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Verte équité ?

PAR David Eloy - AltermondesFlorence Gibert - Journaliste


Café, chocolat, riz et sucre certifiés bio, t-shirts en coton cultivé sans intrants chimiques, emballages en feuille de palme… le commerce équitable est-il la solution pour allier justice sociale et respect de l’environnement ?


Pour l’ensemble des organisations qui le pratiquent, l’affaire est entendue : le commerce équitable se situe résolument dans la logique du développement durable et assoit donc son action sur trois piliers : l’économique, le social et… l’écologique.

Un engagement affirmé
Cette préoccupation de la préservation de l’environnement se retrouve ainsi inscrite tant dans les différentes définitions du commerce équitable que dans les cahiers des charges rédigés par les acteurs de ce secteur. Les producteurs du Sud sont ainsi encouragés à adopter des méthodes de production non polluantes (limitation des pesticides chimiques, priorité à la fertilisation naturelle, coton non blanchi au chlore, produits de tannage végétaux, teintures naturelles…), à utiliser des matières premières renouvelables, à réduire la production de déchets, à minimiser leur consommation d’énergie, à préserver les ressources en eau, etc.
Le conditionnement qui, en Europe, engendre de trop nombreux déchets est soumis aux mêmes règles. L’artisanat n’est quasiment pas emballé. Le jus d’orange est conditionné en verre blanc et d’autres produits sont conditionnés dans des emballages en feuille de palme. Selon Stéphane Le Borgne, de la Fédération Artisans du Monde, cette logique est adaptée à chaque produit… et appliquée jusque dans les boutiques françaises où des sacs en papier sont remis pour emporter les achats.
Autant d’initiatives qui vont dans le sens du développement durable, même si une réflexion reste à mener sur la pertinence de certaines cultures. Le coton, par exemple, est une culture qui consomme beaucoup d’eau dans des pays où cette ressource est souvent en voie de raréfaction. Il y a un vrai risque d’épuisement des nappes phréatiques. Sans compter que la culture du coton, comme celle des roses, parce qu’elle requiert l’épandage de nombreux pesticides chimiques, est très polluante. D’autres solutions ne pourraient-elles être envisagées ?

Garantie bio
Si les produits cultivés dans les filières équitables respectent, de fait, certains critères de protection de l’environnement, ils ne peuvent toutefois prétendre automatiquement à la certification bio qui est beaucoup plus exigeantes mais aussi… rémunératrices. La demande des consommateurs du Nord en faveur de produits doublement labellisés bio et équitable est d’ailleurs très forte. Ainsi, 50 % des produits distribués par la Fédération Artisans du Monde portent le Label AB.
Dans quelle mesure le commerce équitable favorise-t-il le passage à l’agriculture biologique ? Pour Stéphane Comar d’Ethiquable, la transition est souvent naturelle : « Les coopératives équitables qui se sont stabilisées passent souvent à la culture bio et utilisent le surplus généré par l’équitable pour y parvenir ». Séverine Péron, responsable de la filière non alimentaire à Max Havelaar, précise : « Nous incitons les producteurs à se convertir au bio en leur parlant du revenu minimum plus élevé pour ce type de culture et en les mettant en relation avec les ONG qui encadrent le passage à l’agriculture bio ». La certification bio est effectivement plus complexe à obtenir que la certification équitable et requiert une période transition.
Pourquoi ne pas convertir les filières équitables en bio équitables, alors ? « Le passage à l’agriculture biologique n’est pas toujours possible, tient à souligner Séverine Péron. Selon l’écosystème, la surface peut ne pas être rentable si elle n’est pas exploitée intensivement. En outre, la non utilisation de pesticides requise par l’agriculture bio fait prendre un risque plus important de destruction des récoltes et ce risque ne peut pas être pris, par exemple, dans les pays d’Afrique de l’Ouest, où le coton est la seule source de revenu d’exportation. »
Un avis qui n’est pas partagé par tout le monde et qui a valu à Max Havelaar France un tonnerre de critiques en 2005 lorsque l’association a lancé sa première filière de coton équitable non bio. Au cœur de la polémique : le risque lié aux organismes génétiquement modifiés (OGM).

Polémique sur le coton
« Le seul cahier des charges qui interdit les OGM est celui de la certification bio , explique Christophe Noisette, rédacteur en chef d’Inf’OGM, bulletin de veille francophone sur les OGM. En privilégiant une filière équitable à une filière bio et équitable, Max Havelaar France ne se donne pas toutes les garanties pour qu’il n’y ait jamais de coton OGM dans sa filière ».L’article «  Avec les OGM, réduire la fracture agricole mondiale » paru dans l’édition du 3 février 2005 du quotidien Le Monde n’a fait que renforcer les craintes. Gilles Peltier, président directeur général de DAGRIS (1), partenaire de Max Havelaar France sur la filière coton y déclarait : « Les gouvernants et les opérateurs économiques [doivent intensifier] ensemble leurs efforts dans plusieurs directions dont l’amélioration de la qualité de la production et de sa valorisation (...) En particulier, l’introduction progressive de variétés de coton génétiquement modifié - dont les premiers essais ont commencé au Burkina Faso - devra faire l’objet d’un suivi particulièrement attentif ».
Certes, DAGRIS ne fait pas de coton transgénique mais on peut supposer que c’est surtout parce que les pays d’Afrique de l’Ouest, à l’exception notable du Burkina Faso, n’en ont pas autorisé la culture. C’est d’ailleurs la réponse de Max Havelaar France aux accusations qui lui sont portées. Le cadre législatif ouest-africain est en soi une garantie. « Oui, mais Helvetas, en Suisse, s’approvisionne bien en coton bio au Mali », objecte Christophe Noisette.
Le coton transgénique se révèle aujourd’hui un fiasco en Inde où les producteurs se retrouvent surendettés voire acculés au suicide. D’où l’imprécation de Christophe Noisette : « Vigilance ! Si le commerce équitable ne soutien pas des projets porteurs d’avenir pour les producteurs du Sud, à quoi sert-il ? Vigilance ! »

Décroissance équitable
Dans leur appel « Pour un commerce équitable partout ! » rendu public le 22 avril 2006, la Confédération paysanne, Minga et Breizh Ha Reizh soulevaient un autre point de vigilance. « Nous nous élevons contre l’absurdité consistant à faire faire 2000 km à des salades alors que la grande distribution étrangle les maraîchers qui se trouve à ses portes , contre les salaires de misère octroyés aux ouvriers marocains dans les serres intenables d’El Ejido en Andalousie pour casser les prix des paysans français et italiens, contre le gaspillage économique et les destructions écologiques consistant à importer par avions des roses d’Afrique du Sud, qu’elles soient ou non issues d’un commerce prétendument équitable ».
La décroissance s’invite dans le débat. Partant du principe qu’une croissance illimitée est impossible sur une planète aux ressources naturelles et énergétiques finies (2), le mouvement de la décroissance dénonce le fait que le modèle de développement suivi par les pays occidentaux n’est pas généralisable. « Le commerce équitable peut être remis en question quand il se place dans une logique de cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières du pays exportateur, précise l’association Ingalan. On exhorte aujourd’hui les pays du Sud à s’ouvrir au marché international et à préférer la rentrée de devises au détriment de leur autonomie alimentaire et de l’environnement ».
C’est pour prévenir ce genre de dérive que la Fédération Artisans du Monde et Minga travaillent avec des petites exploitations pour lesquelles la culture du café destinée au commerce équitable n’est qu’un complément aux cultures vivrières.
Reste que pour les adeptes de la décroissance le seul scénario associant durabilité et justice sociale implique aussi une forte réduction de la consommation dans les pays industrialisés et la relocalisation de l’économie utilisant les ressources locales renouvelables pour satisfaire les besoins fondamentaux de la population, au lieu de produits exotiques importés. Un objectif difficilement compatible avec un commerce équitable, malgré ses engagements pour un développement durable.

(1) DAGRIS, anciennement connue sous le nom de Compagnie française pour le développement des fibres textiles (CFDT), est vivement critiquée par de nombreuses organisations, dont Survie, pour son passé colonial.
(2) Pour que chaque être humain bénéficie du niveau de vie d’un Français, trois planètes comme la Terre seraient nécessaires.




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