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Le 12-04-2016 à 08:04

Le combat contre l’AMI : une genèse altermondialiste

Par Camille Liewig

En 1997, la mobilisation citoyenne contre l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) a entraîné le retrait de la France de la table des négociations, suivie bientôt par d’autres pays européens. Cette lutte a marqué la naissance du mouvement altermondialiste. Des leçons à garder en tête à l’heure où la lutte contre le TAFTA mobilise les énergies.

« La mobilisation citoyenne contre l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) aboutissant à son abandon, a été la plus belle victoire de ma carrière d’activiste, se réjouit Susan George, qui était présidente de l’Observatoire de la mondialisation à Paris en 1997. C’était la première fois que des secteurs de la société civile de tous horizons se rejoignaient pour faire front commun au niveau mondial. » Julien Lusson, qui militait aux côtés de Susan George à l’Observatoire, a le même souvenir : « Des mouvements citoyens sont apparus spontanément sur tous les continents. C’est le point de départ de la lutte mondiale contre la déréglementation financière et l’injustice sociale. De cette mobilisation va naître la campagne de 1999 contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec en point d’orgue, en novembre, les manifestations de Seattle qui empêchent la tenue de son sommet ». Les bases du mouvement Attac, chef de file de la contestation contre l’OMC en France, ont été jetées lors de la mobilisation contre l’AMI. Et la Confédération paysanne a pris une autre ampleur à travers cette lutte. « Même le démontage du McDo de Millau, dont les images ont fait le tour du monde, découle de la lutte contre l’AMI », poursuit Julien Lusson.

AMI
AMI, accord multilatéral sur l’investissement. La couverture d’une brochure du CETIM

Une telle mobilisation s’explique facilement pour Nicola Bullard, qui travaillait à l’époque sur les conséquences de la déréglementation financière mondiale sur les économies locales asiatiques pour l’organisation Focus on the Global South, à Bangkok. « De tels accords sont destructeurs pour les économies locales. En 1997, l’Asie subissait de plein fouet une crise financière sans précédent. Après des années de croissance exponentielle, les dragons asiatiques vivaient le revers de la médaille des politiques néolibérales imposées par le FMI et la Banque mondiale : rachat des banques, dévaluation de la monnaie, privatisation des secteurs productifs, ouverture des marchés agricoles… L’AMI n’étant qu’une extension de plus de ces politiques, la société civile s’est très vite mobilisée contre le projet d’accord. »

Tractations secrètes

C’est secrètement que les premières tractations sur l’AMI se tiennent en 1995, sous la supervision du FMI et de l’OMC. « Le pire, c’est que les hommes politiques eux-mêmes n’étaient pas au courant de ce que cela impliquait pour leur pays », s’amuse Susan George. Rien ne transparaît jusqu’à ce que le texte fuite au Canada dans un premier temps. « La société civile canadienne s’est mobilisée la première dès 1996 avec des juristes et des internationalistes qui ont donné l’alerte au reste du monde et ont commencé à demander des comptes à leur gouvernement », se rappelle Julien Lusson. En France, le monde du cinéma se mobilise à travers des organisations de réalisateurs, d’artistes, de producteurs… « Ils ont donné un effet de lumière très fort sur l’AMI », poursuit Julien Lusson. Peu à peu, des syndicats, des associations, des écoles et des élus interpellés par leurs électeurs viennent gonfler les rangs du mouvement.

En septembre 1998, 450 dirigeants de multinationales demandaient « l’établissement de règles pour clarifier la légitimité des organisations non gouvernementales activistes qui proclament représenter les intérêts de larges secteurs de la société civile » (extrait de la déclaration de Genève du monde des affaires, Geneva Business Dialogue).

En 1997, l’Observatoire de la mondialisation prend la tête d’une coalition mondiale sans précédent. Et les médias finissent par donner à ce mouvement la dimension qui lui manquait. « À l’époque, les médias français considéraient que ces questions économiques “rasaient” les lecteurs. Il a fallu une tribune de Jack Lang, alors président de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée, sur le caractère dangereux de l’AMI pour que la grande presse s’y intéresse, souligne Susan George. Le jour où Libération en a fait sa une, je me suis dit : “On va gagner !”… » Tribunes, articles, communiqués, prises de paroles font comprendre aux citoyens les dangers de l’AMI. Un rapport parlementaire est demandé par le gouvernement Jospin. « En France, nos actions ont conduit à l’ouverture d’une commission à l’Assemblée nationale, se souvient-elle. J’ai été invitée à venir témoigner en compagnie d’un activiste de Greenpeace. Et notre témoignage, accablant, a abouti au retrait de la France des négociations. »

Tous les pouvoirs au privé !

Le Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP) est un projet de zone de libre-échange lancé début 2013 par Barack Obama et les dirigeants de l’Union européenne. L’objectif est de libéraliser au maximum le commerce entre les deux rives de l’Atlantique en réduisant les droits de douane et les « barrières réglementaires »

La mobilisation contre l’AMI a montré au monde la face cachée de ces accords internationaux. « L’AMI reposait sur le principe de l’Investor State Dispute Settlement (ISDS) qui permet aux multinationales d’attaquer une nation devant une justice privée, non transparente, si elles s’estiment lésées dans leur profit, souligne Nicola Bullard. Les nations ne sont alors plus maîtresses de leur destin en matière de politiques de santé publique, d’environnement, d’éducation, de développement… C’est une menace permanente sur les économies locales et nationales. » Et Susan George d’ajouter : « Depuis la création de l’OMC en 1995, tous les accords financiers internationaux reposent sur ce principe. Vingt ans après, on le retrouve aujourd’hui dans le traité transatlantique TAFTA/TIPP. »

Manifestation contre l'AMILes acteurs mobilisés contre l’AMI ont fait trembler les institutions financières mondiales et les multinationales par leur force, leur professionnalisme et leur organisation. « Les constats faits en Asie, à partir de situations concrètes, ont contribué à donner une expertise forte aux organisations du Nord dans leurs plaidoyer contre cet accord », souligne Nicola Bullard. Un constat réaffirmé par Julien Lusson : « La société civile a montré qu’elle était capable de faire une analyse claire de la prédominance des libertés économiques sur les droits sociaux dans les accords internationaux. » La mobilisation contre l’AMI a permis à tous, y compris aux élus, de comprendre les dérives du système néolibéral et de jeter les bases du mouvement altermondialiste. « Le sauvetage des banques lors de la crise des subprimes et le TAFTA montrent que rien n’a changé malgré une contestation forte et toujours bien présente, constate Nicola Bullard. Mais face aux enjeux futurs, en termes d’énergie, d’environnement ou de conflits sociaux, nos élus seront bien obligés de revenir sur ce principe généralisé de dérégulation financière. »

  

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