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Le 08-03-2016 à 17:03

« Les femmes échappent difficilement au droit statutaire des hommes à disposer de leur corps »

Par Mathieu Brancourt

Quel état des lieux des droits sexuels et reproductifs des femmes dans le monde ? Médecins du monde a enquêté sur l’accès au droit à la contraception et l’avortement dans quatre pays du Sud : Pérou, Burkina Faso, RDC et Palestine. Magali Bouchon, anthropologue au sein de l’organisation, revient pour Altermondes sur les résultats de ce travail qui met en exergue le poids du machisme et des inégalités de genre.

Quels étaient le projet et la visée des enquêtes concernant les déterminants d’accès à la contraception à l’avortement que vous avez menées ?
Magali Bouchon
Magali Bouchon (crédit : Anne Leroy)

Magali Bouchon : Médecins du monde mène un projet sur les grossesses non désirées et les pratiques d’avortement là où cela reste illégal. Ce préalable opérationnel nous a permis de conduire avec le LASDEL (Laboratoire d’études nigérien) quatre enquêtes sociologiques de terrain au Pérou, Burkina Faso, en RDC et en Palestine. Ces pays n’ont pas été choisis au hasard : une population jeune, dans des zones urbaines densément peuplées. Cette urbanisation n’est pas régulée, entrainant des problèmes d’accès aux services de base. Ce sont des pays fortement marqués par le religieux, une hétérogénéité des populations, des migrations et des violences de genre. Nous avons utilisé une méthodologie similaire pour obtenir des données transversales et des comparaisons fiables. L’analyse fait ressortir les invariants et déterminants communs des nombreux obstacles rencontrées par ces femmes.

Concrètement, quelles barrières entravant l’accès aux droits des femmes en matière de contraception mettent en évidence ces enquêtes?

TRIBUNE : Le droit de choisir : entre liberté individuelle et lutte collective

M.B. : Si on essaye de résumer la situation, on peut dire que pour utiliser une contraception, il faut le vouloir, le savoir et le pouvoir. Et pour chacun de ces verbes, des obstacles spécifiques se dressent. Pour le vouloir, c’est déjà compliqué : nous sommes face à des contextes où la féminité est liée à la fécondité. Etre mère, c’est devenir quelqu’un, acquérir un statut social. Pour l’homme c’est, en miroir, afficher sa virilité avec ses enfants. Contrairement à ce que l’on croit, on mise sur les enfants lorsqu’on est pauvre. C’est un placement, une assurance pour son avenir et sa vieillesse. La forte natalité n’est pas fruit de l’irrationnel, mais de choix et de normes par défaut. La non-planification des grossesses est le comportement le plus acceptable et le moins risqué socialement. La précarité intrinsèque de ces femmes et adolescentes empêche aussi l’anticipation. Sans parler des représentations négatives sur les contraceptifs. Ensuite, comment savoir quand le manque d’information chez les jeunes filles est si important. Elles ne connaissent pas leur corps, en l’absence de programmes d’information, éducation et communication (IEC) sur la santé. Les soignants manquent cruellement de compétences et de temps pour se pencher sur la prévention dans ces domaines. Surtout qu’il existe un tabou sur la contraception auprès des adolescentes qui supposément n’ont pas de relation sexuelle, puisqu’elles ne sont pas mariées. Alors que l’on sait qu’elles sont sexuellement actives très jeunes. Comment alors pouvoir, quand préexistent une telle asymétrie et de telles inégalités dans les relations de genre ? Les hommes ne se soucient pas de la gestion des relations sexuelles. On observe que même si certains hommes ne refusent pas le principe d’espacement des naissances, aucun ne veut l’appliquer pour lui-même. Ils veulent maitriser la sexualité de leur épouse à travers la fécondité. Cette construction asymétrique des genres pose de réelles restrictions dans les capacités d’agir des femmes. Malgré les stratégies de contournement, on échappe difficilement au droit statutaire des hommes à disposer du corps des femmes. L’usage d’une méthode contraceptive sépare aussi la sexualité de la reproduction, énonçant ainsi que la sexualité peut être aussi du simple plaisir, en contradiction avec les normes religieuses. 

Quelles pourraient donc être les solutions et à quels niveaux doivent-elles se décider ?

M.B. : La première piste réside dans le rôle central des professionnels de santé pour une prise en charge correcte et pour une vraie éducation sexuelle. Il faut aussi rappeler les impératifs de droit et de déontologie, devant des soignants au discours jugeant voire bloquant, empêchant un accès effectif aux contraceptifs, pourtant gratuits dans ces pays. Mais il faut aussi prendre en compte les méthodes de soins, souvent très douloureuses et utilisées comme punition expiatoire envers les femmes. Les agents de santé sont participent à la diffusion et la reproduction du discours normatif. Et ce sont les femmes les plus précaires qui y sont le plus exposées. La contraception est un révélateur des inégalités sociales liées au genre. Les femmes les plus pauvres cumulent les vulnérabilités. Deuxième idée, c’est évidemment de développer les stratégies d’IEC pour modifier les perceptions sur les contraceptifs, mais aussi leurs droits et l’égalité des genres, pour permettre l’information fiable et claire. Enfin, travailler sur le corps législatif des Etats. Les politiques ont un rôle évident pour changer le regard collectif et les lois. Sans oublier un plaidoyer sur la dépénalisation de l’avortement, en mobilisant la société civile. Ce travail doit être fait de l’intérieur, même si Médecins du monde peut soutenir et structurer les axes. Ces pistes révèlent des choix de vies des personnes elles-mêmes. Aux politiques locaux de se battre et s’afficher, même si c’est difficile.

RDC2

Crédit photo : Luc Valigny

  

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