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Le mensonge des carburants verts

PAR Catherine Gaudard - CCFD


La ruée vers l’or vert a commencé. L’intention est louable mais l’efficacité est douteuse et la pratique risquée pour les pays du Sud.


Depuis les années 70, les enjeux combinés de la hausse des prix du pétrole, de l’épuisement prévisible de cette ressource et du dérèglement climatique ont lancé pays occidentaux et pays émergents dans une acrobatie périlleuse : tenir compte de ces contraintes tout en poursuivant l’expansion des transports, jugée indispensable à une croissance fondée sur la libéralisation des échanges et l’augmentation illimitée de la consommation.
Pour réussir ce grand écart, la substitution partielle de produits agricoles au pétrole est présentée comme une solution miracle pour l’environnement et pour l’emploi ! C’est surtout une aubaine pour les industries agroalimentaire et automobile, en quête de nouveaux débouchés.

Examen critique
Sur le plan environnemental, l’intérêt réel des agrocarburants (1) (éthanol de canne, betterave à sucre, huiles de colza, soja, palmier à huile, ricin…) ne résiste donc pas à l’examen. Issus de pratiques agricoles intensives, les agrocarburants peuvent consommer plus d’énergie qu’ils n’en fournissent et émettre autant, sinon plus, de gaz à effet de serre (2). Par ailleurs, en Indonésie comme au Brésil, l’expansion depuis 30 ans de la monoculture de canne à sucre, de soja ou de palmier à huile pour les besoins des industries alimentaires, cosmétiques et de l’élevage intensif, s’est traduit par des violations des droits humains, des pollutions et pertes de biodiversité, des millions de paysans privés de leurs moyens de vivre.
Ces pays vont pourtant étendre encore plus ces cultures, d’abord pour leur marché intérieur, afin de réduire la facture pétrolière, comme le Brésil qui met 40% d’éthanol dans ses voitures, mais surtout pour répondre à la ruée vers les agrocarburants des pays occidentaux. L’Union européenne en particulier impose par une directive un objectif d’incorporation de biocarburant de 5,75% d’ici 2010 et 8% en 2015, contre 0,4% aujourd’hui. La France a surenchéri à 7% en 2010 et 10% en 2015, Mr. Sarkozy déclarant vouloir "se lancer à fond dans les biocarburants". Mais la production européenne n’y suffira pas, il faudra donc importer...

Croissance exponentielle
Les gouvernements du Sud ne lésinent pas sur les moyens pour soutenir les investissements privés (subventions, défiscalisation…). Le Brésil veut passer de 6 à 9 millions d’hectares de canne à sucre d’ici 2011 et étendre le soja qui couvre déjà 50% de ses terres cultivées. La Malaisie est passée de 158000 tonnes de biodiesel d’huile de palme en 2006 à 1,3 million en 2007. L’Indonésie prévoit de déforester 10 millions d’hectares pour le palmier à huile, alors qu’elle en a déjà coupé 18 millions (dont seulement 6 sont effectivement utilisés). Les peuples indigènes, chassés de leurs domaines ancestraux, n’ont eux qu’à aller voir ailleurs…
Enfin, même si on mesure encore mal leur impact sur la sécurité alimentaire, les agrocarburants vont de toute façon concurrencer les cultures alimentaires. Déjà les prix du maïs, du sucre, du soja grimpent… avec des conséquences très dures pour les consommateurs les plus pauvres, comme au Mexique. Interpellée par les sociétés civiles sur le désastre d’une expansion incontrôlée, la Commission européenne réfléchit à des systèmes de certification obligatoire basée sur des critères sociaux et environnementaux et assortie de sanctions. Reste à engager aujourd’hui le débat au niveau français… et à obtenir que nos politiques réfléchissent aussi à la réduction nécessaire de notre consommation globale de carburants.

(1) Ce terme est préféré à celui de « biocarburant » car il évite l’amalgame avec la démarche d’agriculture biologique.
(2) Surtout quand la culture a nécessité de brûler massivement des forêts primaires, comme au Brésil ou en Indonésie.




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