Altermondes






Accueil du site > N°11 - Septembre 2007 > Dossier 11 - Trop jeunes pour changer le monde ? > Solidarité internationale : la relève est assurée

Solidarité internationale : la relève est assurée


Valérie Becquet l’a montré en ouverture de ce dossier : les jeunes s’engagent dans des associations de solidarité internationale. Au-delà des statistiques, zoom sur les nouveaux visages de la solidarité internationale.


« Je suis aux éclaireurs depuis que j’ai huit ans. A 16 ans, nous avons monté un projet à Madagascar. On voulait partir en Afrique pour sauver le monde. C’est souvent le cas à cet âge-là », confie, à demi-moqueuse, Edith Alquier. De retour, en 1997, elle fonde Aina, une association de « voyage équitable », pour permettre à d’autres jeunes de partir à Madagascar. Dix ans plus tard, cette « association de jeunes qui vieillit » a accompagné la création d’Aina Madagascar et permis l’embauche d’un salarié là-bas.

Une génération entreprenante
Nombreux sont les jeunes qui, comme Edith, mènent des projets de solidarité internationale. Comment y viennent-ils ? Pour certains, la solidarité est affaire de famille. Eleanor Budds, une jeune britannique installée à Paris, et Eric Djitrinou, un jeune béninois venu suivre des études d’ingénieur en génie civil, ont marché dans les pas de leurs parents en fondant une antenne d’Amnesty pour les jeunes étrangers de passage en France. Pour d’autres, comme Nicolas Nocart, de l’association Karavan Bordelaise, c’est la volonté d’allier les études (en l’occurrence de médecine) et l’envie d’agir qui l’ont amené à s’engager. Le scoutisme aussi est une bonne école. «  Le projet que j’ai vécu au Sénégal s’est déroulé de façon très satisfaisante mais il n’était pas amené à durer. C’est pour cette raison que je me suis ensuite engagée au CCFD », se souvient Marie Danguin, de la Commission Jeune du CCFD dans le Doubs.
Donc les jeunes agissent et, souvent, en créant leur propre association. Alors, pourquoi leurs aînés se plaignent-ils de leur absence d’engagement ? « Les ONG, comme les institutions, se trompent de stratégie, regrette Augustin Westphal d’Etudiants & Développement. Elles n’appuient pas les associations de jeunes. Ce qu’elles veulent, c’est intégrer des jeunes dans leur propre structure… et souvent elles n’y arrivent pas ».
Rares sont en effet les associations qui, à l’instar d’Amnesty ou du CCFD, parviennent à développer des groupes ou des antennes pour les jeunes. «  Les militants sont souvent des personnes à la retraite, explique Fabienne Doizenet, de la Commission Jeune du CCFD dans la Haute Saône. Au début, il faut se faire une place… Mais tout le monde reconnaît qu’on apporte un souffle nouveau ».
C’est justement pour cette raison que Florent Genty choisit, lui, en 2004, de créer sa propre association, Un étai pour le Vietnam : «  On rêvait de l’humanitaire depuis qu’on était gamin mais on avait peur de ne pas trouver notre place dans une grosse structure. On voulait notre propre projet ». Sylvain Degliesposti, de l’association Ph-TEC, partage ce point de vue : « On a travaillé avec Amnesty et l’Unicef. On connaît leur inertie qui est normale, compte tenu de ce qu’ils sont. Notre association n’a certes pas leur visibilité mais nous avons de la réactivité ». Même si Eleanor et Eric regrettent que les jeunes ne soient pas assez consultés par Amnesty, ils n’en sont pas moins attachés, comme Marie et Fabienne, à leur association dans laquelle ils se sentent libres et qui leur permet de s’inscrire dans un mouvement plus large.

Le Sud : un départ, une étape
« Il y a un véritable engouement pour l’international. Dans un monde de plus en plus globalisé, les gens ont envie de découvrir, de voir l’autre, souligne Augustin Westphal. Souvent tout commence par un projet au Sud. Par contre, je ne sais pas si, dès le départ, on peut parler de solidarité internationale ». Au moment où les projets sont montés, c’est en effet la rencontre interculturelle qui prime. « Le chantier va ouvrir l’esprit et l’horizon des jeunes. Ils vont se rendre compte du décalage », prédit Jérôme Anglezio qui accompagne cet été un groupe d’éclaireurs pour un chantier de reboisement au Burkina Faso. « Les jeunes béninois et français qui vont se rencontrer sur le chantier, vivent des réalités à des années lumières l’une de l’autre, renchérit Benjamin Bac, dont le groupe d’éclaireurs va mener un chantier dans un centre d’accueil pour enfants des rues au Bénin. Les claques que l’on va prendre vont nous apprendre l’humilité. Elles vont nous aider à vaincre nos préjugés, bons ou mauvais, vis-à-vis des Africains ».
Le voyage n’est pas une fin en soi. C’est en revenant d’un chantier à Madagascar qu’Edith fonde Aina. C’est en revenant d’un stage à Hanoi que Florent affine le projet de son association. Même Fabienne qui agit en France est revenue du Forum social mondial de Nairobi, « métamorphosée », « la motivation triplée ».
Les jeunes ont foncièrement envie d’être utile et s’engagent, non sans difficultés, sur le terrain. « Quand nous sommes partis en Mongolie, nous pensions apporter notre soutien à un orphelinat, raconte Sylvain. C’était notre première mission. Nous l’avions financée de notre poche ». La rencontre avec l’orphelinat n’est guère concluante. Il faut revoir les objectifs. Sur place, le projet trouve un second souffle : Ph-TEC prend le relais d’Agronomes et vétérinaires sans frontières pour accompagner la création d’une coopérative de femmes qui tissent des produits en feutre. L’objectif à terme : la mise en place d’une filière équitable.

En perpétuelle évolution
La capacité à se remettre en questions est caractéristique de ces associations. « Nous ne devons jamais oublier que nous ne sommes « que des étudiants », confesse Florent. La solidarité internationale, c’est sérieux et c’est plus compliqué qu’on ne le croit. Nous soutenions jusqu’à présent des structures éducatives de transition mises en place par notre partenaire dans un bidonville de Hanoï. Nous nous sommes rendus compte que cela ne résolvait que partiellement les problèmes. La mission de cette année est celle de la remise en question ». Des erreurs propres aux associations de jeunes ? « Non, tempère Florent, c’est propre aux associations qui démarrent. Les associations étudiantes qui existent depuis de nombreuses années ont moins de problèmes ».
Les difficultés rencontrées ne sont, en effet, pas sans rappeler celles de leurs aînés. Elles tiennent d’abord au partenariat. Qu’est-ce qu’un bon partenariat ? Comment le construire ? Les missions de repérage, qui ne sont pas encore généralisées, sont essentielles pour évaluer la pertinence et la faisabilité du projet ainsi que son adéquation avec les capacités et les envies de l’association. Autre difficulté ? « Dans le bazar du monde associatif, avec le changement annuel de bureau et le manque de visibilité sur les bailleurs de fonds, l’argent est un vrai problème », explique Nicolas dont l’association mène des projets de sensibilisation aux maladies endémiques et au sida, principalement en Afrique.
« C’est sur la gestion de projets que les associations de jeunes ont souvent à progresser, estime Elisa Braley. Elles n’ont pas toujours assez connaissance des bonnes pratiques et du temps que nécessite un projet ». Les associations de jeunes veulent souvent monter des projets tout de suite et vite. « Les jeunes passent rapidement à l’action et moins de temps en réunion », reconnaissent Eleanor et Eric. « On est plutôt les jambes que la tête », traduit Fabienne. « Le projet m’a appris la patience, tempère Sylvain. Nous avions envie de monter rapidement le projet pour que les femmes mongoles travaillent dans de bonnes conditions le plus vite possible. Mais nous avons compris que les projets s’étendent sur plusieurs années. Il faut savoir prendre son temps pour réduire la marge d’erreurs ».

Ici et là-bas, en réseaux
Dans les organisations nationales comme Amnesty ou le CCFD, les jeunes bénéficient de l’expertise et de l’appui d’un vaste réseau de salariés et de bénévoles. Ce n’est pas le cas de toutes les associations de jeunes. D’où l’importance de disposer d’espaces où confronter les expériences, échanger sur les difficultés rencontrées et les solutions imaginées. Etudiants & Développement répond à cette demande en organisant des commissions d’appui aux projets ainsi que des week-ends où les associations vont pouvoir dialoguer avec des experts. «  Du fait que nous sommes jeunes, c’est d’autant plus important de disposer d’un réseau », confirme Fanny Boullé de Soli13.
La mise en réseau et l’échange d’expériences valent aussi pour les projets d’éducation au développement. « Les associations de jeunes les plus expérimentées ont compris que pour faire vivre un projet au Sud, il fallait mettre en place des actions d’éducation au développement avant et après », constate Elisa Braley. Les « grandes » associations de solidarité internationale savent, quant à elles, qu’il n’y a pas mieux que des jeunes pour s’adresser à d’autres jeunes sur le commerce équitable, la liberté d’expression, etc. « L’action au Sud n’est rien sans un retour ici, complète Sylvain. Il faut que nos projets là-bas participent à l’éducation à la citoyenneté ici ». Il joint les actes aux paroles. Assistant d’éducation dans un lycée professionnel, il a fait participer des étudiantes au projet de Ph-TEC. Elles ont cousu des chemises en lin, les ont vendues et ont reversé le produit de la vente au projet. Cerise sur le gâteau : elles ont remporté le premier prix du dispositif régional « Entreprendre au lycée ». La solidarité internationale élargit son public. Et Eric de conclure : « C’est à notre génération de barrer la route à la direction que prend le monde aujourd’hui. Si ce n’est pas nous, qui le fera ? »




Dans le même numéro - sur le site :
N°11 - Trop jeunes pour changer le monde ?
Et après ? Où sont les passerelles ?
Une génération écocitoyenne
L’engagement des jeunes passé à la loupe
Quel imaginaire collectif ?
Promenade sémantique
Engagement et professionnalisation
Profession : Ingénieur citoyen
Changer le système de l’intérieur
Partir : une démarche à construire
Palestine : la parole contre les armes
AMAL, une association en développement
De Marcouville à Bamako
PESI : Enseignants de demain et d’ailleurs
Les voyages forment la jeunesse…
FOJIM : Citoyenneté et Solidarité internationale
L’éducation au développement pratiquée par les jeunes
Une école pour la solidarité internationale
Un vent de fraîcheur