PAR Anne Hery - Handicap International
Il aura fallu attendre 2007 pour que les 650 millions de personnes handicapées dans le monde bénéficient enfin d’une convention reconnaissant leurs droits. Retour sur une avancée majeure.
L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une nouvelle convention internationale relative aux droits des personnes handicapées qui entrera en vigueur en 2007. Cette convention représente un progrès décisif contre les discriminations subies dans leur vie quotidienne par les 650 millions de personnes handicapées dans le monde. Les Nations Unies estiment en effet que 82% des personnes handicapées vivent en dessous du seuil de pauvreté. Dans les pays en développement, seuls 1 à 2% des enfants handicapés reçoivent une éducation ordinaire.
« Rien sur nous sans nous »
Ce texte est l’aboutissement de nombreuses années de plaidoyer de la part des mouvements de personnes handicapées pour l’inclusion du handicap dans le cadre législatif onusien. « C’est une avancée majeure pour l’ensemble de la société, car cette convention porte en elle une société qui accepte les différences, qui n’exclut pas », déclare Philippe Chervin de Handicap International.
Ce nouvel instrument a été élaboré avec une implication exceptionnelle de la société civile. Plus de 50 associations représentant les personnes handicapées ou leurs alliées se sont rassemblées pour échanger sur les différents articles et faire des propositions auprès des délégations officielles en charge de la rédaction.
Regroupées au sein de l’International Disability Caucus, ces associations se sont constamment employées à parler d’une voix unifiée, maximisant de fait l’impact de leurs prises de position. Au fil des sessions, la cohésion et l’expertise de l’International Disability Caucus se sont renforcées de façon spectaculaire. Le slogan « Rien sur nous sans nous », qui ponctuait toutes les interventions des représentants de la société civile, a pris tout son sens. Le texte final porte l’empreinte de cette mobilisation.
Et maintenant ?
Contrairement aux instruments préexistants dans le domaine du droit des personnes handicapées, la nouvelle convention est juridiquement contraignante : les Etats qui la ratifieront auront pour obligation de l’appliquer, et donc de revoir leur législation nationale pour la rendre compatible avec le texte. Cette contrainte est d’une portée considérable, car le texte, à travers ses 50 articles, couvre l’ensemble des champs économique, social, culturel mais aussi civil et politique. Il impactera donc tous les aspects de la vie des personnes handicapées.
Ainsi, l’Article 6 impose aux Etats de "reconnaître et combattre les discriminations multiples subies par les femmes handicapées". Il faut savoir que si le handicap des femmes n’entraîne que rarement de nouvelles formes de discrimination, il les amplifie. Les femmes handicapées sont plus souvent victimes d’abus, de violences physiques et verbales que les hommes handicapés : « Certains pensent qu’avoir des relations sexuelles avec une femme handicapée apporte chance et fortune » déclarait une jeune malienne handicapée. Pire, dans certains pays, abuser d’elles sexuellement aurait le pouvoir de guérir le sida !
"Une famille investira éventuellement pour envoyer un garçon à l’école. Beaucoup plus rarement pour une fille. Plus tard elles ont aussi moins de chance de se marier, explique Blandine Le Bourgeois, directrice du programme Bangladesh de Handicap International. Seulement 2% des jeunes handicapées se marient". Une situation synonyme d’exclusion puisqu’elles ne sont pas en mesure d’assumer leur rôle d’épouse et de mère, souvent le seul accordé aux femmes. Dans le monde, un quart seulement des femmes handicapées auraient accès au marché du travail.
Il s’agit maintenant de faire en sorte que la convention devienne un guide de travail systématique. Elle pourra aussi être un outil formidable de sensibilisation de l’opinion publique à la question du handicap, un moyen de développer les connaissances des acteurs gouvernementaux et des ONG sur le handicap ou encore un moyen de renforcer les capacités des mouvements de personnes handicapées. Il faut toutefois être réaliste : c’est beaucoup la capacité des acteurs à s’appuyer sur la convention et à s’en approprier le contenu qui permettra à ce nouvel outil d’avoir un impact déterminant pour les personnes handicapées.