Du même auteur :
Sébastien Godinot - Les Amis de la Terre
Pour sauver le climat, préserver les ressources
PAR Sébastien Godinot - Les Amis de la Terre
A l’heure où la communauté internationale en appelle à des politiques énergétiques sobres en carbone pour lutter contre l’effet de serre, des projets, comme l’oléoduc Tchad-Cameroun, continuent d’être financés par les acteurs financiers. L’incohérence doit cesser
A travers leurs stratégies et leurs choix de financement et d’investissement, les acteurs financiers, qu’ils soient publics ou privés, disposent d’un poids colossal dans la construction de sociétés soutenables ou non. Pour autant, en matière climatique, ils ne sont aujourd’hui soumis à aucune obligation légale.
Un modèle défaillant
Le projet d’oléoduc Tchad-Cameroun (1) est le plus gros investissement jamais réalisé en Afrique centrale (3,5 milliards de dollars). Il comprend le développement de champs pétroliers au Tchad et la construction d’un oléoduc de 1070 km pour transporter le pétrole vers le Cameroun et l’exporter ensuite aux Etats-Unis. Dirigé par ExxonMobil (Etats-Unis), son exploitation devrait produire un total de 137 millions de tonnes de pétrole, ce qui équivaut à l’émission de 427 millions de tonnes de CO2, soit 80 % des émissions totales de la France en 2005.
Cofinancé par la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement et par dix-huit banques commerciales (avec à leur tête le Crédit Agricole), ce « projet modèle de développement » (2) a aussi bénéficié des garanties des agences publiques de crédit à l’exportation américaine (US Exim) et française (Coface). Il n’en est pas moins devenu rapidement le symbole de l’incapacité de la Banque mondiale, des multinationales et des Etats à respecter leurs obligations et engagements, vis-à-vis des populations et de l’environnement.
A l’impact climatique déjà mentionné, s’ajoutent des impacts locaux dévastateurs : menaces pour les Pygmées Bakolo au Cameroun, préjudices pour les populations locales (récoltes agricoles détruites, pollution des cours d’eau, destruction de propriétés publiques ou privées...), etc.
En 2006, le Tchad s’est même soustrait aux obligations qu’il avait contractées en modifiant la loi garantissant que l’argent retiré de l’exploitation du pétrole servirait au développement durable. En réaction, la Banque mondiale a gelé ses financements au pays. Le Tchad a menacé de fermer l’oléoduc. Sous la pression d’Exxon et des Etats-Unis, soucieux de garantir leurs approvisionnements en pétrole, la Banque mondiale est alors revenue sur sa décision. L’argent du pétrole sert désormais à acheter des armes. Preuve en est que, publics ou privés, les bailleurs de fonds ne se soucient guère des impacts environnementaux et sociaux du projet. Voilà pour l’exemple.
Un enjeu ignoré
Dans leurs discours, les bailleurs de fonds publics reconnaissent aujourd’hui que le changement climatique risque de devenir l’un des principaux obstacles au développement durable des pays du Sud. La lutte contre le changement climatique devient donc une priorité.
Reste que, dans les faits, la Banque mondiale finance très largement les énergies fossiles. En 2005, elle leur a consacré 2,1 milliards de dollars contre seulement 209 millions de dollars aux énergies renouvelables. 82% des projets pétroliers qu’elle finance sont destinés à l’exportation vers les pays riches. Plus globalement, l’ensemble des financements publics aux énergies fossiles représentent, chaque année, 250 à 300 milliards de dollars, soit 2 à 3 fois l’aide publique au développement mondiale.
Les projets d’énergies fossiles, au gigantisme croissant, sont gérés par les entreprises les plus puissantes et les plus riches du monde (Exxon, Total, BP ou Shell). Compte tenu de leur rentabilité, ils sont aussi très attractifs pour les bailleurs privés, et surtout les grandes banques commerciales (BNP Paribas, Crédit Agricole, etc.).
En revanche, leur impact sur le développement est très critiqué (aggravation des conflits armés, délaissement d’autres secteurs économiques, destruction de l’environnement, etc.). Selon la Banque mondiale, elle même, seulement 5 à 15% des bénéfices des projets d’énergies fossiles restent dans les pays hôtes. Financer les énergies fossiles au nom du développement relève donc d’une totale incohérence.
(1) Plus d’information : Les Amis de la Terre – 2b rue Jules Ferry – 93100 Montreuil - www.amisdelaterre.org
(2) Pour paraphraser la Banque mondiale, lors du lancement du projet en 2000