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PAR David Eloy - Altermondes
Mariana Buceanu, coordinatrice des programmes sociaux de Romani Criss (Roumanie), nous explique les enjeux de l’Europe pour les Roms.
Comment jugez-vous la politique européenne vis-à-vis de la Roumanie et des Roms ? En 2007, la Roumanie devrait rejoindre l’Union européenne. Comme vous le savez, les Roms sont un groupe cible des politiques européennes d’intégration et la législation européenne les désigne comme une minorité à prendre en considération pour remplir les critères d’adhésion. La perspective de l’élargissement européen a donc incité le gouvernement roumain non seulement à améliorer les lois pour les droits des minorités mais aussi à entamer un dialogue avec le peuple rom, ou tout au moins avec le Parti Rom. Nous disposons désormais d’un cadre national clair qui permet de définir des politiques pour améliorer la situation des droits des Roms en Roumanie. Tous ces progrès, nous les devons à l’influence de l’Union européenne.
Quels sont les principaux enjeux aujourd’hui ? Le gouvernement roumain a défini sa nouvelle stratégie politique vis-à-vis des Roms en 2001. Et c’est un bon document. Mais quand sera-t-elle mise réellement en œuvre ? Où est le budget ? Cette stratégie politique ne pourra être considérée comme une priorité du gouvernement que lorsque ce dernier aura affecté un budget à sa mise en œuvre. Par exemple, le Ministère de la Santé a donné son accord pour développer des politiques sanitaires spécifiques en direction des populations roms. Mais ce ministère n’a pas d’argent. Alors ? L’Union européenne devrait maintenant faire pression sur le gouvernement pour qu’il change de pratiques politiques et qu’il dégage un budget pour financer les actions. C’est une très bonne chose si le gouvernement roumain comprend que les promesses, les documents stratégiques ne suffisent pas. Il faut des actes.
Comment voyez-vous le rôle de la société civile ? L’autre enjeu réside justement dans la dimension participative du processus. Certes, le Parti Rom est impliqué dans les politiques définies par le gouvernement. Mais il est fondamental que des représentants de la société civile soient également associés dans le partenariat avec le gouvernement. Pas seulement des représentants des partis politiques roumain et rom. La Roumanie doit s’engager dans un véritable exercice démocratique. Et ce qui serait encore plus positif, ce serait aussi de commencer sérieusement à impliquer les jeunes leaders du peuple rom, à les intégrer davantage dans les différents niveaux de représentation politique, y compris dans le cadre politique national. Les jeunes générations ont les capacités d’agir.
L’Union européenne, ce sont aussi des politiques migratoires très strictes, marquées par une forte limitation de la mobilité des populations. Les Roms, tout comme les autres personnes, devraient avoir le droit de circuler librement. C’est l’un des droits de l’Homme. La dernière fois que nous sommes venus en France, nous avons rencontré M. Sarkozy, votre Ministre de l’intérieur et nous lui avons remis un rapport critique sur la politique française d’immigration (1). Les Roms sont d’autant plus sensibles à ce genre de politiques qu’ils sont déjà trop souvent victimes des discriminations. Sans compter qu’en France ils sont rapidement identifiés. Ils ont la peau foncé.
Le Conseil de l’Europe et le Parlement européen soutiennent fortement le peuple rom (2). Certains envisagent même une représentation des Roms à Bruxelles. Qu’en pensez-vous ? On peut dire que, d’une manière générale, la situation semble s’améliorer pour les Roms, et pas uniquement en Roumanie. La reconnaissance de l’Union européenne en est l’exemple. On peut aussi citer la Décennie des Roms (2005-2015) inaugurée récemment par la Banque mondiale. C’est une très bonne chose pour nous. Mais avoir un représentant des Roms au niveau européen serait encore mieux (3). Et de mon point de vue, nous sommes prêts. Nous avons les ressources humaines nécessaires.
Propos recueillis par David Eloy / Altermondes
(1) Même le Premier ministre roumain, Adrian Nastase, avait reproché à la France de "tester la politique de lutte contre l’insécurité sur le dos de la Roumanie". (2) Le Parlement européen a voté, le 28 avril, une résolution qui condamne toutes les formes de discrimination dont sont victimes les Roms et qui invitent leur pays à les sortir d’une "ghettoïsation inacceptable". (3) Deux Hongroises d’origine rom, élues en juin 2004, siègent déjà au Parlement européen.
ENCADRE N°1 : Romani Criss
Romani Criss (Centre d’études et d’intervention sociale) a été créé en 1993. L’association promeut les droits collectifs et individuels des Roms dans un contexte de très forte discrimination. Elle mène un travail de plaidoyer pour le renforcement de la démocratie locale contre la ségrégation et pour la reconnaissance de leurs responsabilités par les Etats européens et les institutions inter-gouvernementales vis-à-vis de la minorité rom. Romani Criss intervient aussi dans la structuration de la communauté afin qu’elle prenne en charge son développement local et contribue au changement au sein de la société roumaine et en Europe. Plus d’information : www.romanicriss.org
ENCADRE N°2 : Les Roms en Europe
Il y aurait neuf millions de Roms en Europe dont six millions en Europe de l’Est (et deux millions en Roumanie). En France, on en compterait entre 200000 et 400000. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a mené une enquête sur les Roms en Europe de l’Est et dénonce un "sous-développement" comparable à celui des habitants de certains pays africains. Plus d’un Rom sur deux affirme souffrir de la faim. Seul un tiers d’entre eux a terminé l’école primaire et 1% a suivi un enseignement supérieur en Roumanie. "Des fragments de monde en développement dans des sociétés industrialisés" résument le PNUD. Plus d’information : "Roms - Les oubliés de l’Europe", Faim & Développement Magazine n°192, février 2004