Connexion

Inscription
Mot de passe oublié ?
Obtenir votre mot de passe abonné

Bienvenue dans votre espace abonné à Altermondes

Découvrez le dernier numéro d'Altermondes
Découvrez tous les numéros d'Altermondes

Continuer à découvrir le site

Inscription

Veuillez utiliser uniquement des caractères alphanumérique (ex: az, AZ, 0-9) et au moins 5 caractères

Minimum de 8 caractères

J'accepte de recevoir la newsletter d'Altermondes

* Champs obligatoires

Se connecter

Demandez votre mot de passe

Veuillez vérifiez votre messagerie. Identifiez-vous

Inscription

Désolé, cette clé ne semble pas être valide.

Remarque: Le mot de passe doit comporter au moins sept caractères. Pour le rendre plus fort, utilisez des lettres majuscules et minuscules, des chiffres et des symboles comme! "$% ^ & Amp;?).

Se connecter

Le 15-12-2013 à 21:12

NAIROBI ET LA FORCE DU COLLECTIF

Par Fabrice Bugnot

Dans les bidonvilles de Nairobi, les habitants se rassemblent pour empêcher les expulsions forcées et venir en aide aux victimes. Mais leur combat collectif ne s’arrête pas à la défense de cas individuels. Avec le soutien d’Amnesty International, ils entendent contraindre le gouvernement kenyan à présenter une loi pour mieux lutter contre ces pratiques illégales.

Au Kenya, près de la moitié des quelque trois millions d’habitants que compte la capitale Nairobi vivent dans des bidonvilles. Des millions de personnes ont ainsi construit leur vie dans des logements informels. Ils ont ouvert des commerces, des hôtels ou des pharmacies, ils s’organisent pour la collecte des déchets, ils envoient leurs enfants dans des écoles à proximité, ils tissent des réseaux de soutien et nouent des relations amicales… Caroline Allan, couturière, a vécu trente ans dans l’un de ces quartiers informels. À City Carton, l’un des plus vieux bidonvilles de Nairobi, elle s’était aménagé un petit atelier avec une machine à coudre dans la maison qu’elle partageait avec ses cinq enfants et son frère ainé. Jusqu’à ce que tout soit réduit en cendre. Le 10 mai 2013, près de 200 hommes ont débarqué aux environs de 4 heures du matin, armés de pieds-de-biche, de machettes et de masses, et accompagnés de 170 policiers. Coups, violences, incendies, pillages, gaz lacrymogènes… D’après les témoignages recueillis par Amnesty International, environ 400 logements ont été détruits.

 Une approche efficace

Voilà plus de quinze ans que des descentes brutales touchent les habitants des bidonvilles de Nairobi. Ces quatre dernières années, Amnesty International a recensé pas moins d’une trentaine d’expulsions forcées, ayant chacune jeté à la rue entre 200 et 300 personnes, qui se retrouvent du jour au lendemain privées de leurs moyens de subsistance et de l’accès à des services essentiels. Mais voilà aussi plus de quinze ans que les Kenyans se battent. Et ce combat pour le droit au logement est en passe d’aboutir. « Le Kenya a signé le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qu’il a traduit dans la Constitution. Depuis 2010, nous militons pour qu’il le soit aussi dans une loi nationale spécifique sur les expulsions, explique Justus Nyang’aya, responsable d’Amnesty Kenya. Nous avons bon espoir car le gouvernement a mis en place un groupe de travail pour rédiger la loi et s’est engagé à ce qu’elle soit présentée rapidement au Parlement ».

C’est en 2009 que ce combat a pris de l’ampleur, soutenu par des structures tant locales qu’internationales, comme le Center on Housing Rights and Evictions (COHRE) ou le Hakijamii Trust. Juste après que des bulldozers aient détruit le bidonville de Marigoini, jetant 3 000 personnes à la rue. « Nous avons décidé de rendre visite au directeur général de Kenya Railways Corporation afin de lui demander pourquoi ces gens avaient été expulsés. Nous leur avons clairement fait comprendre qu’au regard du droit international, ce qu’ils avaient fait était illégal, se souvient Naomi Barassa d’Amnesty Kenya. Ils ont accepté de laisser revenir les personnes qui avaient été expulsées. Comme cette approche mêlant confrontation et solidarité s’est montrée très efficace, les gens se sont dit qu’il fallait faire la même chose ailleurs. »

« Comme cette approche mêlant confrontation et solidarité s’est montrée très efficace, les gens se sont dit qu’il fallait faire la même chose ailleurs. »

Justus Nyang’aya poursuit : « Beaucoup de personnes étaient concernées par les conditions de vie et les expulsions dans les bidonvilles, mais elles ne savaient pas forcément comment réagir. Amnesty a donc fait un travail de sensibilisation et leur a transmis des informations sur le droit au logement. On leur a, par exemple, expliqué que les expulsions étaient illégales, s’il n’y avait pas de mandat officiel d’une cour compétente. On a parlé ensemble des moyens de lutte, des pétitions et des actions en justice. » Des victimes d’expulsions et des personnes menacées ou concernées vont alors s’organiser et créer Rapid Response Team (RRT), un mouvement qui compte environ un millier de personnes. « Son principal objectif est d’identifier les expulsions à venir et de s’y opposer plutôt que d’attendre que les maisons, les commerces et la vie des gens soient détruits », précise Justus Nyang’aya. Les menaces d’expulsion sont relayées dans plusieurs pays grâce aux membres du réseau international de réaction rapide aux expulsions forcées d’Amnesty. Les plaintes des habitants des bidonvilles atterrissent, avec des milliers de pétitions, sur les bureaux et dans les boites mail des directeurs de cabinets ministériels et des gouverneurs. Le 10 octobre 2013, des femmes des quartiers populaires de Nairobi ont manifesté devant le ministère chargé de l’administration des terres pour demander un moratoire sur les expulsions, en attendant que la loi promise entre en œuvre. Car même si le RRT a permis d’empêcher plusieurs expulsions, il n’a parfois fait que les retarder. Comme le rappelle Justus Nyang’aya, la seule solution durable reste l’établissement d’un cadre légal : « A Nairobi, beaucoup de bidonvilles ont été construits sur des terres publiques ou devenues privées, souvent à cause de la corruption. Les expulsions surviennent essentiellement lorsque les propriétaires veulent récupérer ces terres. Que le gouvernement veuille construire des infrastructures ou déloger des gens qui vivent sur des voies d’accès ou près de lignes électriques, on peut le comprendre car il faut organiser la ville. Mais il y a des règles à respecter. Il faut une décision de justice argumentée, une concertation avec les habitants ainsi que des compensations et des possibilités de relogement. »

Pression médiatique

À City Carton, plusieurs mois après les expulsions, des familles entières vivent encore dans des abris de fortune, sans ressources. Aucune compensation, aucune indemnisation n’a été obtenue. Pourtant, l’expulsion était illégale. « Quand on a pu obtenir le jugement, on s’est rendu compte qu’il n’autorisait que l’expulsion de deux personnes qui n’avaient pas payé leurs traites », s’indigne Justus Nyang’aya. Sur le terrain, la vigilance et la mobilisation ne doivent donc pas faiblir, tant que la loi n’a pas été adoptée. À Deep Sea, dans un autre quartier, le gouvernement a lancé un projet qui vise à relier deux voix d’accès routières. Plus de 3 000 personnes sont menacées d’expulsion. « Le projet est certes une bonne chose pour le développement mais pourquoi aucune alternative de logement n’a-t-elle été proposée ? », s’étonne Justus Nyang’aya. Certes, l’Union européenne, qui finance le projet, a promis que les procédures qui obligent à fournir un nouveau logement aux personnes expulsées seraient respectées. « Mais ce n’est pas la première fois que les habitants de Deep Sea sont victimes d’expulsions forcées. On peut penser que le gouvernement ne fera pas ce qu’il faut le jour venu, une fois la pression médiatique retombée », répond Justus Nyang’aya.

  
Découvrez d'autres articles sur les thèmes...

Ajouter un commentaire