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En 2000, Jacqueline Uwimana crée Umuseke, une association d’éducation à la paix qui travaille avec le public jeune, au Rwanda et dans la région des grands lacs.
Comment est née votre association ?
Umuseke, le nom de notre association, signifie littéralement "aurore". Nous l’avons choisi parce qu’il symbolise l’espoir que nous avons dans la jeunesse et, par là, dans l’avenir. Après le génocide de 1994, nous nous sommes tous posés beaucoup de questions. Comment faire pour éviter des destructions comme celles que nous avons vécues ? Comment préparer l’avenir dans la non violence ? C’est pour répondre à ces questions et pour promouvoir la culture de paix que nous avons créé l’association Umuseke.
Qu’est-ce que le Sentier de la Paix ?
La paix est une pratique dont l’apprentissage est essentiel. C’est pourquoi nous avons créé une exposition ludique et éducative baptisée Le Sentier de la Paix. Destinée aux jeunes de 10 à 20 ans, elle a pour objectif de former une jeunesse suffisamment forte pour défendre l’égalité, la tolérance et la paix, une jeunesse capable d’analyser les situations vécues, de prendre des décisions positives et de résister aux manipulations des politiciens mal intentionnés. Le Sentier de la Paix nous apprend à nous méfier des apparences et des évidences, à nous méfier de nos choix et de nos actes impulsifs, à déchiffrer le sens caché des événements. Cette exposition est proposée aux centres de jeunes et à l’ensemble des écoles du Rwanda, mais aussi à l’Est du Congo (le sud et le nord Kivu) et au Burundi.
Concrètement en quoi consiste-t-il ?
Le Sentier de la Paix comprend 35 panneaux illustrant huit thèmes (1). Chaque panneau propose une image qui va déclencher le débat. « Je n’en crois pas mes yeux ! » est le titre du premier panneau. Les illusions d’optique qu’il présente nous montrent que nous n’avons pas accès directement à la réalité. Ce qui est certain pour les uns ne l’est pas nécessairement pour les autres. L’interprétation des faits peut différer d’une personne à l’autre et engendrer des erreurs. Les évidences doivent être toujours vérifiées.
Les textes et les jeux qui accompagnent l’exposition invitent les jeunes à réfléchir sur leur propre vécu et l’animateur, en recourrant à différentes techniques participatives, leur permet de comprendre ce que sont les préjugés, la discrimination, les droits, les devoirs, la responsabilité… Il les aide à chercher des solutions où entrent en jeu le respect de l’autre, la valeur de l’échange et la participation à la vie collective.
Pourquoi avez-vous ciblé le public jeune ?
Au Rwanda, les adultes ont davantage besoin de réconciliation que de prévention. Nous, nous avons choisi d’agir dans le champ de la prévention car nous souhaitons préparer l’avenir. L’éducation à la paix est d’autant plus efficace qu’elle est proposée aux jeunes, à l’âge des apprentissages sociaux, lorsqu’ils sont encore malléables.
Les jeunes qui participent au Sentier de la Paix n’ont pas connu directement le génocide. Ils le vivent autrement parce qu’ils côtoient des adultes qui, eux, l’ont vécu. Au Rwanda, tout nous rappelle ce qui s’est passé il y a douze ans. Il faut donc en parler avec les jeunes pour prévenir de nouveaux conflits. Il faut les responsabiliser et insister sur l’engagement de chacun. Le Sentier de la Paix est un outil pédagogique basé sur l’analyse des comportements pour utiliser à minima les ressorts moralisateurs et les arguments affectifs.
Quel bilan tirez-vous de vos actions ? Quelles sont vos perspectives ?
Les changements de comportement ne sont pas très faciles à obtenir mais les témoignages et l’évaluation que nous avons menée montrent que des changements s’opèrent. C’est positif. Le Sentier de la Paix analyse les raisons qui amènent des personnes à créer du conflit. Il n’y a pas de solution, autre que la vérification et le choix personnel d’agir en fonction de sa connaissance. C’est pourquoi nous développons maintenant un nouveau programme, « Vers la citoyenneté sur le sentier de la paix », qui cherche à promouvoir la capacité de négociation, et donc de prévention des conflits, par la construction de la citoyenneté. Mais notre grand rêve reste de construire une Maison de la Paix que nous baptiserons Urubuga (littéralement, la place où l’on s’exprime) et qui sera un centre de ressources où les gens viendront se documenter et apprendre tout ce qui est en rapport avec la paix.
(1) Les huit thèmes sont les suivants : « Je n’en crois pas mes yeux ! », « Généralisations, faits et opinions, préjugés et suspicions », « La rumeur », « Différences et ressemblances », « La discrimination », « Le bouc émissaire », « J’y vais, j’y vais pas » et « Un monde pour tous ».