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Le 13-01-2016 à 11:01

Coca-Cola laisse un goût amer au Kerala

Par Maxime Lancien

Au début des années 2000, le petit village de Plachimada, au Kerala, s’est soulevé contre le géant Coca-Cola dont il a réussi à faire fermer une usine. Mais sans obtenir de dédommagements pour l’assèchement des nappes phréatiques et la contamination des sols. La résistance contre la marque et la surconsommation en eau de ses usines se poursuit.

L'invasion des supermarchés : les pays du Sud doivent-ils en avoir peur ?
Cet article est paru dans le numéro 44 d’Altermondes

Le vert émeraude des rizières et les alignements de cocotiers composent le paysage luxuriant du Kerala, au sud de l’Inde. C’est dans ce décor tropical, couronné à l’horizon par la chaîne des Ghâts occidentaux, que se trouve Plachimada. Un village de 1 500 familles de paysans et d’Adivasis, des indigènes du sous-continent répertoriés sous le terme de Scheduled Tribes dans la Constitution indienne. La plupart appartient aux basses castes ou sont des Dalit (en hindi, « opprimé »), et vit plus que modestement. C’est pourtant ce village qui a résisté à l’exploitation injuste de l’eau par la multinationale Coca-Cola. En mars 2000, Hindustan Coca-Cola Beverages Private Limited, filiale indienne du groupe nord-américain, y installe une usine d’embouteillage sur treize hectares. Près de 600 000 bouteilles de soda doivent être produites chaque jour pour ses différentes marques : Maaza, Thums Up, Limca, Sprite, Fanta et, bien sûr, Coca-Cola. Pour produire 500 000 litres de sodas, deux millions de litres d’eau seront pompés quotidiennement. En quelques mois, l’eau change de couleur, le niveau des puits baisse et les villageois se plaignent de maux d’estomac.

Un mélange toxique
Manifestation contre Coca-cola au Kerala (Inde)
Manifestation contre Coca-cola au Kerala (Inde)

Le contexte climatique n’aide pas. Les précipitations sont insuffisantes depuis trois ans. Les femmes marchent des kilomètres pour trouver des puits. Les agriculteurs ont du mal à irriguer leurs rizières. La compagnie se met à leur vendre comme fertilisant une boue contenant du plomb et du cadmium issue des rejets de l’usine d’embouteillage. Ce mélange toxique sera ensuite offert aux agriculteurs de la région, dont certains s’imaginent qu’il s’agit bel et bien d’engrais. La colère monte et les villageois de Plachimada décident de se mobiliser contre Coca-Cola, menés, entre autres, par une femme d’origine tribale, Mayilamma, qui, en s’inspirant du principe de désobéissance civile théorisé et instauré par Gandhi, le satyagraha, a défendu le village jusqu’à son décès, en 2007. Au début des années 2000, Amit Srivastava travaille quant à lui pour CorpWatch, ONG basée à San Francisco qui veille à la notion d’accountability, cette idée selon laquelle les entreprises doivent rendre des comptes. Contacté par CorpWatch India, Amit part au Kerala pour enquêter sur l’état des nappes phréatiques. Ses investigations démontrent qu’elles sont non seulement polluées, mais aussi au bord de l’épuisement. Les habitants passent à l’offensive. Ils sont soutenus par Chikot Karian Janu, activiste kéralaise qui défend le droit des populations tribales au Kerala depuis une dizaine d’années, et, bien sûr, par Amit et son équipe.

Une région à sec

« Nous avons mis la pression sur la compagnie en organisant des manifestations ou en introduisant des résolutions lors des réunions d’actionnaires. Des campagnes ont été menées pour retirer des collèges et des universités les produits Coca-Cola. Il fallait travailler avec des médias grand public pour mener une campagne internationale. Des compagnies comme Coca-Cola sont très sensibles aux couvertures de presse négatives »
Amit Srivastava

Malgré les pratiques abusives de l’entreprise, les paysans et les Adivasis sont confrontés à l’« un des meilleurs service de communication au monde », prêt à défendre la marque. « Coca-Cola tissait un autre récit à travers les médias et son site Internet. » Les autorités du Kerala tardent à réagir, tant elles rechignent à compromettre l’économie de la région. Au fur et à mesure que la campagne gagne en force, le gouvernement réalise que de nombreuses personnes veulent voir l’usine fermer. Des marches et des réunions publiques sont organisées, parfois accompagnées d’affrontements violents avec les forces de l’ordre, comme en juin 2002. Amit et ses collègues encouragent la création de « nouveaux leaderships », particulièrement avec des femmes et des jeunes, afin de rencontrer des officiels. Coca-Cola fait alors appel au responsable du département pollution de Greenpeace Inde pour représenter les intérêts de la compagnie. « Que dire de la morale de ce militant ? », s’étonne encore Amit Srivastava. Dans le même registre, Coca-Cola bénéficie de la bienveillance de certaines fondations et reçoit même des prix pour ses bonnes pratiques environnementales. Comme ce Golden Peacock Award, qui redore l’image du groupe en juillet dernier. « Nous avons souligné le fait que Coca-Cola finance la fondation en charge du Golden Peacock Award. Le logo de Coca-Cola se situait sur leur site Internet. Ils ne l’ont retiré que récemment. En gros, Coca-Cola paie la fondation et celle-ci la récompense avec un prix. » Pourtant, les recherches de l’India Resource Center auquel collabore Amit sont claires : les pompes motorisées de l’usine ont asséché et contaminé les nappes phréatiques de Plachimada. « Il n’était clairement pas possible de répondre aux besoins en eau des agriculteurs et de Coca-Cola. » Après quatre longues années de mobilisation, l’usine ferme finalement en 2006. Le gouvernement reconnaît officiellement la surexploitation des eaux souterraines. Mais, comment les paysans et les populations tribales de la région peuvent-ils vivre dans une région maintenant à sec ?

Compensations ou investissements ?

coca-cola no entryCommence alors la bataille juridique pour réclamer des compensations. « Nulle part ailleurs un État a fait voter une loi concernant une compagnie bien précise pour la tenir responsable de 47 millions dedollars de dommages et intérêts au minimum. Le gouvernement du Kerala a mis en place une agence juridique spéciale pour Plachimada et pour donner des directives à l’entreprise. » Mais, en raison de mouvements politiques, la législation est envoyée au gouvernement central pour obtenir la signature du Président. New Delhi souhaitant accueillir plus d’investissements étrangers, le statu quo demeure. « Legouvernement central est assis dessus depuis quelques temps, les élus du Kerala attendent toujours la signature du Président. » Amit Srivastava espère bien que la situation va se débloquer, mais reste préoccupé par la question de l’accès à l’eau potable aujourd’hui en Inde. « Nous avons des lois très faibles et inappropriées qui datent de la colonisation anglaise. Les nappes sont exploitées par les industries et le secteur agricole. » On compte aujourd’hui dans le pays cinquante-huit usines d’embouteillage, dont vingt-cinq tenues par la filiale de Coca-Cola, Hindustan Coca-Cola Beverages Private Limited, les autres étant des franchises. « Attendez- vous à de nouvelles campagnes en Inde puisque toutes les usines ont besoin d’un accès à l’eau », prévient Amit Srivastava. L’an dernier, les autorités de l’Uttar Pradesh, dans le nord du pays, ont contraint l’entreprise a fermé une usine près de Varanasi en raison de risques écologiques.

  
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