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Cyrielle Den Hartigh - Les Amis de la Terre




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Habitat bioclimatique : ce que le Sud nous enseigne

PAR Cyrielle Den Hartigh - Les Amis de la Terre


Le changement climatique amène à réfléchir différemment les modes de vie. Et si le Sud nous montrait la voie en renouant avec des pratiques et techniques traditionnels ? La preuve avec l’exemple de l’habitat.


Dans les années 50, le boum de la construction a entraîné la généralisation de matériaux et techniques très énergivores, comme le parpaing, et a précipité dans l’oubli des techniques traditionnelles, pourtant utilisées depuis des siècles. En France, les matériaux de construction et la forme des bâtiments anciens diffèrent d’une région à l’autre. Ces variations dépendent des matériaux locaux, des intempéries et des différences culturelles. En Normandie, les maisons sont en bois et argile (le colombage), tandis que les techniques d’isolation des chalets alpins en bois sont imbattables.
L’habitat traditionnel témoigne bien de l’application, depuis des siècles, des principes bioclimatiques (1). La base des bâtiments est souvent constituée de matériaux à forte inertie thermique (2) (terre ou pierre) qui emmagasinent la chaleur du jour pour la restituer la nuit dans les régions fraîches, et inversement dans les régions chaudes. _Cette base est renforcée par des isolants naturellement performants (enduits, chaume, laines, etc.). D’autre part, plus l’habitat est dense (matières lourdes et bâti concentré dans l’espace) plus son inertie thermique est bonne. C’est ainsi que les kasbah marocaines, en terre crue, sont ramassées sur une petite surface et très en hauteur. Aussi, dans les pièces les plus basses, l’air est toujours très frais. Autre caractéristique, utiliser l’énergie solaire de façon passive, en positionnant au maximum les grandes ouvertures au sud, etc. Il existe bien d’autres critères à prendre en compte pour construire ou rénover une habitation en accord avec l’environnement et les hommes. Des critères qui relèvent le plus souvent du simple bon sens (3).

Les fondements au Sud
L’habitat bioclimatique a le gros avantage d’émettre très peu de gaz à effet de serre (de la construction au recyclage des matériaux, en passant par le chauffage). Ces maisons ont peu ou pas de besoins en chauffage ou climatisation. De plus, l’énergie nécessaire à l’acheminement et la fabrication des matériaux, dite « énergie grise », y est très faible puisque les matériaux sont locaux. Aujourd’hui, les préoccupations environnementales, en particulier celle du changement climatique, ont redonné toute leur pertinence à ces techniques. Pour réapprendre les fondements du bioclimatisme, les spécialistes se tournent de plus en plus vers des pays du Sud, où ils sont encore largement appliqués.
C’est le cas de l’association Akterre (4), qui promeut la terre crue dans la construction. Une fois n’est pas coutume, des pays occidentaux demandent à apprendre de la part de spécialistes des pays du Sud. A l’origine, le directeur technique de l’association, Daniel Turkin, se rendait en Afrique pour y lancer des chantiers et donner des formations. Mais, à chaque fois, il en revenait enrichi de nouvelles techniques d’utilisation de la terre. A chaque région sa terre et sa culture, et, donc, ses techniques de construction. Aujourd’hui, Daniel Turkin, après avoir travaillé dans plus d’une trentaine de pays, conseille à tous ses apprentis de voyager, d’aller à la rencontre de constructeurs en terre dans le monde entier, d’être curieux. De cette façon, le Nord, à l’image du Sud, renoue avec les méthodes traditionnelles de construction en terre crue et participe ainsi au développement d’un habitat faiblement émetteur en gaz à effet de serre.

(1) Un habitat bioclimatique est un bâtiment dans lequel le chauffage et la climatisation sont réalisés en tirant le meilleur parti du rayonnement solaire et de la circulation naturelle de l’air.
(2) L’inertie thermique d’un bâtiment est sa capacité à stocker de la chaleur dans ses murs, ses planchers, etc. Plus l’inertie d’un bâtiment est forte, plus il se réchauffe et se refroidit lentement.
(3) Plus d’information : www.reseau-ecobatir.asso.fr et www.batirsain.org
(4) Plus d’information : www.akterre.com




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