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Au cœur des maquilas… Bienvenue à Las Mercedes !

PAR Gwénael Le Morzellec - Journaliste


Ce sont les maquilas d’Amérique centrale, aussi connues sous le nom de sweatshops (1), qui ont inspiré, dans les années 90, les premières campagnes contre les violations des droits de l’Homme au travail par les multinationales. Retour aux sources.


Un quart moins cher qu’un Hondurien, moitié moins qu’un Mexicain et trois fois moins qu’un Costa-Ricain, qui, lui, déjà, ne gagne que 2,58 € par jour. Les ouvriers nicaraguayens sont la main d’oeuvre la moins chère du continent américain. Le Nicaragua, eldorado des entreprises multinationales ? Peut-être. En tout cas, en 2003, elles étaient 62 à y être installées, essentiellement des entreprises américaines et taiwanaises, et employaient au total 60000 personnes.

Exploitation tropicale
« Les ouvrières ici ne vivent que grâce aux emprunts qu’elles font pour acheter de la nourriture », observe durement Isabel Tijerino, 35 ans, une jolie brune syndiquée de la maquila Las Mercedes, près de Managua. Ici, la plupart des salariés gagnent 35 cordobas par jour (l’équivalent de 1,75 €). « Comment s’en sortir, quand il en faut 100 pour couvrir les besoins quotidiens d’une famille de trois enfants ? »
Dans les usines comme celles de Las Mercedes, les conditions de travail sont déplorables. Le nombre de plaintes pour violation du droit du travail ne cesse d’augmenter, observe-t-on au Centre nicaraguayen des droits humains (CENIDH) (3). Les zones franches tirent profit des personnes les plus fragiles. “80% des employés sont des femmes et 75% d’entre elles sont seules avec des enfants”, précise Isabel, également secrétaire du Syndicat des travailleurs unis de l’entreprise de textile King Yong. Les employées y travaillent entre 10 et 15 heures par jour pour fabriquer des chemises et des vestes destinées aux distributeurs nord-américains Kohl’s et Wal-Mart. Elles coupent, cousent, repassent, inspectent et empaquettent. Pas besoin de hautes études, certes. Mais c’est le principal débouché pour du travail. Alors, plus de la moitié des ouvrières sont de jeunes bachelières.
Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là : discriminations, accès à la santé... "On ne nous autorise pas à voir un medecin alors que certaines sont enceintes " poursuit Isabel. Les femmes ont aussi la responsabilité de l’éducation des enfants. "Mais si elles rentrent plus tôt pour soigner un enfant malade, elles perdent une journée de salaire”, conclut-elle. _"C’est à cause des pressions incessantes que seules 3% de personnes sont syndiquées dans les maquilas", rapporte Deonilda Zamora 44 ans, la secrétaire trésorière de la Fédération des syndicats des maquilas et de l’industrie textile du Nicaragua, une des vingt-deux organisations syndicales reconnues par l’Etat. Licenciements collectifs, ciblant notamment les personnes syndiquées, criminalisation de la lutte syndicale, création de syndicats jaunes, établissement de listes noires empêchant de retrouver du travail... sont autant de pratiques courantes dans les maquilas.

La couleur des bénéfices
Les zones franches sont censées générer 170 millions de dollars, soit près d’un vingtième du Produit intérieur brut du Nicaragua. Cependant, ni l’Etat, ni les citoyens ne voient la couleur des bénéfices. En effet, les entreprises ont obtenu un régime fiscal spécial qui les affranchit de nombreuses taxes : exonération de taxes sur les revenus pendant 15 ans, aucune taxe sur les bénéfices, sur les droits de douane pour l’importation de machines et de matières premières, pas d’impôts locaux. Cerise sur le gâteau : des accords garantissent la liberté de rapatrier le capital à tout moment.
Impact économique, impact social mais aussi impact environnemental. En juillet 2003, le Monitorio, bulletin de l’association environnementaliste Centro Humboldt, rapportait que Las Mercedes contaminait les sols ainsi que les eaux résiduelles et souterraines : “Les eaux ont prises une couleur bleue foncée, elles présentent une odeur forte et leur température est très haute. On observe des sédiments textiles, plastiques et une régression de la faune et de la flore”.
Ces problèmes se généralisent, déplore Anjelica Alfaro, en charge des maquilas pour Centro Humbolt, “les entreprises se comportent comme des forteresses dans lesquelles on ne peut pas entrer pour effectuer des contrôles”.

(1) Littéralement atelier de la sueur, atelier de la misère
(2) Lire aussi "Voyage au cœur d’une maquila" de Yanina Turcios Gomez - http://risal.collectifs.net (3) Le CENIDH (www.cenidh.org) est membre de la Fédération _ internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)




Dans le même numéro - sur le site :
Edito : Responsabilités engagées !
La responsabilité en questions
N°4 - La responsabilité des entreprises en questions
Spectrum : A qui la faute ?
A propos des maquilas : Un début de réponse
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Misère durable : Shell dans le delta du Niger
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Nord et Sud : Des intérêts communs
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Trois questions à… Magali Rey Rosa, MadreSelva (Guatemala)