Les politiques de développement ne peuvent être crédibles et répondre réellement aux besoins que si les populations sont associées. Entretien avec Aminata Toure Barry, présidente de la Coalition pour les alternatives dette et développement (CAD Mali).
Pourquoi les sociétés civiles du Sud réclament-elles d’être asspociées aux politiques de développement de leur pays ?
Tout simplement pour une meilleure prise en compte de leurs besoins. Les différentes politiques élaborées entre les gouvernements du Sud et leurs partenaires des pays riches ont montré leurs limites. Les programmes d’ajustement structurel et les règles injustes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’ont fait que freiner le développement dans nos pays et aggraver la pauvreté au sein des communautés.
_Ainsi, dans le cadre de leur politique agricole, les gouvernements des pays riches ont accordé six fois plus de subventions à leurs agriculteurs, qu’ils n’ont octroyé d’aide publique au développement. En 2001, le rapport était de 311 milliards de dollars contre 55. La même année, le Mali a reçu 37 millions de dollars au titre de l’aide au développement mais il en a perdu 43 en raison de la baisse de ses recettes d’exportation, une baisse liée aux subventions versées aux agriculteurs du Nord.
C’est pourquoi les représentantes et les représentants des organisations de la société civile des pays du Sud exigent un droit de regard citoyen sur les politiques de développement. Ils réclament leur participation à la définition, la mise en œuvre et le suivi de l’évaluation des politiques de développement. Ils veulent pouvoir partager leurs préoccupations en matière de développement durable et de promotion des droits de la personne.
N’est ce pas le rôle des parlementaires ?
Les parlementaires ont un rôle dans l’analyse et l’approbation de ces politiques avant leur signature et dans le contrôle de leur mise en œuvre. Au Mali, une étude réalisée sur la transparence budgétaire a fait ressortir que la capacité de suivi et de contrôle du budget par l’Assemblée nationale est très insuffisante. Une vraie collaboration entre les parlementaires et les organisations de la société civile est donc nécessaire.
L’association des populations n’est-elle pas aussi devenue une condition pour les nouveaux prêts de la Banque mondiale ?Bien sûr ! Les politiques des bailleurs de fonds comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international ont évolué. La participation de la société civile ou des acteurs non étatiques à la définition des politiques est devenue une exigence. Mais cela n’est qu’une tromperie puisque, dans nos pays, la société civile n’a jamais été réellement impliquée. Les décideurs politiques font de la rétention d’information, la société civile est sous-représentée dans les réunions et le choix des délégués est orienté. Toutes choses qui ne permettent pas une participation de qualité de la société civile.
Selon vous, comment garantir que la consultation de la société civile est satisfaisante ? Les acteurs de la société civile réclament leur participation et non leur consultation. Pour garantir une bonne participation à la définition, à la mise en œuvre et au suivi des politiques de développement, il faut d’abord renforcer les capacités de ces acteurs, mettre à l’heure disposition, en temps et en heure, l’information et les documents, et aussi assurer une bonne représentativité de la société civile sur l’ensemble du processus.