas poussé à adopter des pratiques citoyennes dans la pratique même de notre métier.

C’est ce que vous appelez « l’ingénieur citoyen » ?
Tout à fait. Un ingénieur, dans une entreprise, a une responsabilité particulière. Il doit l’exercer dans une démarche citoyenne. C’est que nous cherchons à promouvoir. Mais c’est très difficile ! On sait bien que ceux qui font des études d’ingénieur sont généralement issus de classes sociales plutôt avantagées et qu’ils n’ont pas conscience de ce qui se passe autour d’eux. Les ingénieurs doivent donc sortir de leur bulle, questionner leurs pratiques et adopter des démarches, des façons de penser différentes.
Le séminaire que nous avions organisé sur ce thème au Forum social mondial de Porto Alegre (2005) nous a permis de nous rendre compte que nous n’étions pas les seuls à nous poser ces questions. Nous avons découvert, par exemple, que les ingénieurs brésiliens avaient une charte éthique et un code déontologique (1). Une charte éthique n’est pas une fin en soi – pour le coup, on voit ce que ça donne dans les entreprises - mais c’est un bon point de départ.

Certains risquent d’objecter de la naïveté de votre démarche.
Les associations ont souvent une image assez négative de l’entreprise. Mais, en soi, une entreprise n’est pas nocive. Elle joue même un rôle vital dans nos sociétés. Il y a des entreprises et des dirigeants qui font des choses très bien. Il ne faut jamais oublier que, derrière une fonction, un poste, il y a toujours une personne.




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