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Le 16-03-2016 à 10:03

Galia Ackerman, « Traverser Tchernobyl »

Par David Eloy, Andrea Paracchini

Voici vingt ans que la journaliste Galia Ackerman fréquente ceux qui sont la mémoire de Tchernobyl. Scientifiques, artistes, écrivains, ethnographes, et tous ceux qui sont restés là-bas, malgré l’interdiction. Son dernier ouvrage, Traverser Tchernobyl (Premier Parallèle), compose un tableau unique et intime du désastre et de ses conséquences. Altermondes a rencontré l’auteure et vous propose, en plus d’une courte interview vidéo, un extrait du livre.

Traverser Tchernobyl,  Galia Ackerman
Traverser Tchernobyl Galia Ackerman 236 pages Parution le 17 mars 2016 Ed. Premier Parallèle

[…] Souvent, les travailleurs du nucléaire sont persuadés de leur supériorité par rapport aux citoyens lambda, dont la peur de la radioactivité serait déraisonnable. Valentin Seïda ne m’a-t-il pas lancé : « On me dit qu’il y a des aérosols radioactifs chez nous. Je réponds : “Regardez la pollution due aux gaz d’échappement à Kiev. Ici, nous avons le strontium, dont la demi-vie d’élimination biologique n’est que de cent dix jours, alors que le plomb qui se trouve dans les gaz d’échappement est éliminé bien plus lentement”. Les gens ont toujours peur de ce qu’ils ne comprennent pas. Dans les îles polynésiennes, des autochtones nagent parmi des requins. Et ils ont peur du tonnerre et des éclairs. » J’ignore à quelle vitesse et dans quelles conditions le corps humain élimine le strontium-90, mais je sais que cet isotope radioactif s’accumule dans les os et frappe la moelle osseuse, le cerveau et le foie, et augmente considérablement le risque de maladies oncologiques, en particulier les leucémies. Sa période est de 28,9 ans, ce qui veut dire qu’aujourd’hui, la radioactivité du strontium-90 dans les sols a diminué de moitié par rapport au jour de la catastrophe. Or, le strontium-90, de même que le césium-137, est activement assimilé par des plantes et passe dans la chaîne alimentaire. 45. Il ne s’agit pas de la période de l’élément, mais bien de la vitesse de son élimination du corps humain. Les terres contaminées par ces deux isotopes ne devraient pas être cultivées pendant des centaines d’années.

Les femmes de ces vaillants spécialistes du nucléaire ne partagent peut-être pas leur optimisme. Avec la séparation liée au travail dans la zone, c’est probablement l’une des explications au sentiment d’incompréhension grandissante qu’éprouvent les époux au fil des années. Comme Krasnov, Antropov a dédié sa vie au travail : « Si on m’arrache d’ici, je vais mourir. J’ai une bonne datcha au bord du lac artificiel sur le Dniepr, près de Kiev. J’y vais à peine une fois par an. Il y a cinq ans, j’y suis arrivé, j’ai cherché ma maison pendant vingt minutes. Je ne savais plus où elle était ! » Dès que je lui parle de sa femme, il devient évasif. Apparemment, c’est elle qui habite ladite datcha ; lui passe ses week-ends seul à Kiev. « Ici, le temps passe vite, me confie-t-il. Je m’assois, commence à réfléchir, à analyser, à chercher des solutions, et voilà que la journée s’est envolée. Et le soir, je regarde la télé. Nous avons une journée de travail de dix heures. On finit à 19 heures, le temps de rentrer au foyer, de regarder le journal pour savoir ce qui se passe dans le monde, et dodo. »

Vladimir Krasnov
Vladimir Krasnov

« Je suis né dans la région de Briansk, poursuit-il. Il y avait là un aérodrome militaire où mon père servait comme pilote. La famille l’a suivi dans ses mutations. J’ai passé mon bac dans la presqu’île de Kola, dans le Grand Nord russe. Ma mère était originaire de Biélorussie. Et après, j’ai intégré une université technique à Kiev, et toute ma vie s’est déroulée ici. J’ai vécu une vie passionnante, je ne regrette pas une seule journée. Je n’ai jamais pensé à l’argent, j’ai passé mes congés à voyager à travers l’URSS, je n’avais besoin de rien. Aujourd’hui, c’est plus compliqué. C’est dommage que nous n’ayons pas pris du passé ce qui était bien. »

Ces Soviétiques, indifférents à leurs origines ethniques, étaient conditionnés pour se consacrer au travail, au détriment de leur santé, de leur vie familiale, du bonheur. Antropov ne regrette pas d’avoir manqué de liberté à l’époque soviétique, quand il ne pouvait, entre autres, voyager à l’étranger. Il se souvient de la facilité d’une vie où les carrières étaient tracées d’avance et où les privilégiés – notamment ceux de l’industrie militaire – ne souffraient ni de pénurie ni des autres tares du système. Sa vie était passionnante, jure-t-il. Moi, je ne peux m’empêcher de le plaindre.

[chapitre Dans la zone interdite, pp. 108-110]

  
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