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Le 15-03-2016 à 10:03

Le Nouveau Centenaire à Montreuil : un si long combat contre le mal-logement

Par Sarah Portnoï

Après 35 années passées à survivre dans une extrême précarité, 193 travailleurs Soninkés, originaires du Mali et de Mauritanie, ont enfin posé leurs valises au Nouveau Centenaire, une résidence sociale qu’ils ont contribué à créer. Ce concept d’habitat collectif et participatif, inédit en France, leur permet de maintenir l’organisation solidaire qui a cimenté leur communauté pendant les temps difficiles.

« Enfin, je peux fermer la porte de chez moi, et enfin, je peux dormir ! » Tous les habitants de la résidence Nouveau Centenaire de Montreuil ont eu les mêmes mots. A peine installés, ils ont vécu une véritable renaissance. « Après l’emménagement, en décembre 2015, nous avons vu leurs visages changer en quelques semaines », se souvient Frédérique Penot, chargée de mission de Pour Loger, l’association qui a porté le projet en partenariat avec les futurs habitants, l’Office Public d’Habitat Montreuillois, la Ville de Montreuil, le Conseil Régional d’Île de France et la Préfecture de Seine-Saint-Denis. « C’est un tel bouleversement d’avoir enfin un espace à soi quand on a vécu des décennies les uns sur les autres, sans aucune place pour ranger ses affaires, sans aucune possibilité d’intimité. »

Témoignage Bakary Sissoko, président de Nouvelle France, l’association des résidents.

« Nous voulons penser à l’avenir » Cela nous a pris du temps pour croire à la proposition de Dominique Voynet, et pour faire confiance aux équipes de l’association Pour Loger et à l’architecte qui venaient nous rencontrer pour écouter nos demandes. Nous avions été trompés par le passé, on nous avait fait tellement de promesses non tenues qu’il nous était difficile de l’oublier. Mais aujourd’hui, nous sommes contents d’avoir fait ce chemin ensemble. Nous sommes vraiment satisfaits des installations car elles correspondent à nos besoins. Avant, nos conditions de vie étaient vraiment très difficiles, dramatiques même. A cause de l’insalubrité, de l’air pollué, je toussais tout le temps. Depuis que je suis ici, j’ai guéri sans même avoir besoin de médicaments, j’ai aussi pris cinq kilos. Le simple fait de pouvoir dormir la nuit, de partir reposé le matin au travail, ça change tout. Maintenant nous pouvons nous tourner vers l’avenir. Dans le bâtiment, nous allons bientôt ouvrir un restaurant d’insertion, où les jeunes pourront apprendre un métier. Nous voulons favoriser les créations d’entreprises, et trouver des solutions pour réduire le chômage. »

Une interminable errance

L’histoire de la communauté du Nouveau Centenaire commence en 1980. Après la démolition pour insalubrité du foyer Léon Gaumont de la Porte de Montreuil, quelques deux cent travailleurs migrants attendent leur relogement dans le nouveau foyer, qui doit être reconstruit au même endroit. Pendant les travaux, prévus pour durer deux ans, ils ont emménagé dans des algeco, sur un terrain vague voisin. Mais le bâtiment ne sortira jamais de terre, et ils resteront quinze ans dans ces préfabriqués, avant d’être finalement expulsés un matin de mars 1995. Après un an d’errance dans Montreuil, ils décident d’occuper un bâtiment industriel désaffecté, dont le propriétaire leur accorde un bail précaire… tout aussi précaire que la vie qu’ils devront y mener pendant près de vingt ans. « Ils s’entassaient à quinze par dortoirs, explique Frédérique Penot. Dans la salle polyvalente qui servait aux repas et aux réunions dans la journée, ils installaient encore d’autres lits le soir, et il fallait tout enlever à six heures du matin pour avoir un peu d’espace de vie. Seules leur organisation extrêmement rigoureuse et leur remarquable auto-discipline leur ont permis de survivre dans de telles conditions. » C’est justement la force et la cohésion de cette communauté qui constitueront le socle du Nouveau Centenaire, un projet d’habitat participatif véritablement novateur car mené en co-gestion avec Pour Loger, l’association gestionnaire et Nouvelle France, l’association des résidents.

Préserver un modèle social solidaire

En 2010, Dominique Voynet, fraîchement élue Maire de Montreuil, rencontre la communauté et s’engage à solutionner ce qu’elle qualifie de situation indigne de mal-logement. Et plutôt que de lancer la construction d’une simple résidence sociale, l’accent est mis dès le début sur la collaboration avec les futurs habitants. Appelés à communiquer leurs souhaits et les moyens dont ils disposent, ils font rapidement émerger un concept architectural basé sur le partage : des « unités de vie » composées de chambres simples ou doubles, d’une salle de bains et d’un salon où recevoir famille et amis, partagé entre une quinzaine de résidents maximum. Et surtout, de grandes cuisines collectives permettant de vivre des moments de convivialité, mais aussi de faire jouer la solidarité. « Tout le monde cotise pour faire les courses en commun, explique Frédérique Penot, et si certains résidents connaissent des difficultés financières, ils peuvent compter sur le support des autres. Même temporairement sans ressources, chacun est assuré de manger ! Cette tradition est très forte dans la communauté. Les résidents se cotisent aussi parfois pour payer le retour au pays de certains membres, par exemple les retraités. Il était important pour eux que la structure du bâtiment permette cette solidarité. Pour le projet, c’était aussi un atout, car la mise en commun de certaines installations a permis de limiter les coûts de construction et d’équipement. En définissant leurs besoins de façon très fine, les résidents ont contribué à la viabilité économique du projet. Et aujourd’hui, ils gèrent leur partie avec la même responsabilité. »

Un exemple pour l’avenir

A peine installés, les résidents du Nouveau Centenaire ont maintenant à coeur de s’inscrire pleinement dans la vie de la cité. Ils prévoient de proposer à leurs nouveaux voisins, des ONG de solidarité internationale, des cours de langue Soninké, ainsi que le partage de leur expérience en matière d’écologie, notamment autour du thème de la déforestation au Mali. Cette première expérience à Montreuil restera la preuve que même des populations en difficulté depuis très longtemps peuvent accomplir de grandes choses. Ils peuvent imaginer un projet pour revendiquer, au-delà du simple statut de bénéficiaire, celui de contributeur et d’acteur à part entière de la société. Il faut seulement que la volonté des politiques les accompagne.

Dernières formalités avant l'emménagement pour M TOURE Wagui (crédit : Alexis Loukakis)
Dernières formalités avant l’emménagement pour M TOURE Wagui (crédit : Alexis Loukakis)
  
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