Altermondes



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Retour sur Fana

PAR David Eloy - AltermondesVéronique Rigot - CNCD - BelgiqueAnne Marchand - ATTAC France


Du 6 au 9 juillet 2005, au moment même où les chefs d’Etat du G8 se réunissaient à Gleneagles en Ecosse, c’est au Mali que se déroulait le IVe Forum des peuples. Une initiative originale qui témoigne de l’affirmation d’un mouvement altermondialiste… et populaire.


L’an dernier, ce fut à Kita, « ville du rail », que le Forum des peuples installa son campement pour quelques jours, histoire de dénoncer la privatisation du chemin de fer. Cette année, il a pris la direction de Fana, « capitale malienne du coton », manière d’exprimer son vif refus à la privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) annoncée pour 2008. Depuis quatre ans, ce contre-sommet africain au G8 se veut un espace itinérant, à travers les régions du Mali, mais surtout à la rencontre des populations les plus touchées par les politiques libérales promues par le G8 et les institutions internationales, les moins informées également.

Au plus près des réalités
« Près de 80% de la population du Mali vit en zones rurales, rappelle Samba Ibrahima Tembely, secrétaire permanent de la CAD Mali. Le débat ne peut être constructif s’il n’est pas mené avec les premiers concernés ; il faut donc sortir des capitales et de leurs grands hôtels et se confronter aux réalités et au quotidien du plus grand nombre. » Un choix politique qui n’est pas sans rendre parfois périlleuse l’organisation logistique. Un orage qui se mêle de la partie, et c’est un fragile équilibre qui peut être remis en cause : les containers d’eau potable empêchés de parvenir à destination, embourbés, les chapiteaux abritant les débats emportés par le vent, les matelas humides… Mais un choix politique déterminé et qui semble répondre aux attentes d’une part grandissante de la population.

Pas moins de 1500 personnes (deux fois plus que l’année précédente) ont ainsi participé à ces 4 jours d’échanges et débat, venues des pays voisins mais surtout des proches zones rurales. Comme ce paysan, participant à son premier forum : « Ce n’est pas parce que nous sommes analphabètes que vous devez rester à Bamako et ne pas nous transmettre les informations en votre possession. Informez-nous et nous serons avec vous ! ». Face aux intellectuels, professeurs, chercheurs… qui ont fait le voyage, l’intimidation n’est pas au rendez-vous.

Sujet sensibles
Au contraire, dans toutes les conférences et ateliers du forum, passés les exposés introductifs, le public mène la danse, s’empare de la parole, voire la confisque. Et chacun témoigne de son vécu, partage ses expériences, avant de confronter ses analyses et ses propositions.
Au programme, des questions éminemment sensibles pour le plus grand nombre. Celle de la privatisation de la CMDT qui insécurise tous les acteurs d’une filière faisant vivre 80% de la population. « Parce que notre vie commence par le coton et qu’elle finit par le coton », explique Kefa Diarra, un cotonculteur de la région. Celles de l’introduction des OGM, des privatisations des services sociaux de base, de la corruption des pouvoirs en place, de l’avenir de l’Afrique, du contexte régional, du combat toujours d’actualité pour l’annulation de la dette… Un programme touffu qui n’a guère laissé de temps à l’improvisation. Peu de place aux femmes. Et ignoré des thèmes comme le sida qui, pourtant, vu d’Europe, paraît hypothéquer gravement l’avenir du continent.

Mais un programme qui a incontestablement redonné du souffle à tous les participants. Déjà, les autorités de Kati et celles de Gao ont proposé leur candidature pour accueillir le prochain Forum des peuples. Et c’est par une grande marche dans les rues de Fana et la remise de 5000 signatures contre la privatisation du coton et l’introduction des OGM au maire de la ville que s’est achevée cette IVe édition.




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