Altermondes



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Pour un commerce plus juste

PAR David Eloy - Altermondes


Depuis Seattle (1999), l’Organisation mondiale du commerce (OMC) cristallise la contestation citoyenne. A la veille de la Conférence ministérielle de Hong Kong, la Coalition "2005 : Plus d’excuses !" entend rappeler sa conception d’un commerce plus juste


14 novembre 2001. La Conférence ministérielle de l’OMC s’achève à Doha (Qatar) sur une déclaration ouvrant un nouveau cycle de négociations : le cycle du développement. "Nous sommes résolus […] à poursuivre le processus de réforme et de libéralisation des politiques commerciales, faisant ainsi en sorte que le système joue pleinement son rôle pour ce qui est de favoriser la reprise, la croissance et le développement." Deux ans plus tard, le bilan est cinglant. Les pays en développement, ceux-là mêmes supposés être les bénéficiaires du Cycle de Doha, mettent en échec la Conférence ministérielle qui se tient à Cancun.

Nécessaire mais pas suffisant
Tout le monde reconnaît que l’ouverture commerciale est une condition nécessaire au développement. Aucun pays ne s’en est sorti par l’autarcie. Les exportations de matières premières voire de produits manufacturés, sont des clefs essentiels du fonctionnement de l’économie des pays pauvres (même si elles sont aussi un facteur de dépendance). En Côte d’Ivoire et en Guinée, les taxes sur le commerce international représentent respectivement 40% et 80% des recettes budgétaires de l’Etat.
Pour autant, cette condition n’est pas suffisante. Les politiques de libéralisation qui se sont succédées, depuis 1945, et amplifiées depuis la création de l’OMC (1996) ne peuvent masquer le fait que les laissé-es pour compte de la mondialisation se comptent toujours par centaines de millions et que les disparités entre les pays du Nord et les pays du Sud ne cessent de s’accroître. "Les trois quarts des 800 millions d’affamés dans le monde sont des agriculteurs. Si la libéralisation du commerce agricole se poursuit, ce sont plus de deux milliards d’agriculteurs qui devront sortir du secteur." Rappelle la Coalition "2005 : Plus d’excuses !"
Le coût humain de la libéralisation à tout prix est immense. Y compris en matière de santé publique. Khalil Elouardighi, Act up Paris, dénonce : "Les accords commerciaux sur les brevets tendent à éliminer les versions génériques des médicaments dans les pays en voie de développement. Le prix moyen d’une trithérapie générique est de 650 dollars par an quand le prix moyen d’une trithérapie brevetée atteint 7000 dollars par an."

Halte aux incantations !
La réalité du commerce international est donc bien différente de ce que prétendent les dirigeants politiques. 65% des exportations mondiales sont réalisées par les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon. Un grand nombre de pays très pauvres, en particulier africains, ne représentent qu’à peine 0,5 % du commerce. Et les 500 premières multinationales contrôlent, à elles seules, 70% du commerce mondial. A qui profite le crime ?
Les déclarations incantatoires ne suffisent plus. L’Union européenne ne peut plus se contenter d’asséner des postulats du type "La libéralisation du commerce devrait être le moyen pour atteindre l’objectif de réduction de la pauvreté" (1).La coalition "2005 : Plus d’excuses" demande qu’une étude d’impact des politiques successives de libéralisation soit mise en œuvre pour évaluer sérieusement leurs résultats. Elle demande plus particulièrement au gouvernement français de construire une politique commerciale où les droits fondamentaux et les principes du développement durable priment sur l’intérêt commercial à court terme.
Cette politique que le gouvernement devra promouvoir au niveau européen et international, comprendra notamment la mise en oeuvre de mécanismes de régulation des marchés (notamment pour favoriser la remontée des prix des produits agricoles), l’instauration d’un moratoire immédiat sur les négociations concernant la libéralisation des services et la promotion d’accords commerciaux spécifiques pour permettre aux pays les moins avancés de développer des politiques adaptées à leur situation particulière.

Et peut-être alors la Conférence ministérielle de l’OMC, qui se tiendra à Hong Kong en décembre prochain, ouvrira-t-elle des perspectives plus convaincantes pour les pays du Sud.