Altermondes



Du même auteur :
Erik Lavarde - Journaliste

Radios communautaires : les voies du développement
Le Sentier de la Paix



Accueil du site > N° 8 - Décembre 2006 > Lai-Ha Cheung, une ouvrière presque comme les autres

Lai-Ha Cheung, une ouvrière presque comme les autres

PAR Erik Lavarde - Journaliste


Dans un pays où les syndicats indépendants ont fait timidement leur apparition en 2003, Lai-Ha Cheung défend avec acharnement les droits des ouvrières et des ouvriers chinois


Née à Hong-Kong en 1960, Lai-Ha Cheung est une ouvrière presque comme les autres. A l’âge de 13 ans, elle commence en tant qu’apprentie. Suivront quinze années de travail dans une usine de textile. Comme toutes les femmes, elle est considérée comme « travailleuse à mi-temps » - alors que les couturières de Hong-Kong ont les horaires les plus longs du monde. Elle ne peut pas cotiser à la caisse de retraite, ni même à une caisse complémentaire car elle ne gagne pas assez. En 1988, l’usine ferme et délocalise la production dans le sud du continent chinois où la main d’œuvre est plus flexible. Pour les « salariées à mi-temps », pas d’indemnités, ni d’assurance chômage. Cette situation va conduire Lai-Ha Cheung à mener son premier combat et remporter sa première victoire. Avec l’appui d’un syndicat créé pour l’occasion, elle constitue un dossier et s’engage dans un procès à l’issue duquel les ouvrières seront finalement indemnisées.
L’énergie et les compétences organisationnelles dont elle fait preuve lui permettent de prendre rapidement des responsabilités au sein des structures syndicales indépendantes de Hong-Kong. En 1996, elle est élue vice-présidente de la Confédération des Syndicats Libres de Hong-Kong qui devient, au moment de la rétrocession du territoire hong-kongais (1997), la première force syndicale indépendante de Chine. Indépendante car, jusqu’alors, en Chine, les centrales syndicales étaient toutes dépendantes de Pékin. Des conflits s’engagent entre syndicats indépendants et les centrales syndicales pro-Pékin. Lai-Ha Cheung raconte : "Au cours d’une grève portant sur les salaires dans les transports publics, les représentants des syndicats pro-Pékin avaient reçu des dessous de table pour signer un accord". Ce n’est qu’au moment de la reprise du travail que les conducteurs de bus se rendent compte qu’ils ont été dupés et que les conditions négociées ne leur sont pas du tout favorables. "Cette défaite nous a pourtant renforcé, car maintenant, les chauffeurs de bus, leurs familles, et leurs amis savent quel syndicat défend le mieux leurs intérêts ». La lutte pour le respect des droits des travailleurs peut parfois s’avérer violente. Lai-Ha Cheung l’admet. « Quand vous voulez entrer dans une usine qui va être délocalisée, vous avez quelquefois des rangées de gardes, présents plus ou moins légalement, à traverser. L’affrontement n’est pas toujours évitable. Cependant, nous évitons autant que faire se peut d’utiliser cette forme de lutte car les médias, peu complaisants pour la plupart, utilisent souvent les images de violence pour discréditer notre lutte ».
Les combats syndicaux ne manquent pas sur la péninsule et l’approche des Jeux Olympiques, qui se dérouleront en août 2008 à Pékin, ouvre de nouvelles perspectives. «  La situation à Hong-Kong est aujourd’hui la même qu’en Europe, affirme Lai-Ha Cheung. Les usines de production textile sont délocalisées en Chine profonde, là où il n’y a pas de syndicat. Les marchandises sont ensuite envoyées par bateau et étiquetées "Made in Hong-Kong". Les Jeux Olympiques vont, nous l’espérons, nous permettre de sensibiliser les touristes chinois et étrangers en les interpellant sur ce qui se cache derrière chaque étiquette, derrière chaque marchandise textile ».
Au milieu de ces conflits, toujours tiraillée par les choix politiques et les exigences financières, Lai-Ha Cheung a tout de même réussi à se construire une famille et à élever deux enfants aujourd’hui âgés de 27 et 17 ans. « Ils sont fiers de leur mère, je crois, même s’ils auraient préféré m’avoir plus souvent à la maison. Car c’est le temps qui manque le plus souvent pour faire aboutir nos revendications ». Des revendications qui ne manquent pas, pour cette autodidacte, qui, non contente de défendre le syndicalisme indépendant, lutte également pour améliorer la place des femmes dans la société chinoise. Autant de combats qui auront besoin de beaucoup de Lai-Ha Cheung !!!




Dans le même numéro - sur le site :
Dossier - Le Sud a-t-il besoin de l’aide du Nord ?
Les pauvres à la périphérie
Edito - L’air de rien
Bophana ou la mémoire du XXème siècle
Des populations réinventent le droit
Pérou : le silence est mort
Comment rebâtir la Côte d’Ivoire ?
Sommaire Altermondes N°8
L’art d’en faire un fromage...
Tchétchénie : une affaire européenne
Laos - Qualité équitable
Lac Nokoué, accès critique
Venezuela : L’espoir d’un peuple
Les droits des femmes : une éternelle remise en question ?
Dignité, mode d’emploi !
Quoi de neuf à Nairobi ?
Droit de regard citoyen