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PAR Sarah Portnoï - Journaliste
Dans le cadre d’un projet de développement mené avec Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF), Alzakhgui Gantulga oeuvre pour que la filière laitière de son pays, la Mongolie, occupe enfin la place qu’elle mérite.
En quoi consiste votre projet avec AVSF ?
Il s’inscrit dans une démarche globale intitulée « Sécurisation du niveau de vie des éleveurs », financée par l’Union Européenne. Avec le soutien de l’ambassade de France en Mongolie, je m’occupe depuis 2002 du volet visant à la valorisation de la production laitière nationale. La Mongolie est un territoire très vaste : environ trois fois la superficie de la France pour seulement deux millions et demi d’habitants, dont la moitié se concentre dans la capitale Oulan Bator. L’autre moitié est constituée d’agriculteurs, le plus souvent nomades, vivant de l’élevage extensif. Le pays possède un cheptel de 30 millions de têtes et donc une capacité de production laitière considérable, qui est pourtant pénalisée par les spécificités démographiques et les nouveaux modes de consommation. Le but de notre projet et de mieux valoriser cette filière laitière.
Quels sont les obstacles ?
La dispersion de la population et le manque d’infrastructures empêchent les agriculteurs de commercialiser leur production de façon efficace dans la capitale. De plus, une frange aisée de la population consomme de plus en plus de produits d’importation, à la place des laitages traditionnels du pays. Les importations de lait en poudre de Nouvelle-Zélande et de fromages européens, principalement des Pays Bas, ont été multipliées par neuf depuis 2002. Les subventions accordées aux producteurs de lait des pays en question font que ces denrées peuvent être proposées au même prix, si ce n’est moins cher, que nos produits locaux. On arrive donc à une situation totalement paradoxale, où notre filière laitière, excédentaire, doit ralentir sa production, alors même que nous importons des laitages étrangers ! (1)
Quelles réponses votre projet apporte-t-il à ce paradoxe ?
Notre idée est d’aider les producteurs locaux à transformer leurs excédents en produits laitiers « à l’occidentale », afin de remplacer les importations. Dans ce cadre, j’ai pu suivre une formation de deux mois en Savoie pour acquérir les savoirs-faire nécessaires à la fabrication de fromages comme le Beaufort ou le Comté. Nous avons ensuite installé deux fromageries pilotes, au coeur des régions agricoles mongoles, où ce savoir a été mis en pratique et déployé. Nous avons aussi développé un système de collecte du beurre dans les villages, car ce produit est également très demandé. Pour trouver des débouchés, nous avons fait des enquêtes dans tous les supermarchés et auprès des restaurateurs d’Oulan Bator. Nous avons aussi organisé des foires dans la capitale, permettant la rencontre directe avec les consommateurs. Nous nous attachons à limiter le nombre d’intermédiaires afin que le marché soit rentable pour les éleveurs.
Les premiers résultats sont-ils encourageants ? Très ! Nous en sommes encore au tout début du projet, mais les premiers fromages fabriqués par nos installations pilotes, aujourd’hui prises en main par des éleveurs locaux, ont été sélectionnés parmi les dix meilleurs produits laitiers de Mongolie en 2002 / 2005. Nous avons aussi rencontré un très bon accueil auprès des consommateurs, qui se disent unanimement prêts à choisir ces nouveaux produits locaux en remplacement des fromages d’importation, si le choix leur est proposé.
(1) Alzakhgui Gantulga est venu en France dans le cadre de la campagne Alimenterre du Comité français pour la solidarité internationale (CFSI). Plus d’information : www.cfsi.asso.fr