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Le 22-06-2015 à 14:06

Semences paysannes : les graines du changement

Par Christophe Trehet

À rebours de la standardisation des variétés cultivées et de la dépendance aux intrants chimiques, des organisations, en France comme ailleurs, se mobilisent pour préserver, diffuser et valoriser la biodiversité locale, dont les semences paysannes sont l’étendard, tout autant qu’une réponse à l’adaptation aux dérèglements climatiques.

De tout temps, les paysans ont gardé précieusement leurs meilleurs grains pour les ressemer l’année suivante. De tout temps, ou presque. Depuis une centaine d’années, nombre d’entre eux ont en effet abandonné cette pratique. Aujourd’hui, ceux qui cultivent ne sont plus les mêmes que ceux qui produisent les semences et une poignée de firmes contrôlent les deux tiers du marché mondial de la semence commercialisée, imposant des variétés standardisées, dépendantes aux intrants chimiques (pesticides, engrais, etc.). Il est donc urgent de prendre soin de nos semences. Entendons-nous, celles du patrimoine commun, autrement dit les variétés créées par des générations d’agriculteurs et de jardiniers et qui peuvent être échangées librement. L’alerte vient des agriculteurs eux-mêmes, « qui sont de plus en plus bousculés par les changements bioclimatiques », explique Robert Ali Brac de la Perrière, coordinateur général de l’association Association Bede.

Un réservoir à fort potentiel

Le réchauffement de la planète met en effet en péril les agriculteurs du monde entier, dont une majorité souffre encore de la faim. Ils ne trouvent pas dans les semences commerciales les variétés capables de s’adapter. Or, c’est dans le réservoir des semences paysannes que se cachent, potentiellement, les capacités à pousser en situation de sécheresse, les résistances naturelles aux maladies ou encore les qualités nutritives insoupçonnées des plantes de demain. 

« Plus la biodiversité d’un écosystème est importante et plus il est résilient, c’est-à-dire capable de s’autoréguler »

Pour Ndiaye Alihou, coordinateur de l’Association sénégalaise de producteurs de semences paysannes (ASPSP), les semences paysannes « qu’on sème et ressème d’année en année, en les adaptant progressivement aux méthodes de culture et aux terroirs », cultivées en agriculture paysanne et agroécologique, doivent donc être placées au cœur des systèmes de production. « Avec les semences commerciales, le paysan qui avait l’habitude de semer ses graines, d’en récolter et d’en conserver une partie pour l’échanger avec son parent ou voisin devient dépendant des magasins de vente, dénonce-t-il. Il y achète ses graines et les intrants qui doivent nécessairement les accompagner. Il dépense beaucoup d’argent pour en gagner peu. » Les membres de l’ASPSP promeuvent également l’agroécologie et les semences paysannes en Afrique de l’Ouest car, explique Ndiaye Alihou, « plus la biodiversité d’un écosystème est importante et plus il est résilient, c’est-à-dire capable de s’autoréguler ».

Dans le but de conserver la biodiversité agricole, les banques de gènes sont utilisées pour stocker et conserver les ressources génétiques des principales plantes cultivées et des espèces sauvages apparentées.

Mais où retrouver cette biodiversité paysanne que la « modernisation » agricole a presque fait disparaître de certains territoires ? Elle peut l’être chez les paysans qui renouvellent les variétés traditionnelles, auprès des associations et artisans qui conservent les semences et, enfin, dans les banques de gênes publiques ou privées. Une fois dénichées, les variétés paysannes doivent parfois être caractérisées, c’est-à-dire qu’il faut les semer pour décrire la variété en termes physiques (forme, taille, couleur, etc.), de précocité ou encore de résistances aux maladies par exemple.

Au coin d’une parcelle

C’est l’une des tâches à laquelle s’attelle l’équipe de la Maison des semences paysannes d’Agrobio Périgord. Au début des années 2000, l’association s’est en effet donné pour objectif de retrouver des variétés de maïs reproductibles, alors que l’ensemble des variétés aujourd’hui vendues en France est hybride donc, stérile. S’inspirant des Casas de sementes criolas brésiliennes (Maisons des semences créoles), Agrobio Périgord a formalisé un mode de gestion collective de la biodiversité cultivée en Dordogne. Dans le même temps, en 2003, naissait le Réseau semences paysannes (RSP) qui, fort de soixante-dix organisations membres et de milliers d’adhérents, « coordonne et consolide » en France les initiatives locales de « promotion et de défense de la biodiversité cultivée et des savoir-faire associés » ce, malgré « un cadre réglementaire qui tend à les interdire ». Une multitude de collectifs locaux s’organise ainsi pour diffuser la biodiversité agricole de leur territoire qu’ils parviennent à sauver. « Au sein du Réseau semences paysannes, nous essayons surtout d’organiser la transmission de savoir-faire entre paysans, témoigne Guy Kastler, du RSP. Car on se rend compte qu’ils échangent mieux au coin d’une parcelle. Et quand les pratiques s’échangent, les graines suivent. »

L’ASPSP organise quant à elle des bourses d’échanges régionales, à l’image de la foire de Djimini qui s’est tenue en Haute Casamance en 2014. Les paysans de toute l’Afrique de l’Ouest y étaient invités à échanger graines et savoir-faire en agroécologie et en confection de greniers de semences pour célébrer les mils dans toute leur diversité (sorgho, petit mil, millets, fonio). Contrairement au maïs et au riz, aujourd’hui importés en Afrique à très bas prix, cette céréale n’a pas fait l’objet d’une sélection efficace lors de la révolution verte. Mais cette « plante africaine nourricière, domestiquée il y a au moins 4 500 ans » reste aujourd’hui, pour les paysans de l’ASPSP, « l’avenir de l’agriculture familiale écologique » du fait de sa capacité à pousser sans intrants en conditions arides et sur des sols pauvres.

Sécuriser la production

Au-delà de la préservation d’un patrimoine végétal commun, les nombreuses initiatives en faveur des semences paysannes expérimentent des méthodes permettant aux agriculteurs de sélectionner eux-mêmes leurs propres variétés à partir du patrimoine génétique de la biodiversité locale. Seul dans sa ferme, en groupes d’agriculteurs accompagnés par une association – comme par exemple l’ONG Searice – ou en collaboration avec des chercheurs, par un processus de sélection participative, c’est ainsi que s’inventent des variétés nouvelles. Rustiques, libres de droit et qui ont du goût, celles-là.

Ces initiatives resteront cependant symboliques, sinon vaines, sans un véritable changement dans les politiques agricole et économique. Au niveau mondial, où plus de 70 % de l’alimentation vient d’une agriculture paysanne qui n’a pas les moyens d’acheter des semences, « il faut sécuriser la production de semences paysannes en empêchant qu’elles soient interdites », martèle Guy Kastler. Car la certification végétale et le brevetage du vivant inspirent encore trop souvent les accords économiques internationaux. Syngenta, Bayer et Monsanto, les trois multinationales qui détiennent 75 % du marché mondial des semences, s’en frottent les mains.

Crédits photo de Une : Jason Gutierrez/IRIN

  
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