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Le 31-03-2015 à 14:03

Place de Mai : qui va assurer la relève ?

Par Louis Michel D’Annoville

Trois décennies après la fin de la dictature, les Mères et les Grands-Mères de la place de Mai poursuivent leur lutte pour rendre justice à leurs enfants disparus et retrouver les bébés volés pendant les années noires. Une lutte exemplaire qui a sauvé de l’oubli des dizaines d’enfants et inspiré les jeunes générations, prêtes à prendre la relève à travers le mouvement Hijos.

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Cet article est paru dans le numéro 41 d’Altermondes

«L es 30 000 disparus sont présents, maintenant et pour toujours ! » entonnent en cœur les Mères de la place de Mai, lors de leurs rondes hebdomadaires en face du Palais présidentiel, à Buenos Aires. Celles qui ont défié les militaires au pouvoir, parfois au péril de leur vie, marchent depuis 1977 pour se souvenir et tenter de comprendre ce qui est arrivé à leurs enfants, opposants au régime, enlevés pendant la dictature la plus sanglante de l’histoire de l’Argentine (1976-1983). À quelques centaines de mètres de là, un autre groupe de femmes réunies au sein de l’ONG des Grands-Mères de la place de Mai se bat aussi sans relâche depuis trente-huit ans pour retrouver la trace des petits-enfants volés et « appropriés » par la junte militaire. Identité est le mot d’ordre de ces grands-mères qui ont multiplié les campagnes de sensibilisation vers les jeunes à travers des programmes tels que « Football », « Télévision », « Théâtre » ou encore « Tango pour l’identité ». Leur objectif : pousser les personnes nées à cette époque et ayant des doutes sur leurs origines à faire un test ADN. Le résultat est ensuite comparé à celui des familles des disparus répertorié dans la Banque nationale de données génétiques (BNDG), mise en place en 1987 sous l’impulsion des grands-mères, qui ont réussi à mettre la science génétique au service de leur combat. L’indice d’abuelidad (mot espagnol désignant le fait d’être grand-parent) permet désormais d’identifier les enfants volés sous la dictature avec une fiabilité de 99,9 %. Un tournant. « J’avais 25 ans lorsqu’un spot des Grands-Mères à la télévision a retenu mon attention », confie Juan Cabandié. Il décide de les rencontrer, effectue une prise de sang et découvre que ses « parents » sont en fait ses ravisseurs. Aujourd’hui député national du Front pour la victoire, parti pro-kirchnériste, il est le soixante-dix-septième enfant restitué. Comme lui, cent quinze autres ont pu être identifiés et rendus à leur famille biologique, mais quatre cents personnes manquent encore à l’appel et vivent sans connaître leur véritable identité.

DATES CLÉS
24 mars 1976 Coup d’État militaire dirigé par le général Jorge Rafael Videla. S’ensuivent huit années de dictature. Bilan : 30 000 victimes de la répression militaire selon les
chiffres des organismes de défense des droits humains.
30 avril 1977 En pleine dictature, les mères des disparus et détenus se regroupent et commencent leurs rondes autour de la place de Mai, à Buenos Aires, la capitale.
20 novembre 1977 Les Grands-Mères de la place de Mai forment un groupe dédié à la recherche de leurs petits-enfants volés et « adoptés » par les militaires et sympathisants du régime.
1995 Création de l’organisation Hijos (Enfants pour l’identité et la justice et contre l’oubli et le silence) en pleine période
d’impunité à l’encontre des criminels militaires.
5 août 2014 Estella de Carlotto, la présidente des Grands-Mères de la place de Mai, retrouve son petit-fils Guido, le cent quatorzième enfant restitué à sa famille biologique parmi les cinq cents bébés volés.

LA TRANSMISSION DU FLAMBEAU

Les Grands-Mères font face à un autre redoutable défi : le temps. « Nous ne sommes plus très nombreuses. Certaines sont fatiguées, d’autres sont malades ou nous ont déjà quittés. La jeune génération doit reprendre le flambeau », explique Rosa de Roisinblit, vice-présidente des Grands-Mères âgée de 95 ans, qui a retrouvé son petit-fils, Rodolfo, en 2000. Certains petits-enfants restitués ont rejoint l’association. Proches de disparus et fonctionnaires travaillent désormais au sein des équipes juridiques, psychologiques et médicales de l’ONG. « Deux ans avant sa mort, ma grand-mère m’a demandé de prendre la relève. Elle m’a transmis tous les documents qu’elle possédait sur ma mère disparue et m’a demandé de continuer à chercher mon frère, l’un des 500 bébés volés », raconte Miguel Santucho, dont la mère  été séquestrée et a accouché à Pozo de Banfield, l’un des cinq cents centres clandestins de détention de la « guerre sale ». Avant de faire partie du bureau des Grands-Mères, il a milité pendant trois ans au sein de l’organisation Hijos – « enfants » en espagnol et acronyme d’Enfants pour l’identité et la justice et contre l’oubli et le silence, un soutien de poids aux Grands-Mères et Mères de la place de Mai. Créée en 1995, la structure regroupe aujourd’hui une cinquantaine de militants à Buenos Aires qui s’activent pour retracer l’histoire de leurs parents disparus, retrouver leurs frères et sœurs volés et poursuivre en justice les criminels militaires et les complices de la dictature. Organisation horizontale, sans leader, où toutes les décisions se prennent lors d’une assemblée hebdomadaire, Hijos s’est fait connaître dans les années 1990 en organisant les fameux escrache, un terme évoquant les mouvements de protestation menée jusqu’au domicile des dictateurs et militaires coupables de crimes, enlèvements, disparitions ou de tortures, avec une devise : « Puisqu’il n’y pas de justice, il y a l’escrache ». Cette génération, plus jeune, excelle en matière de communication sur les réseaux sociaux et à travers leurs programmes de radio. Pour plus d’efficacité, « nous coordonnons notre travail avec les Mères et les Grands-Mères »explique Carlos Nahuel Baglietto, dont les parents ont été assassinés pendant la dictature. Dès qu’ils reçoivent une plainte ou un témoignage sur un éventuel bébé volé, les militants transmettent les informations aux Grands-Mères ou à la Commission nationale pour le droit à l’identité (Conadi), qui prend le relais en entamant une enquête. En 2002, lors de la traditionnelle Marche de la résistance, organisée chaque année, en décembre, face du Palais présidentiel, les activistes ont reçu des mains des Mères leurs emblématiques foulards blancs : un acte de transmission fort, encore gravé dans les mémoires. « Les Mères et les Grands-Mères nous ont appris à lutter pacifiquement, sans haine et sans sentiment de vengeance. Il s’agit d’un combat pour la justice, la mémoire et la vérité », explique Paula Eugenia Donadio, militante au sein d’Hijos et fille d’une rescapée de l’École de mécanique de la marine (Esma), un ancien centre clandestin de détention et de torture où 5 000 opposants au régime ont été séquestrés pendant la dictature.

DEVOIR DE MÉMOIRE
Hijos
Hijos

Transformé en Musée de la mémoire en 2004, l’Esma abrite désormais la Maison de la militance, le siège d’Hijos. « Bien sûr, cela me coûte de venir travailler et militer à l’endroit même où ma mère et mes oncles ont été séquestrés, mais chaque jour passé ici est aussi une victoire », poursuit-elle. Une manière de maintenir vivante la mémoire des disparus, l’un des piliers de leur combat. Cet ancien camp où fonctionnait également une maternité clandestine est aujourd’hui un « lieu plein de vie, rempli de jeunes qui militent pour la défense de droits humains », ajoute Marina, fille de disparus, militante au sein de la commission Memoria dont le but est de transformer les centres de détention argentins en lieux de mémoire. L’héritage de la dictature est encore prégnant dans la société argentine et, pour les successeurs de cette lutte, le travail restant ne doit pas être uniquement réservé aux associations ou aux personnes directement touchées par les horreurs de cette sombre période : « c’est une lutte collective et c’est pour cela que nous ouvrons l’organisation à toute la société », rappelle Paula, qui s’apprête à assister au procès des bourreaux de sa mère et de ses oncles. « N’oublions pas que nous sommes tous les enfants d’une même histoire. »

  

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