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Quel imaginaire collectif ?

PAR David Delhommeau - RitimoMyriam Merlant - Ritimo


Depuis plus de vingt ans, les centres de documentation du réseau Ritimo accueillent des jeunes désireux d’aider les pays en voie de développement. Si les perceptions évoluent, les clichés n’en persistent pas moins. Un nouvel imaginaire collectif reste à inventer.


« J’ai deux mois de vacances que je voudrais mettre à profit pour aller aider dans un pays pauvre. Que puis-je faire ? » Voilà ce qu’on entend fréquemment dans les centres de documentation et d’information sur la solidarité internationale et le développement (Ritimo) (1), où des jeunes gens frappent à la porte, pensant obtenir le « mode d’emploi » qui leur donnera toutes les clés pour partir dans un pays du Sud.
Cette situation, à peine caricaturale, est généralement l’occasion d’un échange. Le permanent du centre de documentation va alors écouter la personne afin de repérer ses besoins et compétences mais aussi ses représentations du Sud. En effet, certaines perceptions qu’ont les jeunes des pays en développement et de l’humanitaire sont très instructives sur l’état d’un imaginaire collectif plus large.

Le réflexe humanitaire
Certains jeunes ont une idée très précise du pays où ils souhaitent « faire de l’humanitaire » parce qu’ils ont en tête des clichés sur cette région du monde. Des clichés qui mêlent extrême pauvreté, malnutrition mais aussi paysages extraordinaires et exotisme, et qui semblent renforcés par le traitement médiatique des situations de crise. Les propos du type « Je veux apporter des médicaments et des livres » sont alors quasiment systématiques dans la bouche de ces jeunes, qui ne conçoivent pas de partir dans ces régions sans aider. Concernant l’Afrique, en particulier, l’argument humanitaire repose sur l’idée très répandue que ce continent a besoin du Nord car il ne disposerait pas des ressources pour « se développer » : le rapport colonial de la France avec les pays africains a façonné nos imaginaires collectifs. En effet, la colonisation a notamment été justifiée par le principe humaniste qui prétendait apporter la civilisation à des peuples primitifs, non éduqués et donc à « humaniser ». Aujourd’hui, lorsqu’un jeune se présente dans le centre de documentation de Montpellier (2) parce qu’il souhaite « apprendre à des Africains à faire du jardinage pour qu’ils se nourrissent », on est tenté de penser que cette vision « colonialiste » reste prégnante dans les mentalités.
Néanmoins, selon Gilles Faguet, documentaliste au centre de documentation de Paris (3), les 18-20 ans qui veulent s’engager aujourd’hui font preuve d’une plus grande maturité qu’il y a dix ans. L’image de l’Européen qui arrive en « sauveur » dans les pays du Sud décline, car les jeunes ont aujourd’hui conscience « qu’on ne part plus comme ça » et qu’un travail de réflexion et de préparation conséquent doit être effectué en amont. Et même si certains débarquent encore avec leur lot d’idées naïves et sans projet concret, ils se présentent dans les centres avec plus d’humilité, conscients que le processus qui les conduira au départ peut être long. Ils semblent davantage prêts à progresser par étapes pour affiner leur projet. Explication de Gilles Faguet : « Cette évolution tient pour l’essentiel à l’utilisation massive d’Internet. Les jeunes y trouvent des informations de base et alternatives dans le domaine de la solidarité internationale ».

Replacer le local dans le global
Face aux demandes des jeunes, il est nécessaire de replacer le voyage dans un contexte plus global, en aidant les jeunes à mieux comprendre notre monde, notamment les rapports Nord/Sud, et sans percevoir la réalité comme une fatalité. Il faut également faire prendre conscience que les déséquilibres et les inégalités de notre monde doivent être appréhendés par les acteurs locaux. Par exemple, un jeune qui souhaite créer sa filière de commerce équitable en Amérique latine sera redirigé vers les structures déjà créées localement, qui bénéficient d’une expérience certaine. On a trop tendance à sous-estimer les populations locales, alors même qu’elles sont les mieux armées pour combattre les déséquilibres dans leur région. « Certains pays n’ont pas besoin de nos compétences, car ils ont à portée de main des ingénieurs, médecins, informaticiens... Le plus difficile va être de cerner le domaine où le jeune peut apporter son aide en fonction de ses motivations et de ses compétences, dans un secteur qui nécessite des effectifs humains », conclut Gilles Faguet. La construction d’un nouvel imaginaire sur le Sud est toujours en chantier.

(1) La liste des quelques 70 centres Ritimo est disponible sur www.ritimo.org
(2) CDTM 34 – 27 Boulevard Louis Blanc – 34000 Montpellier
(3) CDTM Paris – 20 rue Rochechouart – 75009 Paris




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