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Le 18-09-2014 à 15:09

Brett Bailey : « La conscience porte les graines du changement »

Par Louise Bartlett

Né en 1967 au Cap (Afrique du Sud), Brett Bailey a grandi sous l’apartheid. Les œuvres du metteur en scène sont des réflexions autour des effets de la déshumanisation depuis l’époque coloniale. Exposée pour la première fois en 2013 en Avignon, Exhibit B, une impressionnante installation composée de douze tableaux-performances traitant de crimes coloniaux jusqu’à la maltraitance infligée aux sans-papiers de nos jours, sera présentée à Paris, Poitiers et Saint-Denis à l’automne 2014.

Altermondes : Pourquoi avez-vous créé Exhibit B ?

Cette interview est parue dans le numéro 39 d’Altermondes (septembre 2014)

Brett Bailey : Ce travail est né de mes lectures sur les zoos humains, qui étaient très répandus en Europe et aux États-Unis, du milieu du XIXème siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le public pouvait y découvrir des habitants des lointains pays colonisés. C’était la pleine époque de la hiérarchisation raciale, pendant laquelle on mesurait les crânes pour établir une classification. Considérer des peuples et des cultures comme barbares légitimait alors le pillage de leurs terres et de leurs ressources, l’imposition de dirigeants et la poursuite de l’entreprise coloniale. Dans ces expositions de « sauvages », des personnes étaient montrées comme des objets, dépourvues de leur humanité et de leur individualité. Chaque tableau vivant d’Exhibit B représente des actes de la prétendue civilisation de l’époque.

Comment cette installation est-elle conçue ?

B.B. : Dans chaque tableau, j’ai distillé de nombreuses histoires, venues de beaucoup de pays, tout en cherchant à créer une installation qui soit très esthétique. La main de fer du colonialisme était dissimulée sous les belles étoffes de la civilisation. Je voulais interroger ce que la beauté peut cacher.

Les douze tableaux sont inspirés de faits réels, des violences de l’ère coloniale à nos jours. L’installation n’est donc pas uniquement historique.
Brett Bailey Exhibit B
Brett Bailey
Crédit :Pascal Gely

B.B. : Non, en effet. Exhibit B montre des personnes privées de leur individualité, considérées comme des biens dont on peut faire usage. Aujourd’hui, la xénophobie augmente et les migrants, surtout sans- papiers, sont privés de droits humains élémentaires.

Quelle place occupe le public dans cette installation ?

B.B. : Le public complète l’installation. En la parcourant, il devient partie intégrante de chaque tableau. Les comédiens établissent un contact visuel avec les spectateurs et ces derniers sont littéralement contraints, eux, de choisir : regarder ou ne pas regarder.

Quelles réactions avez-vous pu observer de la part des spectateurs ?

B.B. : Certains sont parfois trop intimidés pour regarder les personnes dans les tableaux. Beaucoup de spectateurs pleurent. Il y a aussi parfois des réactions plus extrêmes. Une personne s’est, par exemple, mise à genoux devant les comédiens, pour demander pardon. Ce n’était pourtant pas mon intention de provoquer des sentiments de honte ou de culpabilité avec Exhibit B. Mais cela arrive souvent. D’ailleurs, lorsque je me suis documenté sur les situations exposées pour préparer l’installation, c’est aussi ce que je ressentais. Cette pièce est un processus de transformation. Moins pour moi aujourd’hui que pour le public et les comédiens. Mon objectif est de semer une graine, et de voir ensuite si elle pousse, ce que le public fera après.

Récemment, le spectacle de Brett Bailey a suscité de vives polémiques au Royaume Unis, où le théâtre Barbican l’a déprogrammé, mais aussi en France. Retrouvez sur Altermondes.org
>> Face à face, un communiqué conjoint de soutien au spectacle de LDH, Licra et Mrap et la pétition d’un collectif qui en demande la censure.
>> l’interview de Jean Bellorini, directeur du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis qui défend son choix de programmer le spectacle.

Prévoyez-vous un accompagnement particulier pour les comédiens ?

B.B. : En fonction des villes où est présentée l’installation, soit ce sont des professionnels, soit ils sont recrutés parmi les habitants. Chaque jour de représentation, ils doivent se tenir immobiles pendant cent minutes puis, après une pause de quarante minutes, ils reprennent place dans les tableaux pour cent minutes encore. C’est un défi, physique et émotionnel. Ils sont regardés, mais on leur répète que ce sont eux les spectateurs, eux qui regardent les réactions du public. J’encourage aussi les comédiens à échanger entre eux, en amont, par le biais de notre page Facebook. On organise aussi des sessions de « débrief » après les représentations.

Avez-vous considéré la couleur de votre peau, blanche, en créant cette pièce ?

B.B. : Je ne pense pas qu’elle soit importante. On m’a demandé pourquoi moi, un blanc, je racontais des histoires de personnes noires. Mais Exhibit B est une pièce sur l’espèce humaine. La déshumanisation concerne les deux parties. Je suis simplement un homme blanc qui parle. Vous avez grandi sous l’apartheid.

Votre vie a-t-elle été influencée par ce régime ?

Le community theatre se réfère à des formes de théâtre qui se développent au sein de communautés (au sens large), un théâtre fait par, pour et avec les communautés.

B.B. : Oui, ma vie a été influencée par l’apartheid. J’ai grandi dans la banlieue verdoyante du Cap. Durant mon enfance, les seules personnes noires que je rencontrais étaient des jardiniers ou des domestiques. L’accès à l’information était cadré par des médias, eux-mêmes influencés par le pouvoir en place. Après mes études, j’ai passé un an dans la campagne indienne, entouré par les temples et fasciné par les rituels. Je me suis demandé pourquoi je cherchais cela en Inde. 1994 était l’année de la transition démocratique en Afrique du Sud. Je suis rentré en 1995, et je me suis investi dans le community theatre et la formation de jeunes comédiens noirs. J’ai aussi vécu trois mois dans un village Pondo, de l’est du pays, auprès de sangomas, les dirigeants spirituels et rituels de cette partie du monde. J’ai étudié le folklore local, qui jusque-là m’était inconnu. Sous l’apartheid, seule la culture européenne était valorisée. Le théâtre né en Afrique n’était vu que comme une version artisanale du théâtre. Les barrières établies par l’apartheid m’avaient fermé l’accès à tant de choses dans mon pays.

Avec votre compagnie Third World Bunfight (Chaos du Tiers monde, ndt).vous avez aussi mis en scène une pièce sur le dictateur ougandais Idi Amin Dada, une autre sur Orphée et, plus récemment, une version de Macbeth située au Congo. Quelle est votre démarche ?

B.B. : Je tente moi-même de devenir plus éveillé, de découvrir ce qui se cache derrière les façades et d’articuler ce que je vois. Je fais partie des artistes qui veulent porter à la conscience du public un passé caché. Je ne pense pas pour autant que l’art doive nécessairement être engagé et je n’aime pas l’art qui porte uniquement un message social. Chaque artiste exprime sa réalité. Toutefois, je considère que mon art a une mission et j’aimerais qu’il en soit ainsi pour un plus grand nombre d’artistes. Nous avons le pouvoir de rassembler des personnes et de faire en sorte qu’elles nous regardent. Si ce pouvoir est utilisé pour sensibiliser, tant mieux. La conscience porte les graines du changement.

Agenda
Exhibit B est une installation-performance composée de douze tableaux vivants représentant des actes commis en Afrique sous le colonialisme et envers des immigrés africains en Europe aujourd’hui. Les spectateurs sont d’abord admis dans une salle d’attente par groupes de 25. Chacun est muni d’un ticket numéroté et appelé individuellement, par son numéro, à entrer dans la salle d’exposition. Une fois dans la salle, les spectateurs peuvent déambuler d’un tableau à l’autre, face aux comédiens qui les fixent, immobiles et silencieux, au son de chants d’un chœur namibien.
>> Exhibit B sera présenté en France fin 2014, dans trois lieux : le TAP de Poitiers (14, 15 et 16 novembre), le Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis (27, 28, 29 et 30 novembre) et le 104 à Paris (du 7 au 14 décembre).

  
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