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Trois questions à… Magali Rey Rosa, MadreSelva (Guatemala)


MadreSelva (1) est une organisation guatémaltèque qui agit pour la protection et la défense de l’environnement. Elle mène actuellement campagne contre les pratiques prédatrices des sociétés minières.


Depuis 1997, les différents gouvernements guatémaltèques ont approuvé plus de 350 concessions minières. Comment la société civile réagit-elle à cette situation ?
La résistance est très forte car les populations redoutent les conséquences sociales et environnementales de l’exploitation minière. Les peuples indigènes des hauts plateaux sont particulièrement mobilisés, notamment dans la partie occidentale du pays. En revanche, à l’Est, dans le département d’Izabal, la situation est très différente. Il y a quelques années, la compagnie canadienne Inco y a exploité le nickel et a laissé derrière elle l’un des villages les plus pauvres du département : El Estor. Une autre entreprise vient de prendre la relève et a obtenu une nouvelle concession de 360 km². Dans cette région, les compagnies minières ont l’appui inconditionnel du maire et de puissants entrepreneurs locaux. La résistance de la population kekchi, pour réelle qu’elle soit, reste limitée. Le souvenir de la précédente période de répression et les liens entre la mine et l’armée en sont sûrement la raison.

Quels sont les résultats de cette mobilisation ?
Les résultats des campagnes et des actions de résistance sont particulièrement frustrants. Le gouvernement, qui est le principal promoteur de l’activité minière, fait la sourde oreille aux demandes de son peuple (2). Le seul résultat concret, obtenu grâce au soutien de l’archevêque du Guatemala, est la création d’une commission de haut niveau sur la mine. Nous avons aussi eu un accord pour la réforme de la loi sur les mines (3) ainsi qu’un moratoire sur la délivrance de nouvelles concessions. Mais le gouvernement a déjà violé sa promesse en accordant une nouvelle licence dans le département d’Izabal.

Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux ?
Malgré les consultations populaires organisées dans plusieurs régions, la Cour constitutionnelle n’a pas encore osé se prononcer sur la légalité des nouvelles concessions. Il faut continuer à faire pression. Le principal enjeu est la réforme de la loi minière. Il faut en finir avec les violations des droits des peuples indigènes et obtenir la garantie que les Guatémaltèques deviennent les bénéficiaires de l’exploitation minière.
C’est un défi tant le rapport de force politique et les capacités de négociations sont déséquilibrés. Compte tenu de la position actuelle du gouvernement, il y a fort à parier que la révision de la loi ne se fasse pas en faveur de la société civile et que les changements se révèlent indolores pour l’industrie minière.

_(1) MadreSelva-www.madreselva.com.gt et Collectif Guatemala www.collectif-guatemala.org
(2) Le président du Guatemala, Oscar Berger, a justifié l’intervention militaire du 11 janvier 2005 contre une manifestation en invoquant "la protection des intérêts des actionnaires".
(3) Révisée en 1997 pour ouvrir les portes du pays aux investisseurs étrangers, la loi minière fixe les redevances à 1% des revenus de l’activité minière, un taux à la limite inférieure des taux de redevances exigés à l’échelle internationale.




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