Altermondes



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Le coton, hors sujet ?

PAR David Eloy - Altermondes


En 2003, la question du coton avait contribué à l’échec des négociations. Qu’en sera-t-il à Hong Kong ? Analyse de Diarra Fatoumata Traore, Coordinatrice du Réseau des femmes économistes maliennes.


En quoi le coton représente-t-il un enjeu pour les pays africains ?
Le poids du coton dans l’économie malienne (1), et plus généralement ouest-africaine, est très important. Selon les pays, il contribue de 40 jusqu’à 60% aux recettes d’exportation. Ce qui fait du commerce du coton une question très sérieuse, notamment en ce qui concerne le développement. Or, depuis quelques années, cette filière traverse une crise profonde.

Les négociations commerciales sur le coton sont-elles symptomatiques des dysfonctionnements du commerce international ?Le commerce du coton soulève le problème du marché international, un marché ouvert où il n’est pas possible de protéger les marchés nationaux. Les Américains, qui, eux, continuent de verser des subventions à leurs producteurs, nous disent que, si nous voulons nous en sortir, il faut que nous augmentions notre productivité. Il faudrait, par exemple, que le Mali fasse plus de coton que le Burkina Faso.
Je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas parce qu’on va produire plus de coton que l’on va résoudre tous les problèmes qui se posent. La surproduction de coton ne pose-t-elle pas un problème sur le marché international ? Ne faudrait-il pas plutôt réfléchir aux moyens de réguler l’offre au lieu de continuer à produire du coton, du coton et encore du coton ?

Quelle analyse faites-vous des positions défendues par le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad au sein de l’OMC ?
En tant que société civile, j’ai eu la chance de faire partie de la délégation gouvernementale du Mali à Cancun. J’ai plus ou moins assisté au bras de fer entre ces pays et l’OMC. Mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui le problème est dans l’état où il a été laissé à Cancun et qu’aucune solution n’a encore été trouvée pour résoudre la crise du coton.
Au contraire, après Cancun, les Américains sont revenus à l’attaque. D’après leur diagnostic, le Mali devrait produire du coton Bt (2) pour résoudre son soi-disant problème de productivité. Et le gouvernement est d’accord.
Les multinationales viennent en Afrique. Elles nous disent que les OGM vont réduire la pauvreté. Mais ce ne sont que des mots. Les multinationales ne sont pas des philanthropes. Elles veulent faire du profit.
Il y a donc comme un double langage. Le gouvernement malien veut que le coton soit un élément du développement, il sait que notre problème n’est pas un problème de productivité et pourtant il s’engage avec le coton Bt.

Comment voyez-vous l’avenir ?
Je suis un peu perplexe. Je pense que la culture du coton n’est pas la solution miracle. Produire plus de coton et faire plus de valeur ajoutée, c’est une bonne chose mais est-ce qu’ainsi on résout les problèmes de dégradation de l’environnement qui l’accompagne ?
Souvent, je me demande s’il ne vaudrait pas mieux réfléchir à d’autres productions. Des cultures qui auraient une valeur équivalente à celle du coton sur le plan du développement et sur le plan des ressources - pour que les paysans aient un vrai revenu, mais qui seraient moins nocives pour l’environnement… qui ne poseraient pas autant de problèmes. Je ne dis pas qu’il faut abandonner la culture du coton maintenant mais je pense qu’il faut mener une réflexion sur ce sujet.

A votre avis, le coton sera-t-il un enjeu des négociations à Hong Kong ?
Non. La société civile va évidemment prendre à bras le corps la question du coton, surtout en raison des OGM. Mais, quand je vois que les gouvernements africains suivent le diktat des Etats-Unis, je me dis qu’ils vont mettre un peu la pédale douce sur cette question. Ils sont à peu près tous maintenant à l’AGOA (2). Ca veut dire ce que ça veut dire… Je ne sais pas comment va se passer la conférence de l’OMC. Mais j’ai l’impression que ce ne sera pas aussi fort qu’à Cancun.

(1) Le coton représente près de 45% des exportations du Mali et intéresse directement plus de 3 millions de personnes.
(2) Variété de coton transgénique
(3) L’African Growth and Opportunity Act (AGOA) est un accord commercial qui lie les Etats-Unis à une quarantaine de pays d’Afrique. Il concerne les secteurs du textile, de l’agriculture et de l’artisanat.




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