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La fin du dialogue de sourds

PAR Anne Chetaille - GRETStéphanie Margot - GRET


Les ONG d’urgence et développement se soucient-elles du climat ? Le GRET vient de mener l’enquête sur cette question et livre, ici, ses premières observations .


On a longtemps assisté à un dialogue de sourd entre les acteurs du changement climatique et ceux du développement. Chaque communauté intervient dans des disciplines et sur des échelles temporelles et spatiales très différentes : les scénarios climatiques sont à long terme alors que les interventions de développement sont à une échelle de temps beaucoup plus courte ; alors que les impacts du changement climatique au niveau mondial sont bien connus, l’incertitude demeure sur les impacts au niveau local, là où sont les projets de développement. En outre, les acteurs du développement ont longtemps considéré le changement climatique comme un problème d’environnement mondial, nécessitant une action dans les pays du Nord et sans doute moins prioritaire que les enjeux en matière de lutte contre la pauvreté.

Des synergies s’opèrent
Mais aujourd’hui, les acteurs du développement (bailleurs de fonds et ONG) sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur les liens entre les politiques climatiques et les activités de développement. Ils considèrent l’intégration du changement climatique dans les programmes et projets de développement comme un nouveau défi. Il s’agit par là d’assurer la durabilité des projets, de financer des projets plus sobres en carbone, de réduire la sensibilité des activités de développement à la variabilité climatique actuelle et future, ou encore de renforcer la résistance des populations bénéficiaires aux impacts du changement climatique.
Dans le milieu associatif, on constate que les ONG de développement et d’environnement travaillent désormais ensemble sur cette thématique. Les plus avancées sont les ONG anglo-saxonnes qui mènent, à travers des coalitions, des activités de sensibilisation, plaidoyer et lobbying autour des enjeux climat et développement. Certaines d’entre elles (Christian Aid, Practical Action, Oxfam, Action Aid, etc.) s’intéressent de plus près à l’intégration des enjeux climatiques dans leurs activités de développement. Cette préoccupation passe par exemple par une réduction de leur « empreinte carbone » (1) mais aussi par l’élaboration de programmes ou de stratégies internes sur la prise en compte des risques climatiques dans les projets (Croix Rouge, Practical Action).
Et que font les ONG françaises de développement et d’urgence dans ce domaine ? C’est à cette question que le GRET a essayé de répondre dans le cadre d’un projet soutenu par le ministère des Affaires étrangères. Une enquête a été réalisée auprès d’une centaine d’ONG de développement et d’urgence afin d’évaluer les liens potentiels, directs et indirects, entre leurs activités de développement et celles concernées par la lutte contre le changement climatique. Plus de 20 % d’entre elles ont répondu au questionnaire.

Premières observations
Les résultats préliminaires montrent que la perception du changement climatique a évolué ces cinq dernières années pour 80% d’entre elles, notamment en raison des changements directement observés sur le terrain. L’enquête met en évidence les liens entre leurs activités et les enjeux climatiques. Plus de la moitié des ONG interviennent dans des secteurs contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre en grande partie dans les énergies renouvelables. Environ 85% des ONG estiment être soumises à des aléas climatiques notables sur le terrain (2) et autant pensent qu’ils ont un impact sur les populations bénéficiaires des projets. Deux tiers considèrent que ces aléas peuvent aussi affecter leurs actions et leurs objectifs. Cependant, peu d’ONG précisent les stratégies mises en place aujourd’hui pour faire face à ces aléas qui dans le futur sont susceptibles de se multiplier ou se renforcer. Enfin, 40% font du changement climatique une piste de réflexion stratégique pour leurs activités futures.
Comme dans toute enquête de ce type, les résultats doivent être interprétés avec prudence. Il est délicat de les généraliser outre mesure. Cette enquête est cependant un premier pas en vue d’une plus grande sensibilisation, et espérons-le, mobilisation des ONG de développement et d’urgence sur la problématique du changement climatique.

(1) L’empreinte carbone correspond à la quantité de dioxyde de carbone émise par l’organisation chaque année, notamment liée aux voyages en avion.
(2) Sécheresse, inégale répartition annuelle des précipitations et des régimes des vents, pluies torrentielles, etc.




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